Marcel Delagrange

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Marcel Delagrange, né le 8 mars 1883 à Issoudun et mort le 25 octobre 1964 à Clichy, est un syndicaliste et homme politique communiste français.

Naissance
Décès
(à 81 ans)
Clichy
Nom de naissance
Marcel Émile Delagrange
Nationalité
Faits en bref Naissance, Décès ...
Marcel Delagrange
Marcel Delagrange en 1921 photographié par l'Agence Meurisse.
Biographie
Naissance
Décès
(à 81 ans)
Clichy
Nom de naissance
Marcel Émile Delagrange
Nationalité
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Parti politique
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Biographie

Socialiste SFIO

Né en 1883 à Issoudun, dans l'Indre, d'un père vigneron et d'une mère couturière, Marcel Delagrange entre jeune dans la vie professionnelle, d'abord comme paysan, puis comme cheminot[1]. De convictions socialistes, il rejoignit le Comité pour la IIIe Internationale, se présenta, en 1919, comme candidat socialiste aux élections législatives et fut délégué suppléant au congrès national SFIO des 20-22 avril tenu à Paris. Cette même année, il fut un des membres fondateurs de l’imprimerie coopérative « La Prolétarienne »[1]. En 1918, il devint secrétaire général du syndicat des cheminots de Périgueux, poste qu'il occupa jusqu'en 1920, date à laquelle il participa aux grandes grèves[1].

Passage au communisme : maire de Périgueux

Après avoir été arrêté le 3 mai, emprisonné puis révoqué, il participa, comme délégué de la CE de la Fédération SFIO, au congrès de Tours, décembre 1920[1]. Après avoir rejoint le Parti communiste (PC), il fut élu maire de Périgueux en novembre 1921, quelques temps après avoir été adjoint à la mairie de la ville[1]. Au mois de juin précédent, il avait fait partie de la délégation du PC au IIIe congrès de l’Internationale communiste. Secrétaire fédéral, il fut candidat à l’élection législative de 1924. Élu aux élections municipales des 3 et 10 mai 1925, il avait échoué aux cantonales cette même année[1].

La rupture : l'adhésion au Faisceau de Georges Valois

De plus en plus critique envers la direction du Parti communiste (PC), Delagrange décida, en février 1926, d'adhérer, en compagnie d'un autre communiste périgourdin, René Bardy (1888), au Faisceau, parti fasciste fondé par Georges Valois l'année précédente. Cette conversion soudaine et inattendue amena Delagrange à s'expliquer longuement dans les colonnes du Nouveau Siècle :

« Dans un des derniers numéros du Nouveau siècle, après avoir relaté mon exclusion du Parti communiste, vous (Georges Valois) avez fait appel à mon concours en déclarant que les portes de l'organisation que vous présidez m'étaient ouvertes. Vous n'ignorez cependant rien de mon passé révolutionnaire ; et après les conversations que nous avons eues, vous savez que je veux rester le serviteur des intérêts ouvriers, trop longtemps méconnus. C'est donc la démonstration éclatante que, comme moi, vous condamnez le régime parlementaire, régime des irresponsabilités qui conduit notre pays à la ruine, par la banqueroute frauduleuse (…)

Pour l'instant, qu'il me soit permis de déclarer que je quitte un Parti qui n'a rien de communiste. Commandée par une centaine de fonctionnaires, grassement rétribués, répartis dans toutes les régions ; dirigée par une poignée de personnages — influencés la plupart du temps par la police politique du « Cartel » (voir rue Damrémont) — la classe ouvrière, qui a bon dos, n'a plus qu'à payer, encaisser les coups et se taire. Soudés comme les maillons d'une chaîne, les fonctionnaires en question n'admettent aucune critique. Dès qu'un membre du Parti a l'outrecuidance de vouloir parler, il est immédiatement insulté par cette nouvelle franc-maçonnerie. Le but des dirigeants de ce Parti n'est donc plus la révolution dont ils se moquent ; ce qui leur importe, c'est de diriger ou de donner l'impression qu'ils dirigent une masse de travailleurs tout en gardant leur sinécure (…)

D'autre part, la démocratie parlementaire ayant démontré la faillite de ses méthodes, il est absolument nécessaire d'apporter un remède radical à une situation désastreuse pour toutes les couches sociales et particulièrement pour les couches sociales les moins privilégiées. Révolution et dictature nationales étant les mots d'ordre du Faisceau, je ne me trouverais donc nullement dépaysé parmi vous et je m'engage à vous aider à faire triompher les espérances que le Parti communiste m'avait données pour l'avenir du prolétariat et qu'il est incapable de concevoir et de réaliser. »[2]

Très satisfait de cette adhésion, Georges Valois publia un article dans lequel il écrivit :

« C'est un évènement important pour la vie du Faisceau, que l'arrivée de Marcel Delagrange parmi nous. La patrie retrouve un de ses enfants qui ne s'était éloigné d'elle parce qu'il la croyait asservie à l'argent. Les combattants lui ont montré une Patrie libre, aimant tous ses enfants. Nous sommes fiers que ce soit avec nous que Delagrange s'engage sur la route de la maison maternelle, pour la reconstruire plus grande et plus belle. »[2]

De l'autre côté du spectre politique, le syndicaliste Auguste Herclet écrivit, dans La Vie Ouvrière, un article très virulent dans lequel il accusa Delagrange d'avoir « falsifié les livres de la Coopérative où il travaillait et s'être approprié une somme importante d'argent apparentant au Parti communiste. »[3] L'accusant d'être passé « de l'autre côté de la barricade, dans le camp des fascistes », Herclet écrivit :

« Nous rencontrerons peut-être un jour le traître Delagrange à la tête d'une bande d'aventuriers et de repris de justice, qui se proposent, comme en Italie, d'assassiner les militants (…) Un jour viendra, sans doute, où, pour barrer la route aux assassins fascistes, nous devront lutter le fusil au poing ; le traître Delagrange peut-être assuré que nous n'oublierons pas sa répugnante personne. »[3]

Dans son article, Herclet accusa, en conclusion, Delagrange de s'être vendu pour de l'argent[3].

Au Faisceau, Delagrange occupa le poste de conseiller technique délégué à la propagande, aux appointements de 2 000 F mensuels, loyer payé, et entama une tournée de conférences. Cependant, son arrivé « effraya une partie de ses soutiens financiers »[4] de l'organisation. L'historien Zeev Sternhell écrit que « la conversion de Delagrange qui apparaît comme un gros succès pour le mouvement sera d'ailleurs utilisée comme le thème d'une longue campagne de propagande. Dire que le communiste a été bien accueilli par tous les fascistes serait exagéré. Certains gros magnats du Faisceau n'ont pas caché leur désapprobation de voir arriver un homme qui ne manque pas de répéter son admiration pour les méthodes de Lénine, méthodes qu'il semble décidé à appliquer sitôt passé dans son nouveau parti. »[5]

Manquant de charisme, Delagrange « s'avèr[a] un homme sans initiative qui préfèr[a] attendre les ordres plutôt que d'en donner. S'il particip[a] à quelques réunions, c'est qu'elles [furent] préparées pour lui. Valois l[e] présent[a] comme un symbole, il s'install[a] dans cette image. De permanent communiste il [devint] permanent fasciste (...) »[5]

Exclusion et fin de vie

En septembre 1927, Delagrange fut exclu du Faisceau par une commission de discipline qui jugea que son attitude et son action furent « préjudiciable à l'esprit, au bon ordre et à la discipline du mouvement » :

« Au retour de Valois et d'Arthuys, il (Delagrange) voulu obtenir des garanties matérielles qu'un mouvement politique ne donne pas et ne donnera jamais. Ces garanties ou sa liberté. Il ne venait plus au Faisceau depuis des mois, que pour tenir des discours défaitistes et raconter ses aventures personnelles. Ce n'est pas pour cela que nous avons fondé le Faisceau, ce n'est pas pour cela que nous demandons des sacrifices à nos camarades. Au Faisceau, nous rémunérons le travail, jamais le talent ou le dévouement. Mais encore moins l'absence de travail, le bavardage et ce qui s'en suit. »[6]

Ayant quitté la politique active, beaucoup plus tard, après la période de l’Occupation, Delagrange fut réintégré à la SNCF, au dépôt des machines de Paris-Ivry. Il habitait à Paris (XVIIe arr.) lors de son décès en 1964[1].

Notes et références

Bibliographie

Liens externes

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