Marguerite Bervoets
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| Naissance | |
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| Décès |
(à 30 ans) Wolfenbüttel |
| Nationalité | |
| Activité |
Résistante |
| Période d'activité |
À partir de |
| A travaillé pour |
École Normale de Tournai |
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| Membre de |
La Légion belge (réseau de résistance), le Groupe des cinq clochers (résistante) |
| Personne liée |
Cécile Detournay (résistante) |
Marguerite Bervoets, née à La Louvière le et exécutée à Wolfenbüttel le , est une poétesse et professeure, résistante belge de la Seconde Guerre mondiale.
Jeunesse et formation
Marguerite Marie Joséphine Bervoets, née à La Louvière le , est la fille unique de Jules Bervoets, gérant de l'Hôtel des mille colonnes, et d'Olivia Blondiaux, enseignante à l'école moyenne de La Louvière[1][2],[3].
Elle fait ses études primaires à partir de 1919 dans cette école, puis à l'école moyenne pour jeunes filles de l’État à Mons[1].
Elle fréquente ensuite l'Athénée du Centre puis l'Athénée de Mons avant d'entrer en 1932 à l'Université libre de Bruxelles et d'en sortir licenciée en philologie romane et candidate en droit, ce à quoi il faut ajouter des certificats en histoire de la musique et en histoire de la peinture[1][3][4].
Elle part ensuite un an pour étudier à l'Université de Cambridge en Angleterre[3].
Rentrée en Belgique, elle est nommée professeur à l'école normale primaire de Tournai [5]et professeur de littérature française à la section des régentes.
En 1939, elle reprend des études pour faire une thèse de doctorat sur l'œuvre d'André Fontainas, mais doit les interrompre quand la guerre est déclenchée[2]. Sa thèse, L’œuvre d’André Fontainas, sera éditée en 1949, à titre posthume[6].
Poétesse
Marguerite Bervoets se passionne très tôt pour la littérature et écrit ses premiers poème dès l'âge de sept ans[6]. Elle publie une compilation de poèmes, Chromatisme, le 25 octobre 1932[7]. C'est son seul recueil publié bien qu'elle écrive énormément de textes dans tous les genres : nouvelles, romans, poésie et traductions, surtout de 1936 à 1940[6].
En 1941, elle écrit le poème Après[6].
La Guerre
En 1940, Tournai subit de violents bombardements et Marguerite Bervoets quitte la ville durant un certain temps. Elle souhaite s'engager dans la Royal Air Force mais reprend son poste d’enseignante à Tournai où ses élèves la soupçonnent de sympathies pour l'occupant, tant elle applique la censure avec zèle[6].
Résistance
À la suite de l'invasion allemande en mai 1940, elle s'engage activement dans la résistance avec Henri Deneubourg, un agent de renseignement de la Première Guerre mondiale et effectue ses premières missions comme observatrice. Fin juillet 1941, elle intègre, avec lui, le mouvement de résistance armée, le Groupe des cinq clochers, et prend part à des actions de renseignement et d'exfiltration de pilotes alliés[6][4][8].
En décembre 1941, elle fait paraître « La Délivrance », un hebdomadaire clandestin publié à sept reprises et dont elle est la principale rédactrice. 2 à 300 exemplaires sont distribués à chaque fois, à Tournai et à Mons, malgré des moyens rudimentaires[6][5].
Marguerite Bervoets est membre de la Légion belge dans la section 803 à partir d'avril 1942. Selon certaines sources, elle transmettrait des renseignements, notamment sur les troupes en garnison et les passages des trains au groupement de Bruxelles, serait agente de liaison entre les groupements de résistance de Lille et de Tournai et cacherait aussi des parachutistes alliés. Ces information sont cependant difficilement vérifiables. En tout cas, le groupe de résistance la trouve trop téméraire et lui fait arrêter les activités de terrain, par prudence[4][6][9].
Malgré cela, le , Marguerite Bervoets et Cécile Detournay, se rendent aux abords du champ d'aviation de Chièvres dans le but de photographier des batteries antiaériennes récemment installées. Les deux jeunes filles emportent un sac à provisions et un appareil photographique et des jumelles qui les trahissent. Elles gagnent les abords du terrain et commencent à prendre des clichés. Une sentinelle allemande les surprend et les conduit devant un officier. Les jeunes filles, montrant leur sac, lui disent qu'elles se rendent à une ferme voisine pour se ravitailler et affirment qu'elles voulaient juste faire quelques photos du paysage pour terminer leurs pellicules. Malheureusement, le lieutenant allemand ordonne une enquête. Une femme, témoin à charge, conduira à l'inculpation de Marguerite Bervoets et de plusieurs membres de la section 803, dont Henri Deneubourg. Lors de la perquisition de son domicile, on découvre des armes et une liste de noms de la Légion belge[6][4][8].
Arrestation et exécution
Les deux femmes sont conduites à Ath puis à Tournai, où elles comparaissent devant un tribunal allemand. Elles sont ensuite incarcérées durant six mois à la prison de Mons qui sert souvent de lieu de transit vers la déportation et les camps nazis. Marguerite Bervoets, Henri Deneubourg et Cécile Detournay sont transférés en Allemagne le 11 juin 1943. Les deux femmes arrivent à Essen où Marguerite Bervoets est soumise au travail forcé dans les usines Krupp pendant sept mois. Le 15 janvier 1944, elles sont emprisonnées dans le camp de Mesum puis à la prison de Leer à partir du 15 mars[4][9][10]. Elles y sont jugées, ainsi que Henri Deneubourg et d’autres résistants tournaisiens, lors d'un simulacre de procès par le Volksgerichtshof le 22 mars 1944. Marguerite Bervoets et Henri Deneubourg sont condamnés à mort ; Cécile Detournay à huit années de travaux forcés[6][8][9][10].
Après le jugement les deux amies sont séparées. Marguerite Bervoets est conduite à Wolfenbüttel, après un itinéraire mal connu mais qui semble passer par Osnabrück et Brême[10].
Elle est décapitée le à 18h34 à la prison de Wolfenbüttel[9]en même temps qu'une autre figure de la Résistance belge : Fernande Volral et l'allemande Frau Richter[6].
Cécile Detournay sera libérée par les troupes américaines le [8].
Les chefs directs de Marguerite et de Cécile, Henri Deneubourg et Edouard Sourdeau, également arrêtés en , furent aussi guillotinés à la prison de Wolfenbüttel le [6].
Inhumation
Après son exécution, Marguerite Bervoets est inhumée au cimetière de Wolfenbüttel. Sa dépouille est ramenée à Mons et déposées à l’hôpital civil de Mons, puis transférée solennellement à l’hôtel de ville le samedi 23 août 1947. Des funérailles officielles et l'inhumation dans la pelouse d’honneur réservée au héros de la guerre dans le cimetière de Mons ont lieu le dimanche 24 août 1947[10].
Sa lettre d'adieu
Le 13 novembre 1941, après l'arrestation du résistant de Tournai, Robert Lelong, Marguerite Bervoets rédige deux lettres à son ancienne professeure Lucienne Balasse-De Guide, la deuxième n'étant « à n'ouvrir qu'à l'annonce de ma mort »[6][11]. Cette lettre d'adieu (souvent appelée son testament moral) figure dans l'Anthologie de la Résistance de Pierre Seghers. La voici :
En 1932, dans un poème du recueil Chromatismes, elle écrivait: « Je mourrai seule, sans bruit, à la chute d'un soir »[11]
Distinctions
- Chevalier de l’Ordre de Léopold II avec palme[10]
- Croix de guerre avec palme[10]
- Médaille commémorative 1940-1945[10]
- Médaille de la Résistance[10]
Reconnaissances
Olivia Blondiaux s'implique fortement dans le travail de mémoire et de reconnaissance envers sa fille[6]. Avec une ancienne professeure de Marguerite, Lucienne Balasse-De Guide, elle crée le Comité Marguerite Bervoets qui édite en 1947 une courte biographie, Marguerite Bervoets, une héroïne (1914-1944), ensuite rééditée à plusieurs reprises[6].
- Le 1er octobre 1945, Armand Bernier publie « Une poétesse héroïque » dans le journal Le Thyrse[6]
- L’École Moyenne et Section d’Athénée de l’État pour jeunes filles de Mons, où Marguerite Bervoets a fait ses trois dernières années d'humanités et dont sa mère a été la directrice, prend le nom de Marguerite Bervoets en 1946[12].
- Le est inauguré dans la cour de l'École Moyenne de la rue de Bouvy à La Louvière, un monument dédié à Marguerite Bervoets et à Laurette Demaret, anciennes élèves de cet établissement[2].
- En 1956, une cloche est consacrée en son nom à la collégiale Sainte-Waudru de Mons[6] .
- A Mons et Guyancourt (près de Paris), des rues portent son nom
- A Forest une rue et un arrêt de transport en commun de la STIB portent son nom[13] et une plaque commémorative est apposée à la maison où elle passait des vacances chez son oncle et sa tante, au 46 avenue Van Volxem[14][5][13].
- Il existe de nombreux monuments qui lui rendent hommage, tant en Belgique (notamment à La Louvière grâce à un monument et à une plaque commémorative), qu'à l'étranger.
- En 1982, une plaque commémorative est placée sur un mémorial à la gloire du Mouvement de Résistance en Italie, aux abords du Lac de Côme. Sur cette plaque figure un extrait de son « testament moral » : "J’ai péri pour attester que l’on peut à la fois aimer follement la vie et consentir à une mort nécessaire."[6]
- La 151e promotion Sciences sociales et militaires de l’École royale militaire a comme marraine Marguerite Bervoets, année académique 2012-2013[6].
- En 1995, le Musée de la guerre de Mons reçoit un bracelet en or et des diplômes universitaires ayant appartenu à Marguerite Bervoets et donnés en souvenir par ses parents à Clémentine De Groot, présidente nationale du Front de l'Indépendance et fondatrice du groupe de résistance «Rita» à Alost[15].
- Avec le projet La Phrase, Karelle Ménine appose des textes de Marguerite Bervoets et d'autres poètes sur les murs de la ville de Mons[16]
- Dans le parc Georges Henri, à Woluwe Saint Lambert, le texte de la lettre de Marguerite Bervoets (« Je suis tombée pour que le ciel de la Belgique soit plus pur, pour que ceux qui me suivent puissent vivre libres comme je l'ai tant voulu moi-même. ») est gravé dans une dalle, à proximité du Monument Ravensbrück conçu par Thérèse Chotteau [17].
- L'Université libre de Bruxelles décerne un Prix Marguerite Bervoets[18].
La ville de Tournai est plus réservée dans ses hommages. Certains habitants considère en effet que son imprudence a entraîné l'arrestation d'autres résistants. Seule une plaque est apposée par l’État à l’École normale de Tournai[6].
Publications
- Chromatismes, Librairie Vanderlinden, , 67 p.
- L’œuvre d'André Fontainas, Bruxelles, Palais des Académies, , 238 p.
- Traductions du néerlandais :
- Hilda Casteels, Au temps des fées, Bruxelles, Librairie Vanderlinden, , 85 p.
- Hilda Casteels et Pierre Devos (dir.), Pétales de rêve, Bruxelles, Librairie Vanderlinden, , 84 p.
Bibliographie
- Lucienne Balasse-De Guide, Marguerite Bervoets, Une héroïne, 1914-1944, Bruxelles, La Renaissance du livre (réimpr. de très nombreuses éditions (65) chez le même éditeur) (1re éd. 1947)
- Emile Pequet (préf. Catherine Hocquet, Marcel-Etienne Dupret), Marguerite Bervoets., HCD, coll. « Les Carnets de la Mémoire », (ISBN 978-2-87537-053-2)
- Rose-Marie François, La saga d’Îchanâs (Messages du nadir, Mirages de Courlande, Images d’Outre-Rhin, Visages sous le heaume), Poèmes, (ISBN 978 2 87450 014 5), Le Taillis-Pré, Châtelineau, 2007.
- Comité Marguerite Bervoets, Marguerite Bervoets La Louvière 1914-Wolfenbüttel 1944, Anvers, , 38 p. (présentation en ligne)
- Flore Balthazar, Les Louves. Roman graphique, Aire Libre, , 200 p. (ISBN 9782800167787)
- Pierre Seghers, « Marguerite Bervoets (1914-1944) ». In La Résistance et ses poètes », La Résistance et ses poètes (France 1940/1945)., Paris, Seghers, , p. 423-424 (ISBN 9782232145940)
- Gaston Lefebvre, « Bervoets Marguerite », Biographies tournaisiennes, XIXe et XXe siècles, Tournai, Archéologie industrielle de Tournai,
