Marguerite Lachaise
communarde française
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Marguerite Prévost, dite Marguerite Lachaise (née Marguerite Guinder le à Salins-les-Bains (France) et morte le à Paris), est une cantinière, confectionneuse pour dames de métier, mais surtout communarde, déportée en Guyane.
14e arrondissement de Paris
| Naissance | |
|---|---|
| Décès |
(à 55 ans) 14e arrondissement de Paris |
| Nom de naissance |
Marguerite Guinder |
| Autres noms |
Marguerite Prévost |
| Nationalité | |
| Activité |
Biographie
Marguerite Lachaise est née le à Salins-les-Bains dans le Jura. On ne sait pas quand elle arrive à Paris, mais en 1870 elle est confectionneuse pour femme et habite le 65 rue Sedaine, dans le XIe arrondissement en concubinage avec Auguste Lachaise, monteur en bronze, avec qui elle entretient une relation depuis plus de 10 ans. D'un premier mariage, elle prend le nom de Prévost et a un enfant avec ce dernier. Pour autant, la relation se termine et elle n'arrive pas à obtenir le divorce malgré la séparation de fait. Elle choisit plus tard de porter le nom d'Auguste Lachaise.
La commune de Paris
Illustre communarde
Lorsqu'éclate la commune, elle est incorporée avec Auguste Toussaint au sein du 66e bataillon de la Garde Nationale, commandé par Augustin Avrial (1840-1904) et regroupant les habitants du quartier de Popincourt. Elle y occupe un rôle de cantinière et d'ambulancière pour lequel on la remarque à plusieurs reprises pour ses qualités.
Le , elle est acclamée pour sa détermination dans les combats de Meudon. En découle un billet signé par 62 de ses compagnons du 66e bataillon pour témoigner à la Commune de son engagement :
« Citoyens,
Les citoyens soussignés, appartenant au 66e bataillon de la Garde nationale de Paris déclarent que Marguerite Guinder, épouse Lachaise, cantinière au dit bataillon, demeurant rue Sedaine, 65, a, dans le combat du 3 courant, en avant de Meudon, tenu une conduite au-dessus de tout éloge et de la plus grande virilité en restant toute la journée sur le champ de bataille, malgré la moisson que faisait autour d’elle la mitraille, occupée à soigner et panser les nombreux blessés, en l’absence de tout service chirurgical.
En foi de quoi, citoyens membres de la Commune, nous venons appeler votre attention sur ces actes, afin qu’il soit rendu justice au courage et au désintéressement de cette citoyenne, républicaine des plus accomplies.
Salut et fraternité. »
Dans la semaine qui suit, le Journal Officiel de la Commune Le Cri du Peuple, reprend son éloge le [1] : « La cantinière du 66e bataillon, la citoyenne Lachaise, est une gaillarde et une crâne femme. Elle a bien mérité de Paris et nous sommes heureux de le lui dire. Cette brave femme du peuple n’a cessé, depuis trois jours, de faire le coup de feu dans la plaine de Châtillon et de voler au secours de ceux qui tombent, frappés par les balles des sbires de Versailles. Elle est à la fois soldat et chirurgien. Brave femme, il coule du sang de lionne dans ses veines »"[2]. Le lendemain, le journal reprend : « Elle a, dans le combat du 3 courant, en avant de Meudon, tenu une conduite au-dessus de tout éloge et de la plus grande virilité, en restant toute la journée sur le champ de bataille, malgré la moisson que faisait autour d’elle la mitraille, occupée à soigner et à panser de nombreux blessés, en l’absence de tout service chirurgical. » D'autres journaux, comme La Sociale, vanteront ces exploits début avril[3].
Les faits Beaufort
Le , elle fait partie du groupe qui arrête, près de la mairie du XIe arrondissement où le conseil de la Commune s’était replié le matin même, le capitaine Charles de Beaufort, un officier de la Garde nationale, rendu responsable par les hommes du 66e bataillon des pertes subies la veille dans les combats à La Madeleine. Beaufort est accusé d’avoir sciemment envoyé le bataillon au massacre, où soixante hommes étaient restés sur le pavé et six prisonniers fusillés. Dans cet évènement Marguerite interpelle personnellement le capitaine, avec qui il ferait office d'un précédent avec le 66e bataillon. Elle est décrite telle que "une cantinière en uniforme, ceinturée de rouge, la jaquette déboutonnée, le chapeau rond rejeté en arrière… C’est la cantinière du 66e bataillon fédéré, Lachaise."[4] Cette altercation fait le fruit d'une accusation lourde, elle se serait écriée "C’est la canaille qui nous a fait massacrer !", entrainant malgré l’intervention de Delescluze et de Mortier une arrestation et un traitement expéditif en cour martiale du capitaine Beaufort. Réunie dans le bureau du 66e bataillon, dans une boutique de la rue Sedaine, il est accusé d’être un espion à la solde de Versailles, il est condamné et fusillé, près de la mairie, au coin de l’avenue Parmentier. Au dernier moment, Marguerite Lachaise avait essayé, en vain, de le sauver.
Les faits Darboy
L'après-midi du même jour, le 66e bataillon se dirigent vers la prison de la Roquette pour participer à l’exécution des six otages de la Commune dont fait partie Georges Darboy, l'archevêque de Paris. Cette exécution est motivée par l'avancée des troupes Versaillaises et la violence des massacres de communard qui commencent déjà[5]. Pour autant, Marguerite Lachaise tente de dissuader son bataillon d'y participer : "Vous n’irez pas ! Ou vous n’êtes plus que des assassins !"[6]
Les procès
Elle est arrêtée le pour sa participation à ces deux évènements comme en rend compte le quotidien La Patrie du . Pour le procès Darboy (exécution de l'archevêque), elle est acquittée par le 6e conseil de guerre du .
En revanche, le capitaine Charles de Beaufort est identifié comme fusillé à tort pour trahison, ce qui vaut lors du procès de son exécution pour Marguerite Lachaise une condamnation à la peine de mort le . Édouard Lockroy, ancien député radical, intervient auprès de Victor Hugo, dont il était proche, pour la sauver de l’exécution.
Sa peine est transformée le en travaux forcés à perpétuité, mais sa condamnation par le Conseil de Guerre est sans aucun doute représentative au-delà de son implication dans le mouvement communard, au traitement des femmes en situation de concubinage hors mariage (dont sa situation avec Lachaise faisait office), considérant que ce n'est qu’une preuve supplémentaire de leur immoralité. Dans les enquêtes, on questionne également son affiliation à la franc-maconnerie, sans qu'il existe de renseignement clair sur son appartenance à la loge[7].
Durant son procès elle se défend de ses actions pendant la Commune : "J’ai porté les effets de cantinière, mais je n’ai jamais eu d’armes" ; la lettre des soldats ne la disait pas combattante, mais "malgré la moisson que faisait autour d’elle la mitraille, occupée à soigner et panser les blessés".
La suite
Marguerite Lachaise, comme beaucoup d'autres communardes, est déportée dans le bagne des Îles du Salut en Guyane. Par la suite elle est amnistiée et rentre en métropole[2] où elle retourne vivre à Paris dans le XIVe arrondissement, puis meurt le .