Marie-Catherine de Villedieu
femme de lettres française
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Marie-Catherine Desjardins, dite Madame de Villedieu, née vers à Alençon ou à la Rochelle et morte le au manoir de Clinchemore à Saint-Rémy-du-Val, est une poétesse, dramaturge et romancière française.
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Marie-Catherine Desjardins |
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Biographie
Enfance et famille
Née vers à Alençon, ou plus vraisemblablement à La Rochelle, ainsi que l'ont montré de récents travaux[1], Marie-Catherine Desjardins est issue de la petite noblesse terrienne. Fille d’un couple au service d’une famille illustre, les Rohan-Montbazon, elle ne garde de son père aventureux, Guillaume Desjardins, qu’un souvenir de violentes chicanes[2]. Ses parents se séparent alors qu’elle est encore très jeune, ce qui lui donne une indépendance et une liberté assez rares pour l’époque : installée dans le Paris de l’après-Fronde, Tallemant des Réaux dit d’elle qu’elle y « vit sous sa bonne foy[3] ».
Carrière d'autrice
Ses débuts
Dans la capitale, Marie-Catherine Desjardins compense rapidement son manque de naissance et de richesse, mais aussi sa laideur, par l’exercice de son esprit, lequel, de son propre aveu[4], est brillant ; elle le prouve notamment à travers les premières poésies qu’elle compose, mais aussi ses portraits. On l’admire dans les salons parisiens où elle s’acquiert de solides protections (Anne-Marie-Louise d'Orléans, Marie de Nemours, le duc de Saint-Aignan, Hugues de Lionne…).
Les scandales
L’année de ses dix-huit ans, Marie-Catherine fait la rencontre décisive de son existence en la personne d'Antoine II de Boësset (1635-1667), fils d’Antoine de Boësset, sieur de Villedieu, surintendant de la musique de la Chambre et frère puiné de Jean-Baptiste Boësset qui succède à leur père à la musique de la Chambre[5]. Commence une liaison tumultueuse célébrée par l’écrivaine dans un sonnet intitulé « Jouissance » et jugé scandaleusement libertin[6] : « Je meurs entre les bras de mon fidèle amant, / Et c'est dans cette mort que je trouve la vie. »
Après une promesse solennelle de mariage signée en Provence, devant prêtre et notaire, le , survient la rupture définitive en . Au cours du « tragique été[7] » de la même année, Marie-Catherine Desjardins voit son amant mourir au siège de Lille et sa correspondance amoureuse publiée prétendument sans son consentement par le libraire-éditeur Claude Barbin[8]. C’est forte de cette seule promesse que Marie-Catherine Desjardins peut se faire appeler « de Villedieu » et se faire officiellement considérer, avec l’approbation de sa belle-famille, comme sa veuve.
Dramaturge renommée
Marie-Catherine Desjardins donne trois pièces à la scène : la tragi-comédie Manlius, jouée avec succès par les comédiens de l’hôtel de Bourgogne en et qui suscite une querelle entre Donneau de Visé et l’abbé d’Aubignac concernant l’authenticité historique de la pièce ; la tragédie Nitétis, jouée le ; et la tragi-comédie Le Favori, créée le par la Troupe de Monsieur sur la scène du Palais-Royal, puis donnée à Versailles le soir du suivant devant la famille royale et ses invités.
La pièce Le Favori s'intitule au départ La Coquette, ou le Favory. Lors de sa représentation à Versailles, Molière écrit un prologue aujourd'hui perdu, mettant en scène parmi le public une marquise et un marquis ridicule. Les intermèdes musicaux sont signés par Jean-Baptiste Lully et les décors par Carlo Vigarani. Malgré le bon accueil de cette pièce, qu'elle dédie au ministre Hugues de Lionne, Marie-Catherine Desjardins délaisse ensuite son activité de dramaturge pour se tourner résolument vers l’écriture romanesque.
Romancière et invention du roman-mémoire
Les succès s’enchaînent au prix d’un intense labeur : de à , pressée par de sérieuses difficultés financières, la romancière ne cesse d’écrire et de publier. Avec ses Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière, parues en , elle invente le genre littéraire du roman-mémoires. Les célèbres Désordres de l’amour () marquent son retrait officiel de la scène littéraire. Un an plus tard, Louis XIV lui accorde la pension royale tant sollicitée, mais celle-ci est bien mince et s'élève à 600 livres.
Publications post-mortem
En , « Madame de Villedieu » épouse Claude-Nicolas de Chaste, chevalier, sieur de Chalon. Union éphémère, puisque l’officier meurt deux ans plus tard, non sans avoir permis à Marie-Catherine de devenir mère pour la première fois, à l’âge de trente-huit ans. Retirée dans la demeure familiale, à Clinchemore, auprès de sa mère et de ses frère et sœur François et Aimée, Mme de Chaste y meurt le . C’est là que Claude Barbin s’empare des dernières productions de l’écrivaine (Le Portrait des faiblesses humaines, posth. ; Les Annales galantes de Grèce, posth. ).
Le succès littéraire de Marie-Catherine de Villedieu explique les nombreuses fausses attributions dont elle fait l’objet dès le XVIIe siècle[9], ainsi que la rumeur selon laquelle elle aurait été admise à l’Académie des Ricovrati de Padoue.
Jugements
« C’est une personne qui, toute petite, a eu beaucoup de feu ; elle parlait sans cesse. Voiture, qui logeait en même logis que la mère, prédit que cette petite fille aurait beaucoup d’esprit, mais qu’elle serait folle. [...] Elle a une facilité étrange à produire ; les choses ne lui coûtent rien, et quelquefois elle rencontre heureusement. Tous les gens emportés y ont donné tête baissée, et d’abord ils l’ont mise au-dessus de Mlle de Scudéry et de tout le reste de femelles[10]. »
« Elle a fait perdre le goût des longs romans. »
— Voltaire

Œuvres & œuvres en ligne
- Œuvres et éditions en ligne
- Alcidamie (1661)
- Les Amours des Grands Hommes (1671)
- Anaxandre, nouvelle, Paris, (lire en ligne sur Gallica)
- Les Annales galantes (1670)
- Les Annales galantes de Grèce (1687)
- Carmente, histoire grecque (format livre2 vol. in-8º), Paris, Claude Barbin, (lire en ligne).
- Cléonice ou le Roman galant. Nouvelle (1669)
- Description d'une des fêtes que le roi a faites à Versailles (1665), dans Nouveau recueil de quelques pièces galantes, Paris, Barbin (1669)
- Les Désordres de l’amour (1675)
- Les Exilés (1672-1673)
- Fables ou Histoires allégoriques dédiées au roy, Paris, Claude Barbin, (lire en ligne sur Gallica).
- Le Favori, tragi-comédie, Paris, Louis Billaine ou Thomas Jolly ou Guillaume de Luyne ou Gabriel Quinet, , 1re éd. (lire en ligne sur Gallica).
- Les Galanteries grenadines, 1672-1673 (lire en ligne).
- Le Journal amoureux (1669-1671)
- Lettres et billets galants (1667)
- Lisandre. Nouvelle (1663)
- Manlius Torquatus, tragi-comédie, Paris, s.n., (lire en ligne sur Gallica).
- Mémoires de la vie de Henriette-Sylvie de Molière (1672-1674)
- Mémoires du Sérail sous Amurat second (1670)
- Nitétis, tragédie, 1663
- Nouveau recueil de pièces galantes (1669)
- Les Nouvelles africaines (1673)
- Le Portefeuille (1674)
- Portrait des faiblesses humaines, Amsterdam, Henry Desbordes, , 1re édition, Paris, Claude Barbin, 1685 (lire en ligne sur Gallica).
- Récit en prose et en vers de La farce des précieuses : suivi de La déroute des précieuses : mascarade (préf. bibliophile Jacob), Paris, Librairie des bibliophiles, (réimpr. 1879), 48 p., in-16.
- Recueil de poésies, Paris, Claude Barbin, , 99 p., in-12 (lire en ligne sur Gallica).
- Recueil de quelques lettres et relations galantes (1668)
Représentations
- Le Favori, mise en scène par Aurore Évain, compagnie La Subversive, pièce recréée, 350 ans après que Molière l’a créée au théâtre du Palais-Royal; à Guyancourt, la Ferme du Bel Ébat les et (reprise le 12 oct. 2018), à Paris le , au Théâtre Confluences, le à l'Université de New York à Paris, et les 27 et au Théâtre Eurydice de Plaisir ; le , au Festival Jean de La Fontaine à Château-Thierry ; le , au Festival La Tour Passagère, à Lyon ; le au Festival International de Théâtre Classique d'Almagro, en Espagne ; du 20 au , au Théâtre Municipal Berthelot de Montreuil ; en au Théâtre des Îlets-CDN de Montluçon / Théâtre Gabrielle Robinne ; du 9 au , à la Cartoucherie, Théâtre de l'Epée de bois (Paris). Les intermèdes de Jean-Baptiste Lully ont été remplacés par des musiques d’Elisabeth Jacquet de la Guerre, de Barbara Strozzi, d'Antonia Bembo et de Mlle Bataille, interprétées par un ensemble de musique ancienne, Les Mouvements de l'âme, dont la chanteuse soprano Amal Allaoui. Cette tragi-comédie a été écrite en 1665, soit à l’apogée du français classique qu’on situe entre 1660 et 1680. C’est pourquoi les spectateurs de la pièce ont l'impression d'entrer d’emblée sans jamais l’avoir entendue en terrain connu, pour la pureté du style. Mais si Racine ou Molière n'osent pas en général convoquer un personnage de roi qui leur soit contemporain, l’originalité voire la hardiesse de Marie-Catherine de Villedieu est d’offrir ici le monarque sur scène : Isabelle Gomez, comédienne travestie, incarne le roi de Barcelone.
Bibliographie
- Études consacrées à l’œuvre de Marie-Catherine de Villedieu
- Norbert Dufourcq, « Un musicien, officier du roi et gentilhomme campagnard au XVIIe siècle : Jean-Baptiste de Boësset (1614-1685) », Bibliothèque de l'École des Chartes, no 118, , p. 97-165 (lire en ligne).
- Micheline Cuénin, Roman et société sous Louis XIV : Madame de Villedieu (Marie-Catherine Desjardins 1640-1683), Paris, Champion, , 2 vol. (lire en ligne).
- Donna Kuizenga, « Madame de Villedieu », Dictionary of Literary Biography (DLB), vol. 268 (2002), p. 383-90.
- Madame de Villedieu et le théâtre. Actes du colloque de Lyon (11 et ), Nathalie Grande et Edwige Keller-Rahbé (dir.), Biblio 17, vol. 184, 2009.
- Madame de Villedieu, ou les Audaces du roman, Nathalie Grande et Edwige Keller-Rahbé (dir.), Littératures classiques, nº 61, printemps 2007.
- Madame de Villedieu romancière. Nouvelles perspectives de recherches Edwige Keller-Rahbé (dir.), Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2004.
- (en) Bruce Archer Morrissette, The Life and Works of Marie-Catherine Desjardins (Mme. de Villedieu) 1632-1683, Saint Louis, Washington University Studies, 1947.
- Gérard Letexier, Madame de Villedieu, une chroniqueuse aux origines de La Princesse de Clèves, Paris, Minard, , 237 p., 19 cm (ISBN 978-2-25691-037-1, OCLC 51612586).
- Charlotte Simonin, « Des seuils féminins ? : Le péritexte chez Mme de Villedieu », Littératures classiques, no 61, , p. 151-172 (lire en ligne).
- Marie-Catherine de Villedieu et le roman galant.