Marijan Molé
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yougoslave
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Marijan Stanislas Molé |
| Nationalités |
république fédérale populaire de Yougoslavie (en) yougoslave |
| Formation |
Université de Paris (en) |
| Activité | |
| Père |
Vojeslav Molè (d) |
| A travaillé pour |
Université Jagellonne Université de Paris (en) École pratique des hautes études |
|---|
Marijan Molé ( à Ljubljana - à Paris[1]) était un spécialiste slovène-polonais des études iraniennes (moyen persan et persan moderne). Il a également travaillé dans le domaine des études islamiques, en particulier dans le champ des études sur le soufisme. Il fut l'un des iranologues les plus doués de sa génération[2].
Installation en France

Le père de Marijan, Vojeslav Molé (de) (1886-1973), était un écrivain et historien de l'art slovène. Il est professeur à l'Université de Ljubljana, mais en 1925, il s'installe en Pologne, pays d'origine de la mère de Marijan, où il est professeur invité à l'université de Cracovie. Très jeune déjà, Marijan Molé s'intéresse à la linguistique et aux mathématiques. Lorsque la Seconde Guerre mondiale éclate, sa famille se réfugie à Leopoli en Ukraine[2], mais bientôt, le père de Marijan préfère retourner à Cracovie, qu'il quitte cependant bientôt (afin d'échapper à la déportation des professeurs d'université) pour rentrer à Ljubljana et travailler comme professeur d'études byzantines. En 1942-1943, Marijan étudie la linguistique slave et indo-européenne, et il est chargé de cours dans un séminaire sur les études études indo-européennes[2].
Après la guerre, il rentre en Pologne, et poursuit ses études à l'Université de Jagellon de Cracovie. Mais en 1947, il abandonne définitivement la linguistique et se consacre désormais à la philologie iranienne et à l'histoire des religions. Dans ces deux champs d'études (à quoi s'ajoute bientôt le soufisme), il produit une œuvre considérable[2].
Il obtient son doctorat en philologie iranienne sous la direction de Tadeusz Jan Kowalski à l' Université Jagellon. En 1949, le gouvernement français l'invite à poursuivre ses études à Paris. Il suit les cours d'Émile Benveniste, Jean de Menasce (dont il deviendra très proche et qui sera pour lui une figure importante[3]), Henry Corbin and Henri Laoust et encore Louis Massignon, et décide de s'installer définitivement en France[2]. En 1952, il est diplômé de l'EPHE[3]. Le , il épouse Éliane Janet — le mariage sera célébré par J. de Menasce[3].
Iran, shiisme et soufisme
Pendant le semestre d'hiver 1955-1956, il se rend pour la première fois en Iran, pour un premier séjour de six mois. C'est à cette occasion qu'il se tourne sérieusement vers les études iraniennes de la période islamique, en particulier le shiisme et le soufisme. Il décide donc de travailler plus longtemps dans ce pays et il devient pensionnaire, de 1956 à 1959, de l'Institut français de recherche en Iran, à Téhéran, fondé en 1947 et dirigé par Henry Corbin. Un fils, Christian, né au cours de ce séjour[3]. Durant cette période, il complète sa thèse de doctorat, Le problème zoroastrien et la tradition mazdéenne, défendue à la Sorbonne en 1958[4] et publiée en 1963 sous le titre Culte, Mythe et Cosmologie dans l’Iran ancien. En Iran, il se passionne pour l'islam, et se lance dans divers projets de recherche sur le soufisme, armé de sa maîtrise du persan[2].
À son retour définitif à Paris, Molé peine à trouver un poste fixe qui mettrait sa famille à l'abri des soucis financiers. Il est pressenti par J. de Menasce pour lui succéder, mais la situation est compliquée. Son précédent statut d'attaché de recherches ne lui permet par de faire partie du personnel fixe de l'EPHE, et le problème semble difficile à résoudre. En 1960, il est toutefois nommé chargé de recherche à l'EPHE, ce qui permet à sa famille de voir les problèmes financiers s'éloigner[5].
Fin de vie
En 1963, la situation de M. Molé est bonne: il a une situation stable, sa thèse de quelque 600 pages vient d'être publiée sous le titre Culte, mythe et cosmologie dans l'Iran ancien : Problème zoroastrien et la tradition mazdéenne. Une série d'articles doivent être publiés en Iran. À la mi-avril, la famille se rend chez la mère d'Éliane à Fort-du-Plasne (Jura), pas très loin de la frontière avec la Suisse. Marijan Molé doit retourner à Paris afin de régler des questions professionnelles. Mais, alors qu'il écrivait quotidiennement à sa femme, celle-ci reste sans nouvelle durant une semaine. Quand elle retourne à Paris, le , pour voir ce qui se passe, elle trouve son mari mort dans leur appartement. Selon la version officielle, à la suite d'un suicide, mais à ce jour, on ignore la cause exacte de sa mort[6],[2]).
Marijan Molé avait 39 ans, et il était déjà considéré comme l'un des iranistes les plus doués de sa génération. Il est enterré à Fort-du-Plasne[5].
Champs de recherche
Marijan Molé a publié sept livres et une cinquantaine d'articles. Il semble bien que ces articles aient été des travaux préparatoires pour des publications plus conséquentes, en particulier sa thèse dans laquelle il a pu établir les structures du zoroastrisme dans ses composantes rituelles et mythiques. Ces recherches sont une preuve de son intérêt pour le mythe et les courants religieux de la période sassanide[2]. En ce qui concerne ses travaux sur l'islam et le soufisme, Philippe Gignoux estime que cela « peut être considéré comme un passe-temps »[2].
L'Iran ancien
Molé s’est beaucoup intéressé à l’Iran préislamique[7]. Disciple de Dumézil, il reprend sa conception de la structure sociale indo-européenne en trois parties, et il montre qu’on en retrouve un parallèle dans l’Inde védique et la Grèce antique. Ce faisant il propose aussi une analyse novatrice du dieu iranien Yima (le premier homme, géniteur de la race humaine et fils du soleil). Il publie plusieurs articles autour de la question de la structure triadique dans le Journal Asiatique, et certains d’entre eux ont provoqué de vifs débats académiques.
Il s’est aussi penché sur le « problème zurvanien » (titre d’une publication parue en 1959), auquel il a consacré aussi plusieurs articles. Il a en particulier critiqué les travaux de R.C. Zaehner qui concluaient à l’existence d’une religion zurvanite. Pour Mollé, le zurvanisme n’était pas une religion issue du zoroastrisme, mais une forme de la religion iranienne.
Son œuvre majeure est sa thèse de doctorat, Culte, Mythe et Cosmogonie dans l'Iran ancien dans laquelle il définit le zoroastrisme ancien, montrant, selon Philippe Gignoux, que « l'accomplissement de Zoroastre n'était pas une réforme éthique anti-ritualiste, mais plutôt le résultat d'une évolution graduelle d'éléments essentiels à la religiosité indo-iranienne dans laquelle le rituel du sacrifice joue un rôle majeur. » A sa thèse, on peut ajouter La légende de Zoroastre qui est essentiellement un recueil de textes traduits à l'appui de son argumentation. L’iranologue Gherardo Gnoli a d’ailleurs relevé que la thèse de M. Mollé constitue « la plus vaste anthologie de textes religieux pahlavi ».
L'islam
Les travaux sur l'islam sont bien moins nombreux. Ils datent essentiellement des années à Téhéran, lorsque M. Molé travaillait aux côtés d'Henry Corbin. On relèvera d'abord quatre articles publiés dans la collection « Sources Orientales » aux éditions du Seuil[8].