Mary Anning
chercheuse de fossiles et paléontologue britannique (1799–1847)
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Mary Anning, née le et morte le à Lyme Regis, est une paléontologue autodidacte britannique[1]. Elle commence par récolter des fossiles pour les revendre à des collectionneurs et des musées et devient, grâce à la découverte du premier plésiosaure et d'ichtyosaures, une figure incontournable dans l’histoire de la paléontologie des vertébrés[2],[3].
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Paléontologue, fossil collector, trader of naturalia, collectionneuse scientifique |
| Influencée par |
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Découverte, Gesamtverband der Deutschen Versicherungswirtschaft (d) |
Biographie
Mary Anning naît en 1799 à Lyme Regis dans le Dorset le long de la côte sud de l'Angleterre. Son père ébéniste, Richard Anning, est originaire de Colyton et sa mère Mary Moore, dite Molly, vient de Blandford Forum. Ses parents, mariés en [4] s'installent à Lyme Regis dans un quartier d'artisans et ont entre 9 et 10 enfants, mais seuls Mary et Joseph survivent[4].
À l'âge de 15 mois, Mary Anning est frappée par la foudre mais survit contrairement aux trois autres femmes touchées ce jour-là, dont l'infirmière qui la tenait dans ses bras[5].
À partir de 8 ans, elle étudie à l'école dissidente où elle apprend que Dieu a créé la Terre en littéralement 6 jours, tout en étant paradoxalement encouragée à étudier la géologie[4].
Elle devient amie avec Elizabeth Philpot, malgré un écart d'âge de 20 ans et leurs différences sociales, qui l'encourage à lire, s'instruire en géologie et sur les fossiles. Elles cherchent parfois les fossiles ensemble[6].
Son père arrondit ses fins de mois en vendant des fossiles aux touristes[4] et initie ses enfants, Mary et Joseph, à cette activité. Il participe en 1800 à des émeutes contre le prix du pain[4]. Il meurt en 1810 d'une tuberculose faisant suite à une chute[4]. La famille, endettée, vit alors de la charité et il semblerait que Mary Anning arrête l'école cette année-là[4]. Elle, sa mère et son frère Joseph commencent alors à rechercher des fossiles à plein temps[7]. Mrs Stocks, une propriétaire de Lyme Regis, aide financièrement la famille, offrant à Mary Anning son premier livre de géologie[4]. Devant la situation financière désastreuse de la famille suite à une année sans découverte de fossile, Thomas James Birch, l'un de leurs clients réguliers, offre en 1820 d'organiser une vente de ses propres collections en leur faveur[4].
Mary Anning intègre rapidement un cercle de paléontologistes et géologues, qui comprend notamment Henry de la Beche, Jean André Deluc et William Buckland[4].
C'est un travail difficile, particulièrement en hiver, mais également dangereux et Mary Anning manque d'y laisser sa vie en 1833 lors d'un glissement de terrain[8] où son fidèle chien Tray est enseveli.
Elle meurt à 47 ans d'un cancer du sein. Le président de la Société géologique de Londres, dont elle n'a jamais pu être membre car l'instance était interdite aux femmes (même invitées)[9], Henry De la Beche, prononce une eulogie en son honneur lors de son discours annuel, faisant de Mary Anning la première femme à recevoir une telle faveur. Il faudra encore attendre 1904 pour que les femmes puissent être admises à la Société géologique[7].
Découverte et identification de fossiles
La collection de fossiles est en vogue à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècle, d'abord comme passe-temps prisé, « tant des curés et médecins de campagne que des gentlemenfarmers[10] », à la manière d'une collection de papillons, puis elle s'est progressivement transformée en une science, la paléontologie, au fur et à mesure de la prise de conscience de l'importance des fossiles en géologie et en biologie. Mary Anning est « devenue célèbre pour avoir collecté et vendu à divers musées et collectionneurs des fossiles jurassiques (notamment des squelettes de reptiles) d’une grande importance scientifique[11] ». Elle correspond avec quelques membres de la communauté scientifique de l'époque majoritairement composée d'hommes anglicans mais sa condition de femme issue de la classe ouvrière la laisse en marge de cette communauté, avant d'être finalement reconnue par ses pairs[12].
Découverte d'un ichtyosaure à 13 ans
La première cause de cet intérêt des scientifiques et de l'orientation de la carrière de Mary Anning est sa découverte, quelques mois après la mort de son père, d'un squelette complet d'ichtyosaure[13]. Son frère avait d'abord trouvé le crâne de ce qui semblait être un grand crocodile un an plus tôt[4]. Le reste du squelette est ensuite découvert par Mary Anning, accompagnée de son frère[4]. Cette espèce avait déjà été décrite en 1699, à partir de fragments découverts dans le pays de Galles, mais c'est le premier squelette d'ichtyosaure retrouvé complet[4]. Les Anning embauchent des ouvriers pour s'occuper de l'excavation du squelette, qui est d'abord vendu à Henry Hoste Enley puis offert à un musée[4]. Il s'agit d'une découverte importante qui est rapidement décrite dans Philosophical Transactions of the Royal Society. Mary Anning est alors âgée de treize ans[4].
La réputation de Mary Anning grandit et attire l'attention de Thomas Birch, un collectionneur aisé. Touché par la pauvreté de la famille Anning, il organise une vente de ses propres fossiles et lui en remet les bénéfices (environ 400 £)[13]. Mary Anning continue seule sa recherche de fossiles après que son frère décroche un emploi de tapissier.
Contributions majeures à la paléontologie


Sa découverte majeure est une première : le squelette d'un plésiosaure en 1821[13]. Le spécimen découvert est un Plesiosaurus dolichodeirus, encore considéré de nos jours comme le spécimen type de cette espèce.
En 1828, elle découvre un important fossile de ptérodactyle, un « Pterodactylus macronyx », le premier trouvé hors d'Allemagne[7]. Elle revend le fossile à William Buckland qui lui donnera le nom de Dimorphodon.
Elle trouve un ptérosaure Pterodactylus macronyx partiel, que William Buckland assemble avec les dents fossilisées de la collection d'Elizabeth Philpot et nomme ainsi en 1829, renommé pus tard Dimorphodon macronyx par Richard Owen[14].
En 1826, Mary Anning découvre ce qui semble être une cavité contenant de l'encre sèche dans un fossile de bélemnite. Suite à d'autres découvertes de ce type, son amie Elizabeth Philpot dilue l'encre à l'eau et la commercialise auprès des artistes locaux pour le dessin[15].
En 1829, elle met au jour un fossile de Squaloraja, que l'on suppose alors être un hybride entre le requin et la raie mais qui est ensuite reconnu comme le spécimen type d'une nouvelle espèce[7],[4]. En 1834, William Buckland prend des disposition pour que le paléontologue suisse Louis Agassiz vienne travailler avec elle et Elizabeth Philpot à Lyme pour se procurer et étudier des fossiles de poissons. Elles lui montrent 34 espèces différentes et il les remercie dans son livre Recherches sur les poissons fossiles où il nomme deux espèces de poissons fossiles en hommage de Mary Anning[16],[17].
Elle est la première à identifier la véritable nature des coprolithes, à savoir des excréments fossilisés de lézards[4].
Dans les années 1830, elle reçoit une rente annuelle de la British Association for the Advancement of Science en récompense de ses efforts. Ses revenus sont complétés par les bénéfices des ventes de Duria Antiquior, la première représentation picturale d'une scène de vie des temps primitifs, créée en 1830 par Henry De la Beche et George Johann Scharf à partir des fossiles qu'elle a découverts.
Reconnaissance et postérité

Dans l'Histoire, Mary Anning est rarement créditée de ses découvertes, celles-ci étant souvent attribuées aux collectionneurs ayant acquis ses fossiles et en ayant fait don à diverses institutions. Toutefois, quelques scientifiques tels que le géologue Henry De la Beche ou le paléontologue Gideon Mantell reconnaissent ses apports dans leurs travaux[7].
L'ensemble des découvertes de Mary Anning sont une des clefs montrant l'évidence de l'extinction d'espèces suggérée à partir de la fin du XVIIIe siècle par des zoologues tels que Georges Cuvier. Auparavant, il était en effet admis que Dieu avait créé tous les êtres vivants lors de la Création et il était impensable que des espèces puissent s'éteindre. Quand un squelette étrange était trouvé dans le sol, il était alors supposé appartenir à une espèce vivant encore dans une partie inexplorée de la Terre. La nature si étrange des squelettes découverts par Mary Anning et d'autres paléontologues de l'époque, comme Gideon Mantell, le « découvreur » des dinosaures, porte un coup sévère à ces arguments et prépare à une meilleure compréhension de la vie dans les périodes géologiques précédentes[18].
L'influence d'Anning se porte aussi sur le terrain de la géologie : ses découvertes forment les bases d'une révolution dans le domaine de la géochronologie, à savoir l'utilisation des fossiles pour reconstruire l'histoire de la Terre.
Impressionné par sa rencontre avec Mary Anning et sa collaboratrice, la chercheuse Elizabeth Philpot, le naturaliste américano-suisse Louis Agassiz nommera deux espèces en son nom (Acrodus anningiae et Belenostomus anningiae). Cependant, après sa mort, le nom d'Anning tombera dans l'oubli.
Redécouverte au début des années 2000, elle est maintenant honorée comme une figure importante de la paléontologie. Le moteur de recherche Google l'honore d'ailleurs d'un doodle, le , à l'occasion des 215 ans de sa naissance[19].
En 2010, la Royal Society la classe parmi les dix scientifiques les plus influentes de l'histoire britannique[7].
En 2019, une jeune fille de 11 ans de Lyme Regis, elle-même chasseuse de fossile, est choquée d'apprendre que Mary Anning n'a pas de statue honorant sa mémoire ; elle décide donc de contacter les autorités locales, qui acceptent de financer la création d'une statue en bronze réalisée par Hazel Reeves[20].
Biographie romancée et filmée
La romancière Tracy Chevalier publie en 2009 une biographie romancée de Mary Anning sous le titre Remarkable Creatures, parue en français sous le titre Prodigieuses Créatures.
En , une maison de production australienne acquiert les droits du roman pour une adaptation cinématographique[21].
Le film britannique Ammonite de Francis Lee (2020) s'inspire de la relation de Mary Anning (Kate Winslet) avec Charlotte Murchison (Saoirse Ronan) et Elizabeth Philpot (Fiona Shaw). Dans le film, l'absence de relations hétérosexuelles connues de Mary Anning est interprétée comme une possibilité qu'elle ait eu des relations lesbiennes, ayant notamment été amie avec Charlotte Murchison et Elizabeth Philpot, interprétation qui provoque la controverse chez les descendantes indirectes[22].
Filmographie
Cinéma
- 2018 : Mary Anning, court métrage de Natashia Mattocks[23]
- 2020 : Ammonite, film de Francis Lee
- 2022 : Mary Anning and the Dinosaur Hunters, long métrage de Sharon Sheehan[24],[25]
- 2025 : Mary Anning, long métrage de Marcel Barelli[26] (scénario de Pierre-Luc Granjon et Magali Pouzol).
Télévision
- 2021 : Mary Anning - L'évolution de la science au 18e siècle, épisode 11 sur 30 de la série en stop motion Cherchez la femme ! de Julie Gavras, Mathieu Decarli et Olivier Marquézy sur Arte[27]