Mary Curzon
noble britannique
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Mary Victoria Curzon, baronne Curzon de Kedleston, (née Leiter ; – ), est une héritière américaine qui épouse George Curzon, le futur vice-roi des Indes.
| Baronne |
|---|
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Sépulture |
All Saints Church, Kedleston (en) |
| Nom de naissance |
Mary Victoria Leiter |
| Surnom |
Mary Curzon |
| Nationalité | |
| Activité |
Baronne Curzon de Kedleston |
| Père |
Levi Leiter (en) |
| Mère |
Mary Theresa Carver (d) |
| Fratrie | |
| Conjoint |
George Curzon, Premier Lord Curzon of Kedleston |
| Enfants | |
| Statut |
| Propriétaire de |
Peacock gown (en) |
|---|---|
| Distinctions |
En Amérique

Mary Victoria Leiter est née à Chicago, et est la fille aînée de Mary Theresa (née Carver) et de Levi Ziegler Leiter, riche cofondateur de la société de mercerie Field and Leiter. Son père est plus tard associé de l'empire de la distribution Marshall Field. De son côté, elle est d'origine suisse-allemande[1],[2],[3]. Sa famille s'installe à Washington D.C. en 1881 et intègre le cercle très fermé de la haute société. Ils vivent plusieurs années dans l'ancienne demeure de James G. Blaine sur Dupont Circle, avant d'emménager dans la Leiter House. La famille séjourne également au bord du lac Léman, ce qui lui vaut le surnom de « Princesse du lac Léman »[4].
Elle reçoit des cours particuliers de danse, de chant, de musique et d'art et apprend le français grâce à sa gouvernante. Un professeur de l'Université Columbia lui enseigne l'histoire, l'arithmétique et la chimie. Ses voyages et ses longs séjours à l'étranger développent très tôt son sens de l'observation et son ouverture d'esprit. Comme le note un article de 1901, son éducation « lui conféra cette élégance et ce raffinement qui la rendaient si charmante aux yeux des hommes et des femmes d'une intelligence brillante et mûre[5]. »
Elle mesure environ 1m70, et son apparence esr décrite ainsi lors de son mariage : elle a « un visage d’une beauté inhabituelle, de forme ovale, avec des yeux gris foncé, des sourcils noirs droits, une bouche douce et sensible, un nez joliment formé et un front bas avec de fins cheveux noirs simplement brossés vers l’arrière et soulignant sa blancheur[5]. »
Elle fait ses débuts dans la vie publique à l'hiver 1888. Elle est considérée comme l'égale, en beauté et en éducation, et parfois même supérieure, par ses manières et son intelligence, aux filles de familles plus connues et établies de longue date dans la société de l'Est des États-Unis. Avant son mariage, sa plus proche amie est Frances Folsom Cleveland, de six ans son aînée, et épouse du président Grover Cleveland, beaucoup plus âgé qu'elle[6].
En Angleterre

Mary fait son entrée dans la société londonienne en 1890. Elle y rencontre un jeune homme, George Curzon, député conservateur de trente-cinq ans, élu de Southport depuis huit ans et héritier de la baronnie de Scarsdale. La position qu'il s'est forgée grâce à ses talents intéresse Mary, plus que son héritage, et sa grande réputation d'écrivain spécialiste des questions politiques de l'Est suscite particulièrement son admiration. Mary Leiter et George Curzon se marient le 22 avril 1895 à l'église épiscopale Saint-Jean, à Lafayette Square, Washington, D.C., par l'évêque Talbot, assisté du révérend docteur Mackay Smith, pasteur de la paroisse[7].
Elle joue un rôle important dans la réélection de son mari au Parlement à l'automne 1895, et beaucoup pensent que ce succès est davantage dû au sourire ravageur et au charme irrésistible de son épouse qu'à ses propres discours. Ils ont trois filles : Mary Irene (qui devient Lady Ravensdale) en 1896 ; Cynthia (première épouse d'Oswald Mosley), le 23 août 1898 ; et enfin, Alexandra, le 20 avril 1904 (épouse d'Edward « Fruity » Metcalfe, meilleur ami, témoin et écuyer d'Édouard VIII), plus connue sous le nom de Baba Metcalfe.
En Inde

George Curzon accepte le poste de vice-roi des Indes et est anobli avec une Pairie d'Irlande sous le titre de baron Curzon de Kedleston durant l'été 1898, à l'âge de trente-neuf ans.
Le 30 décembre, ils arrivent à Bombay, accueillis une grande effervescence. Elle impose immédiatement une impression de beauté et de respect qui se répand rapidement dans tout le pays. Elle reçoitt le titre de vice-reine, en tant qu'épouse du vice-roi, un titre de l'aristocratie britannique. En tant que vice-reine des Indes, Mary détient le plus haut titre officiel qu'une femme pouvait obtenir dans l'Empire des Indes, à l'instar de Lady Wellesley, autre Américaine et épouse d'un éminent Britannique[5]. Quelques jours plus tard, à Calcutta, ils sont accueillis avec un immense enthousiasme. On estime que plus de cent mille personnes assistent au spectacle grandiose de leur réception à Government House. Le poète indien Ram Sharma la mentionne dans son discours de bienvenue à Lord Curzon de Kedleston, en la comparant à une rose :
"A rose of roses bright
A vision of embodied light."
Une autre admirateur aurait déclaré qu'elle était :
"Like a diamond set in gold
the full moon in a clear autumnal sky."[8]
En 1901, Charles Turner crée la rose « Lady Curzon » en son honneur. Il s'agit d'une hybride (R. macrantha x R. rugosa Rubra), d'une douce teinte rose-violette irisée, des fleurs d'une dizaine de centimètres et un doux parfum.

En 1902, Lord Curzon est chargé d'organiser le Durbar de Delhi pour célébrer le couronnement d'Édouard VII, « le plus grand spectacle de l'histoire », qui fait sensation. Lors du bal d'État, Mary porte une robe de couronnement extravagante, signée par la maison Worth de Paris, connue sous le nom de la « robe paon » de Lady Curzon. Confectionnée en tissu d'or brodé de plumes de paon, elle arbore au cœur de chaque œil une aile de scarabée bleu-vert, que beaucoup prennent pour des émeraudes, alimentant ainsi les fantasmes sur la richesse des héritières millionnaires, des potentats indiens et de la royauté européenne[9]. La jupe est quant à elle ornée de roses blanches et le corsage de dentelle[10]. Elle porte également un imposant collier de diamants et une grande broche de diamants et de perles. On raconte que, lorsqu'elle traversa la salle, la foule était subjuguée[11]. Cette robe est maintenant exposée au domaine Curzon, à Kedleston Hall.
Lady Curzon participe également à la conception de la somptueuse robe de couronnement de la reine Alexandra du Royaume-Uni, confectionnée dans un tissu d'or tissé et brodé, dans la même manufacture de Chandni Chauk à Delhi où elle commandait tous les tissus pour ses propres robes d'apparat[12]. Le propriétaire de la manufacture affirmait qu'elle avait un goût exceptionnel et qu'elle était la femme la mieux habillée au monde – un avis partagé par beaucoup.
Lady Curzon est une agente commerciale inestimable pour les fabricants de tissus et d'objets d'art haut de gamme en Inde. Elle porte des tissus indiens, ce qui contribue à les populariser à Calcutta et dans d'autres villes indiennes, ainsi qu'à Londres, Paris et les autres capitales européennes. Elle aide les tisserands de soie, les brodeurs et autres artisans à adapter leurs créations, leurs motifs et leurs tissus aux exigences de la mode contemporaine.
Elle emploie plusieurs des meilleurs artistes d'Inde en leur confiant des commandes et constata bientôt les résultats de ses efforts, faisant revivre des arts raffinés qui avaient presque été oubliés. Lady Curzon reçoit une éducation en ourdou du patriarche Mohyal, Bakhshi Ram Dass Chhibber.

Sous l'impulsion de la marquise de Dufferin et de Lady Curzon, des structures médicales féminines et des hôpitaux réservés aux femmes sont mis en place en Inde. Un hôpital porte d'ailleurs le nom de Lady Curzon de Bangalore.
William Eleroy Curtis, journaliste et auteur de Chicago, dédie son livre Modern India ainsi : « À Lady Curzon, une femme américaine idéale[13] ».
Le 4 novembre 1902, Lady Curzon écrit du camp du vice-roi, à Simla, à Lady Randolph Churchill pour la conseiller sur la coiffure appropriée à porter à Delhi, disant qu'elle se réjouissait de la voir et qu'elle n'aurait pas besoin d'une ayah en plus de sa femme de chambre.
En 1903, elle embarque à bord d'un yacht à Karachi pour une excursion dans le golfe Persique en compagnie de Lord Curzon, Ignatius Valentine Chirol, le jeune Winston Churchill et d'autres invités de marque.
En 1904, Lady Curzon voyage en train avec Lord Curzon jusqu'à Dhaka et visite le quartier de Shahbagh, à bord d'une flotte d'automobiles Dechamp Tonneau du modèle 1902.
Lady Curzon entendit parler des grands rhinocéros indiens de Kaziranga par ses amis planteurs de thé et souhaitait les voir. Pendant l'hiver 1904, elle visite la région de Kaziranga, et aperçoit quelques empreintes de sabots, mais est déçue de ne voir aucun animal[14]. On raconte que le célèbre pisteur animalier assamais, Balaram Hazarika, fit visiter Kaziranga à Lady Curzon et la sensibilisa à l'urgence de la conservation de cette espèce[15]. Préoccupée par le déclin de la population de rhinocéros, elle demande à son mari d'entreprendre les démarches nécessaires pour les sauver, ce qu'il fit. La réserve forestière de Kaziranga est ainsi créée et devient par la suite le parc national de Kaziranga.
Vie privée

Les Curzon ont trois filles mais aucun fils, malgré le désir ardent de Lord Curzon d'en avoir un[10].
Les lourdes responsabilités sociales de Lady Curzon, le climat tropical, une infection prolongée et presque fatale suite à une fausse couche, ainsi que des interventions chirurgicales liées à sa fertilité, mettent sa santé à rude épreuve. Malgré plusieurs séjours en Angleterre pour se rétablir, son état se détériore rapidement[10]. Après leur retour en Angleterre, à la suite de la démission de Curzon en août 1905, sa santé continue de décliner. Elle est décédée le 18 juillet 1906 à son domicile, au 1 Carlton House Terrace, à Westminster, Londres, à l'âge de trente-six ans[10],[16].
On raconte que Lady Curzon, après avoir vu le Taj Mahal par une nuit de pleine lune, s'exclama, émerveillée, qu'elle était prête à mourir sur-le-champ si quelqu'un lui promettait d'ériger un tel mémorial sur sa tombe.
Après son décès en 1906, Lord Curzon fait construire une chapelle commémorative en son honneur, attenante à l'église paroissiale de Kedleston Hall. Conçue par G.F. Bodley, la chapelle ne rappelle pas le Taj Mahal, mais relève du style gothique flamboyant. Sa construction s'achève en 1913.
Dans la chapelle, Curzon exprime son chagrin suite au décès prématuré de son épouse en chargeant le sculpteur, Bertram Mackennal, de créer un gisant en marbre pour sa tombe qui : « exprime, autant que le marbre le permet, la douleur de la mort prématurée de son épouse et fasse de la sculpture l’emblème de l’émotion la plus profonde ». Après sa mort, le gisant de Lord Curzon lui-même est ajouté et placé à côté de celui de son épouse, et sa dépouille dans le caveau situé en dessous.
Sa seconde épouse choisit d’être inhumée dans le cimetière extérieur.
Dans la culture populaire
Mary Curzon et ses trois filles sont considérées comme une source d'inspiration pour les personnages fictifs de Lady Grantham et ses trois filles, notamment en ce qui concerne l'incapacité à produire un héritier mâle et l'importance de la vertu d'une femme dans la série télévisée Downton Abbey écrite par Julian Fellowes et produite par ITV[17].
La soupe « Lady Curzon », une soupe de tortue au curry, est nommée en son honneur. En 1977, un article culinaire du New York Times souligne sa popularité en Allemagne et, selon une lettre adressée au chroniqueur, que Lady Curzon y ajoutait toujours du xérès[18].
Lors de l'exposition 2014-2015 à la National Portrait Gallery de Londres, elle figure parmi les héritières américaines de renom ayant épousé des membres de l'aristocratie britannique[19]. Étaient également présentes dans l'exposition Margaret Leiter (épouse du 19e comte de Suffolk), Jennie Jerome (épouse de Lord Randolph Churchill), May Cuyler (épouse de Sir Philip Grey Egerton, 12e baronnet), Consuelo Yznaga (épouse du 8e duc de Manchester), Consuelo Vanderbilt (épouse du 9e duc de Marlborough puis de Jacques Balsan), Laura Charteris (épouse du 10e duc de Marlborough) et Cornelia Martin (épouse du 4e comte de Craven)[20].