Mary Henle
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Mary Henle, née le à Cleveland et morte le à Haverford, est une psychologue américaine connue pour ses contributions à la psychologie de la forme ainsi que pour son implication au sein de l'Association américaine de psychologie. Elle est impliquée dans l'écriture ou la révision de nombreux ouvrages, dont le premier manuel de travaux pratiques de psychologie, ayant paru en 1948 et étant basé sur l'œuvre de Kurt Lewin. Henle est professeure à la New School de New York.
Biographie
Mary Henle naît au sein d'une famille juive le 14 juillet 1913 à Cleveland[1]. Sa famille a mis l'accent sur l'éducation. La mère de Mary Henle, Pearl Hahn Henle, est médecin. Le père de Pearl, sans qu'on ne lui demande, inscrit Pearl à des études de médecine, où elle devient l'une des meilleures médecins de l'époque. Le père de Henle, Leo, émigre de Stuttgart, en Allemagne, vers les États-Unis en 1880 à l'âge de 15 ans. Leo Henle s'installe aux États-Unis pour des raisons économiques ainsi que la poursuite de son rêve de devenir scientifique. Incapable de devenir scientifique, il devient homme d'affaires bien qu'il poursuive ses études. Grandir dans un environnement familial stimulant encourage Henle et ses frères et sœurs à réussir sur le plan scolaire. Son frère Paul devient professeur de philosophie et sa sœur Jane étudie l'archéologie[1]. Henle entre au Smith College en 1930, obtenant une licence en 1934[1]. Elle reçoit une licence en français ainsi qu'un master en psychologie, en 1935[2]. Tandis qu'elle poursuit son master, Henle fait la rencontre de James J. Gibson, Eleanor Gibson, ainsi que de Kurt Koffka, tous renommés en psychologie. La rencontre de Henle avec Koffka suscite son intérêt dans la psychologie de la forme, la motivant à en vouloir savoir davantage concernant le sujet. Henle obtient ensuite un doctorat au Collège Bryn Mawr. L'Université l'embauche en tant qu'assistante de Harry Helson. Sous la direction de Helson, elle acquiert une solide compréhension des méthodes expérimentales. Henle rencontre ensuite Donald W. MacKinnon (ayant étudié la psychologie de la forme à Berlin), qui l'amène à rencontrer Kurt Lewin. Lewin lui fait découvrir les méthodes expérimentales qu'il utilise dans ses recherches en psychologie sociale[2].
Après que Henle ait accompli son doctorat en 1939, elle obtient un poste d'assistante de recherche au Swarthmore College, travaillant pour Robert B. MacLeod. À Swarthmore, elle fait la rencontre de Wolfgang Köhler. MacLeod, ayant étudié à Berlin, invite Köhler à Swarthmore. Köhler enseigne à Swarthmore jusqu'en 1955. Henle participe aux séminaires de Köhler et est impliquée dans la recherche expérimentale avec lui. Une relation intellectuelle étroite se noue avec Köhler et dure jusqu'à sa mort en 1967. En 1941, Henle obtient un poste académique à l'Université du Delaware. Elle y travaille pendant une année, jusqu'à ce que la mobilisation pour la seconde guerre mondiale ouvre davantage de postes pour les psychologues[2].
En 1942, Harry Helson demande à Henle de retourner à Bryn Mawr, où elle enseigne, pour la première fois, la psychologie à des étudiants de troisième cycle. Après deux années d'enseignement, Henle est nommée à l'institut psychologique du Sarah Lawrence College. En 1946, Solomon Asch invite Henle, sur la recommandation de Köhler, à devenir professeure d'université à la New School for Social Research de New York. Elle y demeure pour le restant de sa carrière. Au sein de la New School, elle publie des recherches empiriques et fait progresser la psychologie de la forme[1].
Dans une rétrospective autobiographique, Henle rend hommage aux nombreuses circonstances favorables et sources de soutien, ainsi qu'aux postes d'assistante dont elle a bénéficié, qui ont contribué à faire progresser sa carrière scientifique. Or, elle n'oublie pas les difficultés auxquelles elle a dû faire face en tant que femme ainsi qu'en tant que juive dans le monde académique des États-Unis, spécifiquement dans les années 1930[2].
Travaux
Les premières recherches empiriques de Henle portent (tout comme celles de Koffka) sur la perception. Par la suite, elle mène des recherches sur la motivation. Dans la tradition de Kurt Lewin, elle étudie également la psychologie de la pensée ainsi que les possibilités d'une approche phénoménologique de la psychologie de la personnalité, dont les questions de rationalité ainsi que la relation entre la pensée et la logique. En 1948, Henle coécrit un manuel avec D.W. MacKinnon, fondé sur des recherches expérimentales en psychodynamique. Par la suite, Henle se met à faire des recherches approfondies sur l'histoire des idées en psychologie[3],[4].
Henle s'efforce d'exposer clairement la théorie de la Gestalt associée à l'école de Berlin (Wertheimer, Köhler, Koffka et d'autres), en mettant en lumière les idées de cette école auprès des psychologues aux États-Unis. Elle est connue pour la défense de leurs points de vue ainsi que pour contester des interprétations trompeuses.
En 1961, Henle publie l'anthologie Documents of Gestalt Psychology, qui fait suite à la troisième édition (parue en 1950) de l'ouvrage originel de 1938 A Source Book of Gestalt Psychology[5],[6]. Son anthologie Documents comprend des articles de Max Wertheimer (sur l'éthique, la démocratie et la liberté), Wolfgang Köhler (évolution et psychologie), Rudolf Arnheim (la psychologie de l'expression), Hans Wallach (perception et cognition), Solomon Asch (métaphore), et Henle elle-même (motivation et cognition), parmi d'autres.
En 1971, Henle et Solomon Asch publient l'anthologie The Selected Papers of Wolfgang Köhler[7]. L'anthologie rassemble des essais jusqu'alors dispersés dans lesquels Köhler traite des idées épistémologiques, psychophysiques et cognitives associées à la théorie de la Gestalt.
En 1986, Henle publie 1879 and All That: Essays in the Theory and History of Psychology[8]. La date 1879 dans le titre fait référence à l'année où Wilhelm Wundt établit le premier laboratoire de psychologie expérimentale bien que l'ouvrage fait remonter la psychologie à Aristote. Elle traite de la psychologie en général ; l'ouvrage, cependant, met un accent particulier sur la psychologie de la forme. Henle critique également la psychothérapie gestaltiste, écrivant que l'équivalence de la psychologie de la forme et la psychothérapie gestaltiste est une erreur.
Dans le domaine de la théorie de la psychothérapie, l'un de ses articles, Gestalt Psychology and Gestalt Therapy, traite en profondeur des travaux tardifs de Fritz Perls, fondateur de la Gestalt-thérapie[9]. Henle critique dans cet essai (l'essai est une version d'une conférence délivrée à la réunion annuelle de l'Association américaine de psychologie) la pratique d'assimiler la psychologie de la forme à la Gestalt-thérapie, une pratique courante aux États-Unis. L'essai de Henle est lui-même critiqué par certains partisans de la Gestalt-thérapie. Ils affirment que Henle ne fait référence qu'aux trois derniers ouvrages de Perls et ignore le reste de la littérature sur la Gestalt-thérapie, créant ainsi une image déformée de la Gestalt-thérapie[10]. Henle, en réponse aux critiques, note qu'elle justifie déjà ses points de vue sur Perls, en observant que, dans les publications de Perls qu'elle cite, celui-ci explique ses travaux antérieurs avec le recul[9]. De plus, elle ne porte pas de jugement sur la méthode de traitement psychothérapeutique, mais se confronte à certaines affirmations métathéoriques de Perls et à leur lien avec la théorie de la Gestalt.
Dans les pays germanophones, de nos jours, les individus basent la psychothérapie d'orientation gestaltiste sur l'œuvre de Henle, et tout particulièrement son œuvre sur la psychologie de la forme de la substitution ainsi que son approche phénoménologique à la théorie de la personnalité[11],[12].
En 1978, Henle publie dans l'American Psychologist, un essai/hommage à Wolfgang Köhler. Dans cet article, elle souligne sa prise de position audacieuse sur l'Allemagne nazie dans laquelle il lutta contre la persécution de ses collègues juifs[13].
Mary Henle est présidente de la Division 26 (Histoire de la psychologie) et présidente de la Division 24 (Psychologie théorique et philosophique) de l'Association américaine de psychologie[1]. De 1981 à 1982, elle est présidente de l'Association de psychologie de l'est. En 1983, elle est récompensée d'un doctorat honoris causa de la New School for Social Research.
Mort et héritage
Mary Henle meurt à l'âge de 94 ans à Haverford en 2007. L'héritage de Henle comprend l'écriture de huit ouvrages, sa présidence de la Division Histoire de la psychologie de l'Association américaine de psychologie, sa présidence de la Division Psychologie théorieque et philosophique de l'Association américaine de psychologie, ainsi que sa présidence de l'Association de psychologie de l'est.