Les preuves d'un massacre de 50 à 70 habitants de Safsaf par l'armée israélienne viennent de témoins palestiniens et israéliens[2],[3]. Les preuves indiquent que 52 hommes ont eu leurs mains attachées, puis ont été abattus et enterrés dans une fosse. Plusieurs femmes ont été violées par des soldats israéliens, dont une adolescente de 14 ans, assassinée ensuite[4]. Deux enquêtes internes des FDI ont eu lieu en 1948–1949, leurs conclusions restant classées.
Safsaf avant 1948
L'assaut israélien
En , les forces de défense israéliennes (FDI) lancent l'opération Hiram, dont le but était de «détruire l’ennemi dans la poche du centre de la Galilée, prendre le contrôle de toute la Galilée et d’établir une ligne de défense sur la frontière nord du pays»[5].
Safsaf est attaqué par deux sections de véhicules blindés et une compagnie de chars de la 7e brigade israélienne (dite Sheva); des combats acharnés entre ces unités et le 2ebataillon Yarmuk de l'Armée de libération arabe durent du soir aux premières heures du matin[6]. Entre 50 et 70 Arabes sont tués.
Le massacre
Récits israéliens
Le journal de Yosef Nachmani est une source clé sur le massacre. Cet officier supérieur de la Haganah, également directeur du Fonds national juif en Galilée orientale de 1935 à 1965, visite Safsaf le , accompagné par le ministre des Minorités, Bechor-Shalom Sheetrit. Les deux hommes avaient été alertés par Immanuel Friedman, conseiller du ministre des Minorités, qui avait parlé des «actes cruels de nos soldats». Le journal de Nachmani est publié par le gouvernement israélien en version non-censurée au début des années 1980. Dans sa précédente publication, le passage concernant le massacre avait été retiré[7].
À la date du , Nachmani écrit: «À Safsaf, après [...] que les habitants aient levé un drapeau blanc, les [soldats] rassemblent et séparent les hommes et les femmes, attachent les mains de cinquante à soixante fellahin [paysans] et les abattent et les enterrent dans une fosse. Ils ont aussi violé plusieurs femmes». Après avoir fait une liste des atrocités commises dans d'autres villages — Eilaboun, Farradiyya et Saliha — Nachmani écrit: «Mais d'où viennent-ils pour être aussi cruels, comme les Nazis. N'y a-t-il pas une manière plus humaine de les expulser?[8].»
Moshe Erem(en) raconte le massacre à une réunion du bureau politique du Mapam, mais cette intervention a été effacée des transcriptions de la réunion. Selon les notes prises par Aharon Cohen(en), Erem a parlé de: «52 hommes de Safsaf attachés ensemble par une corde, poussés dans un puits et abattus. 10 tués. Les femmes demandant grâce. Trois cas de viols. Une fille de 4 ans violée. Quatre autres morts.»[9].
Récits palestiniens
Les récits israéliens concordent avec ceux des témoins arabes dont les souvenirs ont été recueillis par les historiens. Selon Nafez Nazzal, qui a rencontré des survivants au camp de réfugiés palestiniens d'Ain al-Hilweh en 1973, les témoins parlent de quatre viols et du meurtre de 70 hommes. Les villageois disent que la milice locale était préparée à défendre Safsaf mais qu'ils ont été surpris par un assaut sur trois côtés. Un combattant a dit: «Nous ne nous attendions pas à combattre sur trois fronts. Comme aucune armée arabe n'est venue participer au combat, nous nous sommes retirés avec les volontaires de l'ALA au Liban. Nous avons abandonné la plupart des villageois, beaucoup de morts et de blessés[10]».
Ceux qui étaient restés en arrière disent que les soldats israéliens sont entrés dans Safsaf à l'aube et ont ordonné aux villageois de s'aligner à un endroit dans la partie nord du village. Un villageois a dit à Nazzal: «alors que nous étions alignés, quelques soldats juifs ordonnèrent à quatre filles de les accompagner pour porter de l'eau pour les soldats. Au lieu de cela, ils les ont emmenées dans des maisons vides et les ont violées. Environ 70 de nos hommes eurent les yeux bandés et furent abattus, l'un après l'autre, devant nous. Les soldats ont pris leurs corps et les ont traînés sur le revêtement en ciment de la source et ont jeté du sable par dessus[11].». Les jours suivants, des soldats israéliens sont venus au village pour dire aux habitants qu'ils devraient oublier ce qui s'était passé et qu'ils pouvaient rester dans leurs maisons. Mais ils ont commencé à partir vers le Liban, de nuit, par groupes de quatre, jusqu'à ce que Safsaf soit vide[12],[13].
Notes et références
↑Lawrence Bush, «October 29: The Safsaf Massacre, 1948», Jewish Currents, (lire en ligne)
↑Saleh Abdel Jawad, 2007, Zionist Massacres: the Creation of the Palestinian Refugee Problem in the 1948 War. «Après l'occupation, il y a eu un massacre (selon des sources israéliennes et palestiniennes) d'environ 70 villageois».
↑Benny Morris, 1948: A History of the First Arab-Israeli War. "Safsaf, where fifty to seventy civilians and POWs were murdered"
↑Where did they come by such a measure of cruelty, like Nazis? ... Is there no more humane way of expelling the inhabitants than by such methods?", cité par Idith Zertal, 2005, p.171; Morris, 2004, p.500; Morris 1995, p.55.
↑"Safsaf 52 men tied together with a rope. Pushed down a well and shot. 10 killed. Women pleaded for mercy. 3 cases of rape ... A girl of 14 raped. Another four killed.", Morris, 2004, p.500.
↑"We did not expect them to fight on three fronts. When none of the Arab armies joined the fighting, we retreated, together with the ALA volunteers to Lebanon. We left behind most of the villagers, many dead or injure." Nazzal 1948, p.93–95.
↑"As we lined up, a few Jewish soldiers ordered four girls to accompany them to carry water for the soldiers. Instead, they took them to our empty houses and raped them. About seventy of our men were blindfolded and shot to death, one after the other, in front of us. The soldiers took their bodies and threw them on the cement covering of the village's spring and dumped sand on them."