Maurice Pagat
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Maurice Pagat, né le à Saint-Étienne et mort le à Thiviers, est un militant et syndicaliste français.
Engagement pour la cause algérienne
Maurice Pagat commence sa vie professionnelle à EDF, mais son engagement contre la torture en Algérie et pour l'indépendance du pays le mobilise totalement. Son activisme lui vaut d'être révoqué de l'entreprise à l'été 1957[1].
En 1957, avec le journaliste Robert Barrat — l'un des fondateurs du Comité d'action des intellectuels contre la guerre d'Algérie — et Roland Marin, compagnon de l'Arche, il fonde à Clichy, rue du Landy, un « Centre d'information et de coordination pour la défense des libertés et de la paix ». Le comité de patronage rassemble alors plusieurs personnalités, dont certaines issues de la Résistance[2].
La même année, Pagat et Barrat créent, avec le Comité Audin, le journal Témoignages et Documents sur la guerre d'Algérie, destiné à publier des textes interdits et censurés. Le premier numéro, en , s'ouvre sur le témoignage du soldat Georges Mattéi, décrivant la torture — un texte initialement paru dans la revue Les Temps Modernes. Le journal se présente bientôt comme « le journal qui publie les textes saisis et interdits ».
Parmi les publications majeures figurent La Question de Henri Alleg, édité en aux Éditions de Minuit et saisi, et les conclusions du livre interdit Le Refus de Maurice Maschino. Le journal dénonce régulièrement la disparition de Maurice Audin et d'autres disparus algériens, critique les nouveaux pouvoirs de la justice militaire et de la police, et reproduit des textes censurés considérés comme des « invitations à la désertion ». Il relate les manifestations de protestation, leur répression, et publie des documents officiels comme la lettre de démission de Paul Teitgen, secrétaire général de la police d'Alger, dénonçant les exécutions sommaires, ou encore un rapport secret de la DST. Le journal dénonce également le massacre du 17 octobre 1961 à Paris.
Le , Pagat obtient l'inscription du journal à la Commission paritaire des papiers de presse, ce qui facilite son acheminement postal. Le tirage atteint rapidement 20 000 exemplaires, souvent diffusés « sous le manteau », et finit par se stabiliser autour de 50 000 exemplaires.
L'activité du journal entraîne une vingtaine de saisies, une trentaine de perquisitions, et une douzaine d'inculpations visant Pagat pour des motifs tels que l'atteinte à la sécurité de l'État, la démoralisation de l'armée, l'apologie de la rébellion ou la diffamation envers la DST. Malgré cela, il n'est condamné qu'une seule fois, en 1961, à une amende de 1 000 francs pour avoir publié un acte de procédure avant sa lecture publique.
Parallèlement, Pagat dénonce dans le journal l'existence des camps d'internement administratif, où environ cinq mille Algériens sont détenus arbitrairement. Il participe à des manifestations devant le celui du Larzac et adresse en une lettre ouverte au ministre de l'Intérieur pour demander leur suppression.
En , Pagat annonce la création de la « Maison de la Paix – Dar el Salam », destinée à promouvoir l'amitié franco-maghrébine. Située à Saint-Véran, elle devient un symbole d'opposition aux camps d'internement, un « anti-Larzac ». Ce chantier international, auquel participent plusieurs centaines de personnes a été un lieu de débats politiques.
Le développement de Témoignages et Documents et de la Maison de la Paix n'aurait pas été possible sans le soutien militant et financier de nombreux amis, notamment Mariel Jean-Brunhes Delamarre et son époux Raymond Delamarre.
Le journal et la Maison de la Paix cessent leurs activités peu après la fin de la guerre d'Algérie. Le dernier numéro, en , dresse le bilan de quatre-vingt-neuf mois de lutte et salue la victoire du peuple algérien. La dernière page évoque encore la saisie du film Octobre à Paris de Jacques Panijel, consacré au massacre du .
Syndicaliste des chômeurs
Après cette période intense, Maurice Pagat a du mal à retrouver une vie ordinaire. Il vit modestement et travaille sur des chantiers. En 1981, après une grève de la faim, il obtient du nouveau président de la République François Mitterrand sa réintégration à EDF, ce qui lui permet plus tard d'accéder à une retraite[3].
La même année, se présentant comme « chômeur depuis un an, 53 ans, ancien animateur d'associations culturelles et sociales », il signe dans Le Monde un manifeste appelant à la création d'un syndicat de chômeurs. Invité dans l'émission Droit de Réponse de Michel Polac, il lance un appel aux chômeurs pour qu'ils s'organisent collectivement. Le succès est immédiat : il fonde le premier « Syndicat des chômeurs », puis, en 1984, les « Maisons des chômeurs », organise des marches, des initiatives d'économie solidaire, des universités d'été, des États généraux du chômage et de l'emploi, et lance en 1983 la revue Partage, consacrée au travail et au chômage.
En 1986, avec Joseph Boudard, il fonde le Mouvement national des chômeurs et précaires. Mais en 1992, déçu par les rivalités internes et par le faible engagement des chômeurs eux-mêmes, il quitte le mouvement et se consacre entièrement à Partage.
Maurice Pagat meurt le à Thiviers, dans l'ancien couvent Saint-Paul, qu'il avait transformé en siège de Partage.
Décrit comme une alliance singulière entre les traditions du catholicisme social et l'anarcho-syndicalisme, autodidacte, athée mais nourri de références religieuses, célibataire, il a longtemps vécu dans une grande pièce insalubre du Landy à Clichy, envahie de livres de politique, de sociologie, d'histoire du mouvement ouvrier, de critiques du communisme, mais aussi d'ouvrages sur les ordres religieux, le catholicisme social et le personnalisme.
Références
- ↑ Francis Bois, Les fioretti de Maurice Pagat, (lire en ligne)
- ↑ Geneviève Coudrais, « PAGAT Maurice », sur Maitron (consulté le )
- ↑ Rémi Barroux, « Maurice Pagat, fondateur du premier syndicat des chômeurs », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )