Maurice et Jeannette
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Livre d'histoire (d) |
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Maurice et Jeannette. Biographie du couple Thorez est un livre d'histoire de l'historienne Annette Wieviorka, paru en 2010 et consacré au couple formé par Maurice Thorez et Jeannette Vermeersch.
S'appuyant notamment sur des archives personnelles des Thorez, Annette Wieviorka retrace le parcours de ce couple de militants, dont la vie est inséparable de l'histoire du Parti communiste français, dont Maurice Thorez est secrétaire général de 1930 à 1964 tandis que Jeannette Vermeersch est une de ses dirigeantes. Elle décrit les rapports étroits qu'ils entretiennent entre la vie familiale et la politique et s'interroge sur leur fidélité au stalinisme.
Biographie d'un couple
Dans cet ouvrage, dont le « le titre […] ne va pas sans malice »[1], Annette Wieviorka cherche à dépasser la simple narration de la vie de Maurice Thorez, secrétaire général du Parti communiste français, déjà écrite dans différentes biographies, pour lui redonner toute son épaisseur en prenant au sérieux le couple qu'il formait avec sa seconde épouse Jeannette Vermeersch et leur « extraordinaire symbiose amoureuse (davantage peut-être du côté de Thorez...) de 1934 jusqu'à sa mort brutale en 1964 », comme le dit Jean-Jacques Becker[2].
En dix-neuf chapitres, Annette Wieviorka suit de manière chronologique la vie de ce couple, en utilisant notamment le fonds d'archives Thorez-Vermeersch versé aux archives municipales d'Ivry-sur-Seine où Maurice Thorez était élu et le fonds déposé aux Archives nationales par la famille Thorez, notamment les carnets, les cahiers et le journal personnel de Maurice Thorez[3],[4],[5],[6]. Ces archives nouvelles permettent à l'autrice, selon Jean-Jacques Becker, d'apporter « la profondeur humaine »[2]. Le journaliste du Monde Bertrand Le Gendre note que le livre est plus prolixe sur la vie de Maurice Thorez, bien plus éclairée par des documents, que sur la vie de Jeannette Vermeersch, qu'on connaît surtout à travers son propre témoignage[3]. Sophie Cœuré regrette que l'autrice ne se soit pas appuyée aussi sur les archives du Komintern et du PCUS, qui aurait, permis, selon elle, de « développer les perspectives pourtant fécondes qu'elle ouvre »[7].
Vie familiale
L'autrice évoque la jeunesse de chacun d'entre eux dans le Nord, leur pauvreté et leur débuts professionnels à la mine pour lui et à l'usine textile pour elle. Toux deux militants communistes, ils font connaissance à Moscou en 1930[1],[5]. Malgré leur dix ans d'écart, c'est le coup de foudre[8],[4],[5], mais comme Maurice Thorez est alors marié, le couple ne se forme qu'en 1934. Maurice Thorez ne divorce de sa première épouse, Aurore Membœuf, qu'en 1947[3],[5]. Elle-même a vécu avec l'agent du Komintern Eugen Fried puis avec Étienne Virlouvet, le cuisinier du ministre Thorez à la Libération[5].
Annette Wievioka retrace l'évolution familiale — le couple a trois enfants, enseignants, dont l'un, Paul, rompt avec le Parti communiste — et la vie des kominterniens[1],[5]. Guy Bruit considère que c'est cet aspect du livre qui est le plus novateur[9]. L'autrice raconte aussi l'amélioration considérable des conditions matérielles de vie du couple, à qui le Parti communiste met à disposition domestiques et maisons, surtout après l'attaque cérébrale dont Thorez est victime en 1950[3]. Elle emboîte les échelles d'analyse, décrivant les lieux que le couple fréquente, dont l'hôtel Lux à Moscou, et passant de la vie privée du couple à sa vie politique[8]. Elle montre notamment que leur complicité se renforce malgré les tensions politiques, y compris pendant l'exil de Maurice Thorez à Oufa pendant la Seconde Guerre mondiale, quand il a l'impression d'être délaissé par Staline[4].
Staliniens
L'autrice évoque l'action de Maurice Thorez ministre de 1945 à 1947[9] et assez longuement la campagne lancée en 1956, par Maurice Thorez mais surtout par Jeannette Vermeersch, contre le contrôle des naissances, vu comme un malthusianisme bourgeois[3],[10],[2]. Elle dépeint leur refus de l'homosexualité, y compris celle de leur fils Paul[11], renié par sa mère[5]. Elle expose aussi la fidélité de Maurice Thorez au stalinisme et sa vaine énergie à prétendre, contre l'évidence, que les ouvriers s'appauvrissaient dans les années 1950, refusant de voir que commençait la formidable hausse du niveau de vie baptisée plus tard les Trente Glorieuses[2].
Elle montre la place politique de Jeannette Vermeersch, qui, après la maladie de Thorez, participe à l'exercice du pouvoir au sein du Parti communiste français[8],[9],[5]. Le couple fait l'objet d'une sorte de culte entretenu par les communistes français[11]. Après la mort — très rapide, sa retraite à peine prise — de Thorez en 1964[1], l'autrice poursuit l'étude de la vie de Jeannette Vermeersch. Celle-ci doit abandonner ses fonctions dirigeantes au sein du PCF quatre ans après la mort de son mari[2], mais jusqu'à sa propre mort, âgée et diminuée, en 2001, elle reste une stalinienne[11],[3].
Annette Wieviorka s'interroge sur les ressorts de cette foi communiste, simple et sans nuance pour Jeannette Vermeersch, qui reste un peu mystérieuse pour Thorez[5]. Comme le dit Sophie Cœuré, « L'ensemble de l’ouvrage est traversé par l'énigme de l'adhésion au bolchévisme naissant, puis de la fidélité extérieurement inconditionnelle au stalinisme de ce couple qui « fait bloc » »[6].
Réception
Dans le journal Le Monde, Bertrand Le Gendre considère que ce livre est « un ouvrage copieux et précis »[3]. Dominique Vidal estime dans le mensuel Le Monde diplomatique que « le lecteur lira Maurice et Jeannette comme un livre profond, véridique et serein »[12]. Alain Duhamel, dans l'hebdomadaire Le Point, évoque « une grande biographie admirablement informée, constamment vivante, alternant avec naturel anecdotes, précisions et réflexions »[13]. Pierre Haski écrit dans Le Nouvel Obs que l'ouvrage « se lit parfois comme un roman, et même un roman d'amour, mais parfois aussi comme un traité d'histoire avec une plongée minutieuse dans une époque qu'on a peine à imaginer si on est né après la chute du mur de Berlin »[14].
Dans la revue d'histoire Vingtième Siècle, Jean-Jacques Becker juge que ce livre est un « exceptionnel ouvrage »[2]. À la fin de son compte rendu dans la revue littéraire Revue des Deux Mondes, Daniel Bermond le présente comme une « biographie, irremplaçable par maints aspects »[15]. De même, Romain Ducoulombier affirme sur le site de débats d'idées La Vie des idées que « Sur la vie publique et clandestine de Thorez, tout spécialement après 1939, le livre d’Annette Wieviorka est incontournable »[5]. Pour Guy Bruit, qui fait un compte rendu dans la revue philosophique Raison présente, « c'est un vrai et beau travail d'historienne que nous a offert Annette Wieviorka »[1].
Ce n'est pas l'avis de Stéphane Courtois, qui, dans la revue Commentaire, multiplie les critiques. Pour lui, « L'ouvrage se résume à une vaste compilation » et « Les spécialistes n'apprendront donc à peu près rien d'inédit pour la raison simple qu'Annette Wieviorka n'a pas consulté les archives disponibles à Moscou »[16]. Il l'accuse d'« interprétation apologétique »[17]. Selon lui, « On n'en finirait pas de noter toutes ces entorses à la vérité historique qui font de Maurice et Jeannette, sous des apparences savantes, un ouvrage superficiel qui s'inscrit dans une historiographie franco-française — pour ne pas dire franchouillarde — du PCF »[18].
Prix
- Prix d'Académie 2010, médaille de vermeil[19].