Maxime Cervulle

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Maxime Cervulle
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Maxime Cervulle, né en 1983[1], est professeur en sciences de l’information et de la communication à Paris 8 Université des créations.

Maxime Cervulle est l'auteur d'une thèse soutenue en 2011 à l'université Panthéon-Sorbonne[2] sous la direction de Bernard Darras[3],[4]. Il obtient son habilitation à diriger des recherches en 2020 à l'université Paris 8[5] sous la garantie d'Alexandra Saemmer.

De 2019 à 2024[6], il co-dirige un laboratoire en sciences de l'information et de la communication : le Centre d’études sur les médias, les technologies et l’internationalisation (CEMTI). Il est également co-directeur du master "Culture et communication” et membre du Conseil scientifique du GIS Institut du genre[7].

Après avoir été vice-président Science et société entre 2023 et 2025, il est élu vice-président de la Commission Recherche de l'université Paris 8 le [8].

Ses thèmes de recherche principaux sont la politique de diversité dans les industries culturelles, les questions de genre dans les médias et les arts, ainsi que l'étude des publics et de la réception des contenus médiatiques. Il travaille dans une perspective inspirée par les Cultural Studies. Il écrit avec Nelly Quemener un manuel présentant ce champ de recherche d'origine britannique : Cultural studies : théories et méthodes, publié en 2015 aux éditions Armand Colin et réédité en 2018 dans une version augmentée[9]. La présence de lacunes dans la bibliographie[10], l'absence de traductions de textes majeurs issus de cette tradition de pensée, ou de traditions connexes, le conduisent à participer activement à la traduction d'ouvrages universitaires en lien avec les Cultural studies, les études de genre ou la sociologie du racisme. Il traduit l'ouvrage de Judith Butler, Défaire le genre, et contribue à faire connaître en France l'un des pionniers des Cultural studies, Stuart Hall, en compilant deux anthologies de ses textes[11],[12].

Diversité dans les industries culturelles : de Cinégalités à La couleur des rôles

En 2021, il coordonne avec Sarah Lécossais en partenariat avec le Collectif 50/50 une étude intitulée « Cinégalités ». De façon comparable à ce que l'ARCOM propose pour la télévision avec son "baromètre de la représentation de la société française", Cinégalités mesure les "inégalités de représentation dans les films d'initiative française, sur une année donnée de production (l'année 2019). L'étude prend pour unité d'analyse les personnages figurant dans les cent films ayant disposé des plus importants budgets et dans les cent films ayant réalisé le plus d’entrées en salle[13]. Elle analyse ses personnages sous l'angle de l'origine perçue, du genre, de la catégorie socioprofessionnelle, de la situation de handicap et d'autres critères socio-démographiques, croisés avec l'importance dans la narration et les modes de caractérisation dans le récit. Les résultats de l'enquête montre, sur de nombreux critères, un décalage important entre les personnages représentés à l'écran et la société française, ainsi que la persistance d'assignations narratives, notamment liées au genre, à la catégorie socioprofessionnelle ou à l'origine perçue[14]. L'étude fait l'objet de nombreuses discussions dans les organisations professionnelles du secteur, notamment suite à la présentation de ses résultats lors de la 4ème édition des Assises pour l’égalité, la parité et la diversité dans le cinéma et l’audiovisuel organisées par le Collectif 50/50.

Dans le sillage de cette étude, Sarah Lécossais et Maxime Cervulle conduisent en 2023-2024 une enquête intitulée "La couleur des rôles" en partenariat avec le Ministère de la Culture, et plus particulièrement la Direction Générale de la Création Artistique (DGCA) et la Mission Égalités. Cette enquête vise à décrire et comprendre les mécanismes conduisant à certaines des "inégalités de représentation" notamment identifiées dans Cinégalités, au travers de l'analyse des logiques de distribution artistique et des conditions de recrutement des comédiennes et comédiens "perçus comme non blancs" dans leurs différents secteurs d'activité. Elle se fonde sur une large enquête par entretiens auprès d'actrices et d'acteurs perçus comme non blancs, de responsables de distribution artistique, ainsi que de metteuses et metteurs en scène. Elle "documente la manière dont les industries du cinéma, du théâtre et de l’audiovisuel continuent d’écarter les comédiennes et comédiens racisés, tout au long de leur parcours professionnel"[15]. Elle souligne également des formes d'assignation récurrentes, avec par exemple dans le secteur théâtral une assignation aux textes contemporains et une forte difficulté d'accès aux "grands rôles du répertoire"[16]; côté cinéma et audiovisuel, l'usage presque systématique de catégories ethnoraciales par les directeurs de casting[17] et la relégation de ces artistes à des rôles subalternes[18]. L'étude paraît en 2025 aux éditions Le Bord de l'Eau sous le titre La couleur des rôles : enquête sur la division raciale du travail actorial[19].

En parallèle, Maxime Cervulle étudie aussi les controverses théâtales sur le racisme, sujet de son habilitation à diriger les recherches de 2020 et de plusieurs de ses articles[20],[21], avant de publier avec Bérénice Hamidi un ouvrage collectif consacré à ce sujet. Intitulé Les damné·es de la scène : penser les controverses théâtrales sur le racisme[22], il paraît en 2024 aux Presses universitaires de Vincennes.

Dans le blanc des yeux et le concept de « blanchité »

Il est l'un des premiers à importer et expliquer le concept de blanchité, dans son livre Dans le blanc des yeux : diversité, racisme et médias publié en 2013 aux Éditions Amsterdam et réédité en 2021[23],[24]. Le concept de blanchité est la traduction du concept de « whiteness » proposé par Judith Ezekiel en opposition au concept de blanchitude[25]. Issu d'un champ de recherche anglophone appelé Whiteness Studies ou Critical White Studies, le concept de blanchité renvoie selon lui « aux modalités dynamiques par lesquelles, en certains contextes socio-historiques, certains individus ou groupes peuvent être assignés (selon un processus d’allo-identification) ou adhérer (selon un processus d’auto-identification) à une ‘identité blanche’ socialement gratifiante »[26]. L'auteur retrace l'histoire de ce concept et la diversité de ses usages dans des approches plus ou moins matérialistes, ou plus ou moins libérales. C'est à ce titre qu'il propose dans l'ouvrage une critique de la notion de "privilège blanc". Il évoque aussi l'analyse de Toni Morrison, qui montre la formation littéraire d'une « identité blanche imaginaire » présentée comme neutre et universelle[27].

Pour l'auteur, c'est en interrogeant la notion de « diversité » au cinéma et à la télévision, et la naturalisation de l'absence de diversité, qu'il en est venu à donner une place centrale à la question de la blanchité dans ses travaux[28]. Son livre Dans le blanc des yeux propose ainsi de reconsidérer les débats relatifs à la diversité dans les médias et au cinéma au prisme des apports des travaux sur la blanchité, ce qui le conduit à critiquer certains des termes élémentaires de la politique de diversité menée en France depuis 2005, par exemple la notion de "minorités visibles", qui redouble la stigmatisation. Sa thèse (soutenue en 2011) porte sur ce sujet.

« Homo exoticus »

Son premier ouvrage Homo exoticus écrit avec Nick Rees-Roberts (en) propose une analyse critique des conflictualités de classe, de race et de genre dans la culture visuelle gay, qui s'inscrit dans la lignée des cultural studies et des théories queer[29]. Il est considéré, d'après le site web de l'université de Bristol, comme la première publication académique en français à combiner théorie queer et critique postcoloniale[30]. Les auteurs livrent dans cet ouvrage une analyse, non exhaustive, des politiques et des représentations gay en France, marquées par une volonté assimilationniste et l’universalisme républicain. Mais ces politiques ignorent les enjeux de classe et de race qu’implique la lutte pour l’égalité, et finissent par rejeter à la périphérie les groupes ethniques et les minorités sexuelles[29]. Ils situent l'« Homo exotique » dans le cadre d'une réponse critique à l'hostilité ouverte du gouvernement Sarkozy envers les immigrés et aux incertitudes postcoloniales plus larges[30]. Un gouvernement marqué par l'affaire Frédéric Mitterrand, ministre de la culture accusé de pédophilie en 2009, après avoir raconté ses rencontres avec de jeunes garçons thaïlandais dans un livre autofictionnel : La mauvaise vie. Le livre de Maxime Cervulle et Nick Rees-Roberts s'ouvre sur l'analyse de cette affaire[29]. Ils étudient les représentations et les discours de la pornographie gay française ou du cinéma d'auteur, comme celui de Gaël Morel ou de François Ozon, qui font des corps de l’ouvrier maghrébin ou du jeune de banlieue un objet de fantasmes et d’excitation[29]. Le cinéma d'auteur ou pornographique démontre la place centrale des rapports sociaux de race et de classe dans la fabrique des fantasmes[31]. Ils dénoncent la prédilection pour le garçon arabe chez les gays[30] qu'ils qualifient d'érotisme postcolonial[31], qui contrasterait avec la vie gay en France qui exclut clairement les sans-papiers et les étrangers[32]. Maxime Cervulle reprend le concept d'homonationalisme, développé par la théoricienne queer américaine Jasbir Puar, pour analyser le comportement occidental qui chercherait à imposer des valeurs d'acceptation des personnes homosexuelles à des pays homophobes en développant parfois des discours racistes ou xénophobes. Il s'exprime à ce sujet après la polémique de l'affiche de la marche LGBT de 2011 ou encore au sujet d'un débat sur Pink TV posant la question : faut-il boycotter les pays homophobes[32] ? Il défend le droit à d'autres formes de sexualité et d'identité que celle du consommateur gay occidental[33]. Il a traduit un ouvrage de Jasbir Puar qui aborde la question de l'homonationalisme aux Etats-Unis dans le contexte d'après .

Autres activités

En 2008, il co-organise le premier Festival international du film porno de Paris (Paris Porn Film Fest), l'objectif est de diffuser en salle, accompagnés de débats, des films qui remettent en cause les normes habituelles de représentation des sexualités. La majorité des films programmés proposent des points de vue féministes ou queers et sont réalisés par des femmes[2].

Publications

Notes et références

Liens externes

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