Maître de la Véronique
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Maître de la Véronique de Munich, Maître de sainte Véronique |
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Le Maître de la Véronique est un peintre anonyme actif à Cologne au tout début du XVe siècle, vraisemblablement entre 1395 et 1415, voire 1420. Il est, avec Stefan Lochner qu'il précède d'une quarantaine d'années, l'artiste le plus marquant de ce qu'on a appelé l'École de Cologne, mais aussi l'un des maîtres les plus représentatifs du « style doux », variante allemande du gothique international. Son nom conventionnel provient d'une des œuvres qui lui sont attribuées, la Sainte Véronique au Suaire peinte vers 1420, vraisemblablement pour l'église Saint-Séverin de Cologne, et actuellement conservée à l'Alte Pinakothek de Munich.
Aucun document ne permet actuellement de renseigner de source sûre son identité, sa formation ou sa vie. Seules les œuvres qui lui sont attribuées par rapprochements stylistiques permettent de donner une idée de son art.
Les tentatives répétées pour le faire sortir de son anonymat n'ont jusqu'à présent abouti qu'à des hypothèses, largement mises en doute. On a d'abord proposé de l'identifier à un certain « maître Wilhelm », réputé par la chronique pour être « le meilleur en pays allemand », et documenté à Cologne entre 1358 et 1378, puis de le confondre avec Herman Wynrich von Wesel, ou « Hermann de Cologne », actif entre 1389 et 1419[1]. Aujourd'hui, la critique préfère généralement adopter pour le désigner le nom conventionnel de « maître de la Véronique (de Munich) », mais le débat reste ouvert[2].
Formation et influences


À l'instar des autres grands maîtres allemands de sa génération, Conrad von Soest en Westphalie et maître Francke à Hambourg, sa manière est influencée par les manuscrits enluminés des cours françaises - du roi Charles VI à Paris, du duc de Bourgogne à Dijon, ou de Jean de Berry à Bourges —, alors centres artistiques de premier ordre en Europe occidentale[3] : on a donc supposé de sa part une connaissance directe de l'art franco-flamand de Jean Malouel ou de Jacquemart de Hesdin[4]. Ses deux madones en demi-figure, à la fleur de vesce (ou de pois de senteur), sur fond doré, témoignent en outre d'une assimilation du modèle d'origine byzantine[3] de la « Vierge de tendresse » (ou « Glykophilousa »), que l'on retrouve à la même époque chez Jean Malouel (Vierge Beistegui, vers 1410, Musée du Louvre)[5] après avoir transité par l'art italien du trecento.
Un fondateur du « style doux »
Mais son art reste également fortement attaché à celui de ses prédécesseurs colonais, et en premier lieu au Maître du Retable des Clarisses (dont les volets ont été peints vers 1400, et qui est actuellement conservé à la Cathédrale de Cologne[6]), dans l'entourage duquel il a pu être formé[4]. Le Maître de la Véronique est par conséquent remarquable pour avoir su opérer la synthèse entre la tradition locale et le style international alors répandu dans l'ensemble de l'Europe occidentale, et ainsi jeter les fondements du « style doux » allemand, marqué par des silhouettes allongées à la fois sobres et délicates, des modelés à peine marqués, des couleurs claires. La dizaine de peintures qu'on lui reconnaît est surtout composée de panneaux de petites dimensions, œuvres de piété à destination vraisemblablement privée. Outre ses deux versions de la Madone à la fleur de vesce, on lui doit deux versions de Sainte Véronique au Suaire, un Christ de douleurs et une Sainte Conversation dans lesquels prédominent une atmosphère intime propre au recueillement, en même temps qu'une représentation à la fois féerique et d'une simplicité presque enfantine du monde sacré[7].
L'influence profonde qu'il exerça sur ses contemporains, surtout dans le premier quart du XVe siècle[7], explique pourquoi une cinquantaine de peintures a pu être considérée comme provenant de son atelier ou de suiveurs[3], et que des chefs-d'œuvre tels que le Calvaire de la famille Wasservass (vers 1430, Wallraf-Richartz Museum), ou la Sainte Parenté (vers 1410-1440, Wallraf-Richartz-Museum) lui aient été dans un premier temps attribués, avant d'être rendus aux maîtres — anonymes — qui les ont exécutés[8]. Des caractéristiques de son « style doux », notamment pour les représentations de la Vierge au front haut et bombé, aux paupières lourdes, à la bouche en bouton de rose et aux cheveux passés derrière les oreilles, ont perduré jusqu'au milieu du siècle dans les tableaux de Stefan Lochner[9].


