On peut montrer ceci en passant par les étapes intermédiaires suivantes :
Étape 1 : si
est une suite de compacts non dénombrables de
, leur intersection est également un compact non dénombrable.
- Preuve : La compacité est claire, il faut montrer la non-dénombrabilité de l'intersection des
, ce qui revient à montrer qu'elle contient des ordinaux dénombrables arbitrairement grands. Soit
un ordinal dénombrable ; comme
n'est pas dénombrable, on peut choisir un ordinal dénombrable
de
supérieur ou égal à
; de proche en proche on construit un
de
supérieur ou égal à
puis toute une suite croissante d'ordinaux dénombrables où
est pris dans
,
dans
,
dans
,
dans
,
dans
,
dans
,
dans
,
dans
,
dans
, etc.
- Cette suite croissante converge vers un ordinal dénombrable
plus grand que
. Pour chaque entier
, cet ordinal
est limite d'une suite d'éléments du fermé
et appartient donc à
. C'est ainsi un élément de leur intersection plus grand que
.
Étape 2 : soit
et
deux parties de
. Si
,
et
se rencontrent.
- Preuve : soit
un compact non dénombrable inclus dans
∪ {
} et
un compact non dénombrable inclus dans
∪ {
}. En appliquant l'étape 1 à la suite (
,
,
,
, ...), on trouve une infinité d'ordinaux éléments de
∩
mais pas égaux à
; ce sont autant d'éléments de
∩
.
Étape 3 : soit ℰ l'ensemble des parties
de
telles que
ou
\
. Cet ensemble ℰ est une tribu.
- Preuve : la présence du vide et la stabilité par complémentaire sont claires, il convient de vérifier la stabilité par réunion dénombrable. Soit
une suite d'éléments de ℰ. Si l'un au moins vérifie
, il est clair que leur réunion aussi, donc qu'elle est dans ℰ ; le seul cas posant difficulté est ainsi celui où
pour tout entier
. Par définition de ℰ, ceci entraîne que
\
pour chaque
, donc qu'il existe un compact non dénombrable
inclus dans (
\
∪ {
}. En appliquant l'étape 1 à l'intersection de cette suite de compacts non dénombrables, on constate que le complémentaire de la réunion des
est aussi un ensemble sur lequel
vaut 1.
Étape 4 : la restriction de
à la tribu ℰ est une mesure.
- Preuve : Le point à vérifier est la σ-additivité. On va considérer une suite
d'éléments de ℰ deux à deux disjoints.
- Au vu de l'étape 2, il est impossible qu'il y ait plus d'un indice
pour lequel
;
- S'il y a exactement un indice
pour lequel
, l'additivité est évidente ;
- Supposons que
pour tout
. La preuve de l'étape 3 a montré que le complémentaire de la réunion des
était un ensemble sur lequel
prenait la valeur 1 ; l'étape 2 prouve donc que sur la réunion des
,
prend la valeur 0.
Étape 5 : tous les boréliens appartiennent à la tribu ℰ.
- Preuve : la tribu borélienne étant engendrée par les fermés (c'est-à-dire ici les compacts), il suffit de montrer que tout compact est dans ℰ. On considère
, compact de
.
- Si
n'est pas dénombrable, il contient un compact non dénombrable (lui-même !) et donc
, ce qui prouve que
est dans la tribu ℰ ;
- Si
est dénombrable, il existe un ordinal dénombrable
strictement plus grand que tous les éléments de
\ {
}. La considération du compact non dénombrable
montre alors que
\
, donc que
est dans ℰ.