Meurtre de Hitler bébé

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Le meurtre de Hitler bébé est une expérience de pensée reposant sur un scénario fictif dans lequel un voyage dans le temps peut être entrepris pour tuer Adolf Hitler encore enfant. Elle est apparu au sein de la science-fiction durant la Seconde Guerre mondiale.

Adolf Hitler bébé, en 1889-1890.

Elle soulève un double dilemme éthique tant dans l'action elle-même que dans ses conséquences possibles. La question du paradoxe temporel alors créé est elle aussi centrale dans le dilemme.

Argumentation

Logique conséquentialiste

Selon l'éthique conséquentialiste, la moralité d'une action se juge à l'aune de ses conséquences. Les conséquences immédiates et prévisibles sont opposées à celles potentielles et imprévisibles. Le dilemme du meurtre de Hitler bébé intègre ainsi la possibilité de réactions imprévues, comme l'éventualité qu'un dictateur similaire, voire encore plus violent, qu'Adolf Hitler accède au pouvoir à sa place. C'est une conséquence souvent évoquée, notamment dans la logique d'une ascension politique d'Adolf Hitler vue comme un symptôme de son époque et non comme le fait d'un seul homme[1].

Logique déontologique

Selon l'éthique déontologique, la moralité d'une action est déterminée par sa conformité à certaines valeurs éthiques, et non par les circonstances. Même s'il serait bénéfique au bien commun, le meurtre de Hitler bébé entre en conflit avec la « valeur inaliénable » que la déontologie reconnaît à tout être humain. L'action est alors condamnable car il s'agit du meurtre d'un bébé, ce qui est toujours répréhensible quelles que soient les conséquences positives potentielles[2].

Logique utilitariste

L'éthique utilitariste prône la maximisation du bonheur et la minimisation de la souffrance. Il est alors justifié de tuer Hitler bébé car les bénéfices potentiels sont supérieurs au coût moral. Adolf Hitler étant responsable du génocide de millions de personnes innocentes, son meurtre est justifiable afin de les sauver. Ainsi, le dilemme s'apparente au problème du tramway, auquel l'utilitarisme apporte une réponse similaire[3],[4].

Des arguments opposés soutiennent que sans garantie d'empêcher les souffrances futures, alors le seul résultat garanti est un infanticide, ce qui est peu efficace pour maximiser le bonheur[4].

Débat inné ou acquis

Le débat inné et acquis éclaire lui aussi le dilemme. Une vision déterministe de la prédisposition individuelle au mal conduit à privilégier le meurtre de Hitler bébé, tandis qu'une plus grande importance accordée aux facteurs environnementaux liés à l'éducation et aux conditions sociales limite son intérêt. En effet, sans changement de l'environnement dans lequel est elevé Adolf Hitler, d'autres enfants pourraient grandir de manière similaire et aboutir aux mêmes résultats. Selon ce second point de vue, il est préférable de recourir au voyage dans le temps pour modifier l'environnement social et culturel. Cela reconnaîtrait que la responsabilité des actes d’Hitler incombe non seulement à lui, mais aussi à la responsabilité collective de ceux qui l’ont élevé, suivi et élu[4],[5].

Limites

La justification morale du meurtre de Hitler bébé repose généralement sur la question de savoir si un enfant peut être tenu responsable de ses actes futurs avant même de les avoir commis. Une question subsidiaire peut alors être posée : quelle limite poser au meurtre de bébés susceptibles de commettre des crimes contre l'humanité ? Cette question a été soulevée par le militant américain Shaun King (en), qui soutient que la logique justifiant le meurtre du bébé Hitler pourrait tout aussi bien s'appliquer à Christophe Colomb bébé, à des enfants esclavagistes ou au nouveau-né Dylann Roof[1],[6].

Paradoxe du meurtre d'Hitler

La question du meurtre de Hitler bébé crée un paradoxe temporel, variante du paradoxe du grand-père. En effet, si quelqu'un voyage dans le temps avec l'intention de tuer le bébé Hitler, sa raison de voyager dans le temps est inexistante une fois son action réalisée. Un monde sans Seconde Guerre mondiale ne conduisant pas à vouloir remonter dans le temps, alors Adolf Hitler survit et la situation revient à son point de départ. Une solution à ce problème est de considérer la modification du passé comme impossible, puisqu'il est déjà advenu[4],[7].

Dans la culture

Le meurtre de bébé Hitler est un thème de la science-fiction contemporaine, qui met généralement en scène un voyageur temporel retournant dans les années 1890 pour éviter le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale et de la Shoah. Des récits de ce genre remontent à la Seconde Guerre mondiale elle-même, avec des publications dans Weird Tales en 1941 et Analog Science Fiction and Fact en 1942. Les récits de ce sous-genre détaillent diverses conséquences liées au meurtre du bébé Hitler[8].

Klara Hitler, la mère d'Adolf Hitler.

Dans sa recueil de textes Dieu porte-t-il des lunettes noires ?, l'écrivain français Maurice G. Dantec aborde ce dilemme éthique[9]. Dans son roman Making History (en), Stephen Fry met en scène un étudiant en histoire qui voyage dans le temps et qui rend Alois Hitler stérile. Mais à la place d'Adolf Hitler, un autre dictateur nazi prend le pouvoir, vainc l'Union soviétique grâce à l'arme nucléaire, conquiert l'Europe et extermine les juifs[10]. Dans The Little Book (en), publié en 2008 par Selden Edwards (en), les protagonistes se retrouvent à Vienne dans les années 1890 et décident d'assassiner le jeune Hitler, mais se trouvent incapables de tuer ce « garçon innocent », malgré leur connaissance de ce qu'il deviendra[11]. Dans une nouvelle de 2015, l'humoriste américaine Alexandra Petri (en) imagine Adolf Hitler enlevé et élevé par un voyageur temporel bienveillant[12]. Dans une scène post-générique du film Deadpool 2, le personnage principal remonte le temps dans l'objectif de tuer Hitler bébé, sans pour autant que soit montrée l'action. Dans la version longue cependant, le film dépeint Deadpool se rendant compte qu'il n'est pas capable de tuer Hitler et changeant juste sa couche[13].

Afin d'éviter les paradoxes temporels, certaines œuvres de science-fiction s'appuient sur le principe de cohérence de Novikov, selon lequel la modification du passé ne peut altérer significativement le futur. Dans la nouvelle de 1977 The Primal Solution (en) d'Eric Norden, un survivant de la Shoah voyage dans le temps et tente de tuer le jeune Hitler, mais il survit et en développe alors son antisémitisme[10]. Dans l'épisode « Le Berceau maudit » de la série La Treizième Dimension de 2002, une femme voyage dans le temps et tue Hitler bébé, mais un autre nourrisson est adopté par Klara Hitler et grandit en reproduisant ses actes[4]. Dans le film sorti en 2013 Ambassada de Juliusz Machulski, les protagonistes sont transportés dans le passé et rencontrent Hitler par hasard, décidant spontanément de le tuer. Comme ils n'avaient pas voyagé dans le temps dans le but de tuer Hitler, le « paradoxe du meurtre d'Hitler » est évité et l'histoire est par conséquent modifiée[7].

Dans le débat public

L'humoriste anglais Ricky Gervais plaisante de cette expérience de pensée au London Palladium[14].

La question de l'élimination d'Adolf Hitler bébé — aussi connue comme la « loi de Godwin du voyage temporel » — est récurrente dans les discussions sur le voyage dans le temps[4],[15].

Ce dilemme prend de l'ampleur en à la suite d'un sondage du New York Times demandant à leurs lecteurs s'ils tueraient Hitler bébé[10]. Le quotidien new-yorkais recueille une majorité de réponses positives : 42 % déclarent vouloir le tuer, 30 % répondent par la négative et 28 % sont indécis. Ce sondage entraîne l'apparition du hashtag #babyhitler dans les tendances Twitter[11].

Durant la campagne des primaires républicaines de 2016, des journalistes du HuffPost interrogent le gouverneur de Floride et candidat Jeb Bush sur l'intérêt de tuer Hitler bébé. Ce dernier répond par la positive : « Hell yeah I would ! » Il reconnaît les conséquences potentiellement imprévues de l'action mais affirme qu'il le ferait malgré tout, en déclarant qu'il est nécessaire d'assumer cette incertitude[1],[16]. La question est également posée lors des primaires démocrates de la même année. Le candidat satirique Vermin Supreme en fait un des quatre piliers de son programme électoral[17]. De manière similaire, l'acteur américain Tom Hanks déclare qu'il voterait pour un candidat soutenant le meurtre de Hitler bébé[18].

À l'inverse, l'humoriste américain Stephen Colbert répond de son côté qu'il ne tuerait pas Hitler bébé et qu'il chercherait plutôt à l'élever dans un foyer aimant[19]. Dans une interview accordée au Washington Post en 2018, l'acteur américain John C. Reilly tient des propos similaires et appelle à de l'empathie envers Hitler bébé[20]. Lors de la Marche pour la vie de 2019, le militant conservateur américain Ben Shapiro s'oppose à la mise à mort du bébé, en mettant en avant son opposition à l'avortement[21]. En réaction, trois annonceurs retirent leurs publicités du podcast de Ben Shapiro[22].

Notes et références

Voir aussi

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