En , il retourne en Jamaïque et commence à travailler pour le journal Public Opinion tout en devenant un des membres de la direction du Parti national du peuple au côté de son père[2].
En 1953, Manley quitte le journalisme pour travailler à plein temps au «National Workers' Union» (NWU), créé un an plus tôt par les militants du PNP. On attribue à Manley l'expansion rapide du syndicat, non seulement parmi les travailleurs du secteur du sucre, fief traditionnel du syndicat rival Bustamante Industrial Trade Union, mais aussi parmi les ouvriers de la bauxite et des mines, ainsi que parmi les travailleurs des industries urbaines[2]. En 1955, il est élu premier vice-président du NWU. En 1962, année de sa nomination au poste de sénateur, il est élu président du Caribbean Bauxite and Mineworkers Union (Syndicat de la bauxite et des mineurs des Caraïbes). Parmi les évènements les plus marquants de sa carrière de syndicaliste, il mène une grève de quatre-vingt-dix-sept jours à la Jamaica Broadcasting Corporation en 1964. C'est durant cette grève que les travailleurs le surnomment «Joshua», un surnom qui l'a suivi durant toute sa carrière[1]. Aux élections générales de 1967, Manley remporte est élu à la Chambre des représentants pour la circonscription de Central Kingston[2].
En 1970, il est élu à la tête du PNP après la démission, puis la mort de son père[3]Norman l'année précédente[1]. Il recrute alors de nombreux jeunes militants du mouvement Black Power dans le parti[4] et il devient alors le Leader de l'Opposition à la Chambre face au gouvernement d'Hugh Shearer. Des artistes jamaïcains organisent une tournée de soutien en 1971 appelée Band Wagon, dont Bob Marley & The Wailers font un temps partie. En 1972, il fait campagne avec son légendaire Rod of Correction[5]un bâton qu'il affirme avoir reçu de l'empereur éthiopien Haïlé Sélassié, figure divine pour les Rastafari[4] et sous le slogan Better Must Come («Le meilleur reste à venir»)[1]. Plusieurs chansons ont immortalisé son surnom, notamment Yes Joshua de Prince Far I, Joshua's Word de Johnny Clarke et No Joshua No de Max Romeo.
Michael Manley est élu avec 56,1% des suffrages et 36 sièges sur 60[6], cette élection suscitant un immense espoir parmi les couches défavorisées de la Jamaïque. Il se rapproche de Cuba et en 1974 le PNP adopte officiellement une plateforme de socialisme démocratique[4]. Son soutien aux troupes cubaines engagées en Angola en 1975 et à l'indépendance angolaise conduit Washington à le considérer comme un compagnon de route du communisme international[6]. Malgré la crise économique et la montée du chômage, le PNP remporte les élections de 1976. La violence politique s'aggrave, faisant 162 morts cette année-là, ce qui conduit le gouvernement à proclamer l'état d'urgence, levé seulement en [7]. Dans le but de mettre en œuvre son concept de «socialisme démocratique», Michael Manley cherche à restructurer radicalement la politique et l'économie de la Jamaïque. Du côté positif, plus de 40 000 nouveaux logements sont construits, l'éducation devient totalement gratuite, de nouveaux hôpitaux sont créés et le taux de mortalité infantile est réduit de moitié. Cependant, l'économie jamaïcaine pique du nez en raison de plusieurs facteurs: le prix du pétrole est presque multiplié par dix pendant le mandat de Manley; l'achat par le gouvernement de la plupart des domaines sucriers a pour conséquence qu'ils deviennent des éléphants blancs improductifs et beaucoup de capitaliste et de techniciens, effrayés par la rhétorique de gauche de Manley, quittent le pays. Après avoir déclaré publiquement «nous ne sommes pas à vendre», Manley conclut néanmoins un premier accord avec le Fonds monétaire international en 1977[8]. Le chômage grimpe à 30% en 1980[2]. L'expérience socialiste prend fin en avec la victoire du Parti travailliste de Jamaïque dirigé par Edward Seaga[9], qui obtient 47% des suffrages et 51 sièges sur 60, au terme d'une campagne marquée par de graves violences malgré un appel conjoint des dirigeants des deux partis à y mettre fin[10].
Juste après sa défaite, Manley n'exprime aucun regret sur sa politique et déclare: «Nous avons perdu parce que nous avons défié le pouvoir de l'ordre économique occidental. Et de cela, je ne me repens pas»[11]. Il indique également son désir de retourner à la vie privée, mais ce dernier est de courte durée et un nouveau Manley - plus modéré qu'il ne l'était auparavant - devient le Leader de l'Opposition. Sa décision de ne pas participer aux élections de lui coûte son siège au Parlement, mais il reste très apprécié du peuple jamaïcain. Edward Seaga qui n'a jamais été particulièrement apprécié, devient encore plus impopulaire avec son programme d'austérité.
En 1988, la Jamaïque est durement touchée par le ouragan Gilbert, qui détruit plus de 100 000 logements. Le gouvernement Seaga est accusé d'avoir accordé les secours de manière préférentielle à ses partisans[10].
En , Manley et le Parti national du peuple remportent 57% des suffrages[10]et 45 sièges sur 60 au Parlement[2], et Manley redevient Premier ministre. Il adopte une attitude plus modérée tout en se prétendant encore socialiste. Il permet la privatisation d'entreprises publiques. Son intention de rétablir les relations diplomatiques avec Cuba, que Seaga avait rompues[12] conduisent Washington à le considérer comme un compagnon de route du communisme international[6]. Mais il est contraint de démissionner en 1992 en raison de son état de santé[13]. Il meurt d'un cancer le .