Michel-Julien Mathieu dit Lépidor
From Wikipedia, the free encyclopedia
Michel-Julien Mathieu, dit Lépidor, né le à Fontainebleau et mort en à Coulommiers, est un compositeur, librettiste, traducteur, auteur dramatique et magistrat français. Élevé à Versailles, Michel-Julien se distingue par ses talents de violoniste, de chanteur et de compositeur. Issu d'une famille de musiciens de la Chapelle royale, il exerce sous l'Ancien Régime comme secrétaire auprès de grandes figures de l'aristocratie, ce qui lui permet d'accéder aux cercles cultivés de la haute société et aux réseaux maçonniques parisiens. Compositeur et auteur d'une quinzaine de pièces de théâtre, dont plusieurs comédies lyriques représentées à Versailles, il adapte notamment un opéra-bouffe de Paisiello, Orgon dans la Lune, créé le au Théâtre de Monsieur. À partir de 1790, Michel-Julien abandonne la musique pour embrasser une carrière politique révolutionnaire, devenant successivement président de la section des Thermes de Julien (1790), juge de paix de la section des Invalides (1791), puis juge de paix de service au Bureau central (1792). Membre du Club des Jacobins, il est davantage proche des Feuillants et se trouve suspendu de ses fonctions après l'insurrection du 10 août 1792. Après la Terreur, il devient commissaire puis procureur à Coulommiers sous le Directoire, l'Empire et la Restauration.
Origines et formation
Michel-Julien Mathieu naît le à Fontainebleau, second fils de Michel Mathieu (1689-1768), musicien du roi depuis 1728, et de Jacqueline Françoise Barbier (1708-1773), chanteuse au concert de la reine. Son frère aîné, Julien-Amable Mathieu (1734-1811), devient premier violon à la chapelle du roi (1761-1770) puis maître de musique en 1770. Formé à la musique et aux belles-lettres, il se distingue en adoptant le surnom de « Lépidor ».
Carrière musicale et littéraire
Compositeur, il écrit plusieurs opéras (restés manuscrits), des motets, neuf sonates pour violon seul, trois quatuors, six trios, six pièces pour clavecin, ainsi que des airs et chansons[1]. Comme librettiste, il adapte en 1789 Il credulo deluso de Paisiello sous le titre Orgon dans la Lune ou le Crédule trompé, créé au Théâtre de Monsieur le [2]. Auteur prolifique, il écrit au moins quatorze pièces de théâtre avant 1780, dont une seule est imprimée : Amélie, tragédie bourgeoise (Ballard, 1773), inspiré de l'Amelia de Henry Fielding (1751), traduite par Marie-Jeanne Riccoboni en 1762. Parmi ses autres œuvres figurent notamment Le Patriotisme ou le bon Français à Londres, comédie héroïque en cinq actes dont le titre préfigure son engagement politique, et L'École des Filles, comédie en vers mêlée d'ariettes, représentée quinze ou seize fois à Versailles et en province par la troupe de Mademoiselle Montansier[1].Traducteur de l'anglais, il traduit le Voyage sentimental de Laurence Sterne, les Lettres du Duc de Cumberland à Milady Grosvenor avec notes critiques, et un discours d'Edmund Burke au Parlement (). Ses manuscrits sont déposés dans les bibliothèques du duc d'Aumont et du marquis de Paulmy[3]. Professeur de musique, il enseigne notamment à Jean-Nicolas Marrigues. En 1765, il entre au service du comte de Cheverny comme précepteur de son fils et l'accompagne dans son château en Touraine. Dans ses Mémoires, Cheverny témoigne que Lépidor « jouait supérieurement du violon, chantait agréablement et était compositeur »[4]. Dès 1765, il publie des recueils d'airs et de chansons.
Carrière de secrétaire et engagement maçonnique
Il exerce successivement comme secrétaire-interprète auprès du comte de Durfort, lieutenant du Blésois (1766), du prince de Guéméné (1768), du duc de Lauzun, puis du chevalier de Luxembourg (avant 1784)[5]. Il devient ensuite secrétaire général des gardes du corps du Roi[6] et s'installe rue Saint-Dominique. Franc-maçon actif, il est membre de la loge « La Triple Harmonie », Orient de Paris (1774), puis de la loge « Le Patriotisme », Orient de la Cour (1787-1789), où il est député au Grand Orient. Il compose de la musique maçonnique (perdue)[7].
Les premiers pas dans la Révolution
Dès , Lépidor est élu président de la section des Invalides. Membre actif de la Société des Amis de la Constitution[8], il intervient publiquement lors de séances en mai-, notamment sur la liberté de la presse et sur la conduite à tenir après la fuite de Varennes, où il défend le maintien de la monarchie constitutionnelle sous conditions strictes, position caractéristique des Feuillants[9]. Il fréquente également le Club des Cordeliers en avril-, sans que son appartenance formelle soit attestée[10] et rejoint le club de la Sainte-Chapelle.
Juge de paix (1791-1792)
Élu juge de paix, Lépidor tient sa première audience le . Se qualifiant de « bourgeois », il siège pendant dix-neuf mois, cumulant ses fonctions judiciaires avec celles de représentant de la Commune de Paris et de sous-lieutenant de la 2e compagnie du bataillon des Théatins[11]. Le , après la chute de la monarchie, il est suspendu par la Commune insurrectionnelle et remplacé par Jean-François Charpentier. Cette épuration vise les juges de paix considérés comme modérés ou feuillants[12]. Après sa suspension, Lépidor disparaît un temps des sources.
Carrière judiciaire (1795-1814)
Après avoir survécu à la Terreur, Lépidor est nommé le commissaire du Gouvernement près le tribunal de première instance de Coulommiers[13]. En 1804, il devient procureur impérial, fonction qu'il conserve jusqu'en 1814. Lors du retour des Bourbons en , il devient procureur du roi. Il meurt en fonction en .