Michel Holley devant ses projets dans son agence rue de Tolbiac, 1976 - Crédits photo Lorenzo Piqueras, Michel Holley, Urbanisme vertical & autres souvenirs, éd. Somogy, 2012
Maquette de la Tour Montparnasse, conçue par Raymond Lopez et Michel Holley, photo Brassaï, 1959
Michel Holley, né le à Düsseldorf et mort le à Paris[1],[2],[3], est un architecte français. Il est actif à Paris dans les années 1950 jusqu'à 1994. Il a joué un rôle de premier plan dans la rénovation de Paris après la Seconde Guerre Mondiale.
Au retour d'un voyage aux États-Unis, cet admirateur de Le Corbusier revient persuadé que l'on ne doit plus seulement concevoir des habitations, mais des ensembles de fonctions, c'est-à-dire reconstruire des villes avec des habitations qui possèdent toutes les fonctionnalités nécessaires aux résidents. Cette conception globale donne naissance à «l'urbanisme vertical».
En 1957, Michel Holley participe, sous la direction de Raymond Lopez, à l'élaboration d'une enquête sur les rénovations urbaines à mener à Paris. Cette enquête, qui définit des secteurs «mal utilisés» à reconstruire, servira de fondement aux grandes opérations des années 1960 et 1970, dans lesquelles Michel Holley jouera l'un des principaux rôles[5].
Responsable avec Raymond Lopez du projet Front de Seine, dans le 15earrondissement, il y applique son principe de «zoning vertical», inspiré de la Charte d'Athènes de Le Corbusier: la construction de tours sur dalle permet de séparer la circulation (en sous-sol) des espaces de travail (au niveau de la dalle) et des lieux d'habitation (en hauteur)[5].
En 1960, il rencontre Georges Valbon qui est à l'époque le maire-adjoint à l'urbanisme à Bobigny et souhaite reconstruire le centre-ville vétuste. En 1967, Bobigny est désignée préfecture du département tout nouvellement créé de Seine-Saint-Denis en raison de sa centralité et son importante disponibilité de terrains. Michel Holley et Georges Valbon (devenu maire en 1965) vont s'atteler à transformer Bobigny d'une modeste ville ouvrière à une ville nouvelle et moderne, digne de son nouveau rang de capitale départementale.
«Un soir, je vais dîner chez Georges Valbon et je suis tout de suite séduit par sa personnalité extraordinaire. Nous avions le même âge, nous avons en commun la Résistance et nous intéressons tous les deux à l'art, la peinture, la littérature. Je traduisais les besoins en chiffres. Il me disait par exemple: il y a cent hectares, qu'est-ce qu'on peut faire? Je calculais avec les normes, les densités et je disais: "Cela fait dans les 4000 - 5000 logements". Et puis, pour tout ce qui manquait - ma mairie, les écoles - on a rajouté des lignes. À moi, avec ça de faire une ville. Car il me l'a très nettement dit Bobigny était un village qui voulait devenir une ville.»
—Bonjour Bobigny, 2010
Michel Holley dirige également l'opération Italie 13 qui devait couvrir de tours l'ensemble du quartier allant de la place d'Italie aux boulevards des Maréchaux. Sa réalisation la plus aboutie demeure le quartier sur dalle des Olympiades, où il utilise des techniques de construction en série brevetées. Il ne parvient toutefois pas à faire construire le projet majeur de la tour Apogée, qui devait atteindre 200 mètres de hauteur au bord de la place d'Italie[5].
Principales réalisations et projets
L'œuvre bâtie de Michel Holley se concentre principalement sur trois grandes opérations d'urbanisme à Paris et en proche banlieue, auxquelles s'ajoutent des projets emblématiques et de nombreuses réalisations. Sa carrière, intimement liée au contexte de la rénovation urbaine des Trente Glorieuses, peut se lire à travers plusieurs échelles: la ville, le quartier, l'îlot et la tour.
Les grandes opérations structurantes
Le Front de Seine (Paris 15e, années 1960-1970): Sur une friche industrielle de 20 hectares, Michel Holley, sous la direction de Raymond Lopez, applique pour la première fois à grande échelle sa théorie du zonage vertical. Le plan-masse, dessiné en 1960, organise une vingtaine de tours d'habitation et de bureaux autour de placettes sur une dalle piétonne, conçue comme un «balcon sur la Seine». À la mort de Raymond Lopez, l'opération est confiée aux architectes Proux et Henri Pottier. Le projet initialement pensé comme un morceau de ville intégrant toutes les fonctions urbaines, ne sera que partiellement réalisé[6].
Le secteur Italie 13 / Les Olympiades (Paris 13e, 1964-1975): Plus vaste opération de rénovation parisienne (100 hectares), elle représente le champ d'expérimentation complet de sa pensée. Holley en est l'architecte en chef du plan d'urbanisme. Il y met en œuvre des outils innovants (associations syndicales, Plan d'Ordonnancement) et y prévoit une cinquantaine de tours. Seul le quartier des Olympiades (huit tours de logements sur dalle) et quelques îlots adjacents seront réalisés avant l'arrêt de l'opération en 1975. Il y développe un système breveté de tours à structure standardisable mais aux façades individualisées[6].
Bobigny (Seine-Saint-Denis, années 1960-1990): En collaboration avec le maire Georges Valbon, Michel Holley transforme cette commune en un centre-ville préfecture moderne. Sur plus de trente ans, il conçoit et réalise un ensemble cohérent mêlant mairie, logements (dont des tours), équipements et commerces, structuré par un système de dalles piétonnes. Ce projet incarne sa vision de la ville nouvelle intégrée, conçue comme un «objet complexe» unique[6],[7],[8],[9],[10],[11].
Projets
Tour Montparnasse (projet initial, 1960): Michel Holley, architecte en chef de l'agence de Raymond Lopez est l'auteur de l'esquisse fondatrice de la tour, une structure en béton précontraint, présentée et approuvée par André Malraux. Le projet final, confié à d'autres architectes, s'en éloignera sensiblement[6],[12],[13],[14].
Tour Apogée (Paris 13e, projet non réalisé): Tour de bureaux de 210 mètres conçue pour être le signal sud de Paris et le point d'orgue du secteur Italie 13. Le projet, développé avec le cabinet américain SOM, fut finalement refusé pour des raisons politiques et réglementaires.
Thalassothérapie de Quiberon[5] (années 1960): Projet conçu par Michel Holley, puis promu et réalisé par le champion cycliste Louison Bobet. Il en réalise les premiers bâtiments, avant que l'extension du complexe ne s'éloigne de ses intentions initiales.
Caisse d'Allocations Familiales de la Région Parisienne (CAFRP) à Paris 15ᵉ (1972) [5],[15]
Structure métallique de la Caisse d'Allocation Familiale de Paris 15e, rue Viala, architectes Michel Holley, Raymond Lopez, 1956Hôtel de ville de Bobigny (1974)[8]
La Tour Antoine et Cléopâtre à Paris 13e[16] (1974)
Ouvrages publiés
Urbanisme vertical et autres souvenirs, Somogy éditions d'art, , 143p. (ISBN2757205242)[5]
↑Vanessa Fernandez, Évelyne Van Damme et Hélène Caroux, «Préfecture contre hôtel de ville? La création du centre-ville de Bobigny, 1965-1980», In Situ. Revue des patrimoines, no34, (ISSN1630-7305, DOI10.4000/insitu.16014, lire en ligne, consulté le )