Microeledone galapagensis
espèce de mollusques
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Microeledone galapagensis est une espèce de pieuvres, de la famille des Megaleledonidae (en). Décrite en 2026 par Janet R. Voight, Stephanie M. Smith, Salome Buglass et Alexander Ziegler, cette espèce a été découverte dans les eaux profondes des îles Galápagos, à 1 773 mètres de profondeur. Sa découverte remet en cause la définition précédente de la famille des Megaleledonidae comme étant des espèces de grande taille endémiques de l'océan Austral.
| Règne | Animalia |
|---|---|
| Embranchement | Mollusca |
| Classe | Cephalopoda |
| Sous-classe | Coleoidea |
| Super-ordre | Octopodiformes |
| Ordre | Octopoda |
| Sous-ordre | Incirrata |
| Super-famille | Octopodoidea |
| Famille | Megaleledonidae |
| Genre | Microeledone |
Description
Le corps de Microeledone galapagensis est trapu, la largeur du manteau étant légèrement inférieure à sa longueur. La tête est plus étroite que le manteau, sans constriction nucale. La paroi du manteau apparaît mince. Les yeux sont grands, légèrement proéminents, et ne se rejoignent pas au niveau de la ligne médiane. Les bras sont courts, mesurant moins de 1,4 fois la longueur du manteau (ML), de section circulaire et sub-égaux selon la formule méristique I=II>III=IV. Chaque bras porte jusqu'à 33 ventouses unisériées. Le diamètre des ventouses est relativement constant le long du bras, légèrement plus grand dans la membrane inter-brachiale, puis diminue rapidement vers l'extrémité. Aucune ventouse n'est agrandie ou modifiée ; elles sont hautes et droites. Les secteurs de la membrane sont sub-égaux et profonds entre tous les bras. L'entonnoir (ou siphon respiratoire) mesure 10,2 mm de longueur totale, avec une partie libre de 3,8 mm. La peau ne présente pas de papilles détectables, ni sur les photographies du vivant ni sur le spécimen conservé. Aucun cirre sus-oculaire n'est présent. Après stockage prolongé dans l'éthanol à 95 %, de subtiles crêtes longitudinales courtes apparaissent sur le manteau. La peau est ridée et tendue autour des yeux, suggérant une dessiccation. Les becs (mandibules cornées), ont été visualisés par microtomographie assistée par ordinateur (μCT), possèdent un rostre large. La masse buccale présente une configuration standard, la radula reposant sur des coussinets radulaires. Des tests de foraminifères sont dispersés dans la rainure alimentaire. La dent rachidienne possède une base large avec une cuspide centrale étroite. Les dents latérales ne sont pas visibles, probablement en raison de leur petite taille ou de leur forme aplatie[1].
Coloration
L'espèce présente un fort contre-ombrage inverse entre l'extérieur et l'intérieur. Extérieurement, le pigment est presque absent du manteau dorsal, à l'exception de 5 à 6 points dispersés entre les yeux et de 50 à 60 petits points pigmentés regroupés près de l'extrémité postérieure du manteau. Le pigment entoure l'œil mais est notablement réduit sur le côté dorsal ; la tête dorsale est blanche. La pigmentation près de la ligne médiane latérale du manteau rappelle des toiles d'araignée, devenant dense sur le manteau ventral. Ventralement au milieu du manteau, la pigmentation augmente considérablement, ainsi que sur les troisième et quatrième bras. La surface orale des bras et de la membrane est d'un violet profond uniforme avec une couche blanche superposée (potentiellement du mucus) ; la surface orale des ventouses est incolore. À l'intérieur, la gaine sur les muscles du manteau dorsal interne est couverte d'une pigmentation dense. Les organes ne sont pas couverts par une gaine pigmentée. Le manteau interne présente une pigmentation réduite[1].
Microeledone galapagensis utilise ce contre-ombrage inverse, pour optimiser sa survie dans les profondeurs. Cette coloration lui permet de chasser des proies bioluminescentes en les recouvrant de sa membrane sombre afin de masquer leur lumière et d'éviter d'attirer des prédateurs, tout en se fondant dans la faible luminosité ambiante grâce à son dos clair[2].
Écologie et comportement
Alimentation
Le cæcum forme une spire, il est légèrement orange à l'extérieur. Celui de l'exemplaire examiné contient des sédiments ainsi qu'un ou deux tests de foraminifères. Les foraminifères ont vraisemblablement été ingérés avec les proies et retenus, comme cela est courant avec les fragments indigestes chez les poulpes. L'intestin est fin, apparemment vide. Il effectue un demi-tour en épingle à cheveux à la sortie du cæcum, puis descend avec une légère atténuation vers l'anus ; il est étroitement adhérent à l'ovaire et à l'hépatopancréas[3].
Reproduction
L'ovaire occupe une place considérable dans la cavité du manteau. La capsule ovarienne est plus membraneuse que résistante, non tendue contre les œufs. Treize œufs sont présents, ils mesurent jusqu'à 11 x 6,5 mm, avec sept plis à l'extrémité non pédonculée. Les oviductes distaux sont rétractés, avec une ouverture musculaire en forme d'étoile de petite taille près du centre. Les glandes associées à l'oviducte mesurent 2,3 mm de long. Elles sont verdâtres et leurs sections ne sont pas bien définies extérieurement, bien que visibles par μCT. Les oviductes proximaux sont non contractés, minces, longs de 7,5 mm, et se connectent individuellement à un ovaire élargi (11,4 x 20,0 mm) et extrêmement étiré. Sur le spécimen examiné, malgré des signes de maturité reproductive, aucun signe incontestable de sénescence, tel qu'une réduction notable de la glande digestive ou une abondance de tissu conjonctif et de vaisseaux sanguins dans le manteau, n'est visible. Le recrutement complet du nombre de ventouses à des tailles assez petites pourrait indiquer un processus hétérochronique de paedomorphose, résultant en des animaux morphologiquement juvéniles mais sexuellement matures. Cela pourrait contribuer à augmenter l'énergie disponible pour la reproduction et à la différenciation de niche parmi les poulpes sympatriques[3].
Anatomie interne
L'œsophage possède un jabot large sans diverticule. Les glandes salivaires postérieures mesurent 70 % de la longueur de la masse buccale (8,5 mm) ; la glande gauche mesure 5,2 x 3,8 mm et la droite 6 x 4 mm. L'estomac est bipartite : la partie proximale est musculaire, la partie distale plus molle. Le pancréas apparaît comme une zone de matière grise superficielle sur la glande digestive là où les larges canaux du cæcum pénètrent. Il n'y a pas de sac à encre ni de lobes anaux[3].
Habitat et répartition
L'holotype a été collecté le 1er juillet 2015[4] lors de la plongée 1440 du véhicule téléopéré (ROV) Hercules sur un mont sous-marin situé environ 25 km au nord-ouest de l'île Darwin (coordonnées : 1°51'33.3"N, 92°06'41.2"W) à une profondeur de 1773 mètres. Outre la localité type, deux autres poulpes apparemment conspécifiques ont été observés mais non collectés lors de la même plongée du ROV à des profondeurs comprises entre 1770 et 1800 mètres, à environ 1 à 2 km du site de collecte. Un individu supplémentaire, morphologiquement cohérent avec l'espèce, a également été enregistré à 2006 mètres de profondeur lors de la plongée H1436 sur un mont sous-marin adjacent situé à environ 60 km au sud-est de la localité type. Tous les individus ont été observés au repos sur un substrat sableux[5].
Systématique
Microeledone galapagensis appartient à la famille des Megaleledonidae Taki, 1961 et au genre Microeledone Norman, Hochberg & Boucher-Rodoni, 2004. Cette espèce partage avec Microeledone mangoldi une peau lisse, un grand organe entonnoir (siphon), une maturité reproductive à petite taille, des zones du manteau dépourvues de pigment, une dent rachidienne large et à base large, et des comptes similaires de ventouses brachiales et de lamelles branchiales. L'espèce se distingue principalement par la distribution de la couleur à l'intérieur du manteau : M. galapagensis présente une coloration sur la doublure interne des muscles du manteau dorsal, tandis que M. mangoldi présente une coloration sur les gaines recouvrant les organes eux-mêmes. La taille des glandes salivaires postérieures, plus petite chez cette espèce que chez M. mangoldi, et l'étendue plus grande du contre-ombrage inverse contribuent également à les séparer. La peau lisse et le grand organe entonnoir de ce spécimen empêchent son attribution au genre Thaumeledone tel que défini par Norman et al. en 2004, malgré une morphologie trapue partagée et des comptes relativement faibles de ventouses brachiales et de lamelles branchiales. En l'absence de nouveaux spécimens réfutant cette observation, l'espèce est attribuée au genre Microeledone. Cette nouvelle espèce remet en cause la définition précédente des Megaleledonidae comme étant des espèces de grande taille endémiques de l'Océan Austral, conduisant à réviser le diagnostic de la famille pour mettre l'accent sur la morphologie plutôt que sur la distribution géographique[6].
Étymologie
L'épithète spécifique galapagensis fait référence aux îles Galápagos, localité proche du site de collecte du spécimen type[5].
Publication originale
- (en) Janet R. Voight, Stephanie M. Smith, Salome Buglass, Alexander Ziegler, « A new species of Microeledone from Galápagos Islands and an amended diagnosis of the Megaleledonidae (Octopoda: Incirrata) », Zootaxa, vol. 5814, no 4, , p. 533‑549 (ISSN 1175-5334, DOI 10.11646/zootaxa.5814.4.5, lire en ligne)
L'espèce et l'Homme
Le matériel type est déposé dans la collection marine de la station de recherche Charles Darwin sous le numéro d'inventaire MCCDRS 10337. Le jeu de données μCT a été déposé dans la base Morphobank[7].
La recherche a été réalisée dans le cadre de la croisière Galápagos Platform Cruise menée par le navire de recherche E/V Nautilus en collaboration entre l'Ocean Exploration Trust, la Fondation Charles Darwin et la Direction du Parc National des Galápagos.