Mitsu Tanaka

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Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
田中美津Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Mitsu Tanaka
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Biographie
Naissance
Décès
Nom dans la langue maternelle
田中美津Voir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activités

Mitsu Tanaka (田中 美津, Tanaka Mitsu?) est une militante féministe et autrice japonaise née en 1943 à Tokyo et morte le , qui s'est fait connaître dans le cadre de la deuxième vague féministe au Japon, dans les années 1970.

En particulier, elle est à l'origine d'un pamphlet distribué en 1970 dans un rassemblement sous le titre Libération de l'Éros, qui est devenu l'un des principaux manifestes du mouvement[1].

Mitsu Tanaka est née en 1943, troisième fille d'une famille de poissonniers, près du temple de Kisshō-ji à Tokyo. Elle souffre d'asphyxie à la naissance ce qui la laissera frêle, sujette à la coqueluche et lui fera souvent manquer les cours[2]. Elle est élevée par ses parents qui n'avaient aucun bagage scolaire et n'ayant pas terminé leurs études secondaires.

En deuxième année d'école élémentaire, elle est agressée sexuellement par un des employés de l'entreprise familiale[2]. Poussée par cela à agir dès son plus jeune âge, les discriminations contre les femmes et la fragilité du corps seront deux éléments essentiels de ses écrits ultérieurs.

Après que ses parents ont transformé leur magasin en restaurant, la fortune sourit à la famille. Tanaka termine ses études secondaires et décide de suivre sa propre voie plutôt que d'aller à l'université. Inspirée par un jeune Vietnamien venu démarcher la famille, elle décide de participer à une action humanitaire en faveur des orphelins victimes de la Guerre du Vietnam, ce qui conduira à la création d'une association nommée Anti-war Akanbe. Elle participe également aux émeutes du Quartier Latin, en lien avec les autres manifestations organisées par le Zenkyōtō et les autres mouvements pour les droits civiques de l'époque[3].

A cette époque, Tanaka est fortement inspirée par Die Sexualität im Kulturkampf (en) de Wilhelm Reich[4], ce qui la pousse à écrire :

« Si vous avez une vue négative de la sexualité, vous deviendrez une personne qui apprécie l'autorité, a peur de ses propres désirs et n'a aucune spontanéité. Le monde se résumera à des gens faciles à gouverner. »

Activisme féministe

Au début des années 1970, Mitsu Tanaka est une activiste majeure du mouvement Ūman ribu (ウーマン・リブ?) au Japon. Elle participe à la création du Groupe des femmes combattantes (グループ戦う女たち?) qui organise de nombreuses manifestations et attire beaucoup l'attention des médias. Selon la chercheuse Setsu Shigematsu, le Groupe se rapprochait des groupes de féministes radicales des États-Unis tout en gardant des spécificités japonaises[5]. Elles mettaient en avant une critique exhaustive des systèmes politiques, économiques, sociaux et culturels du Japon moderne en raison de la nature patriarcale et capitaliste. Un élément majeur de leur critique de la société machiste japonaise se concentrait sur la nécessité de libérer la sexualité (性の解放?) tout en appuyant sur le besoin pour les femmes de se libérer du foyer social ie centré sur la figure du mâle dominant.

Le groupe prend part à de nombreuses manifestations féministes et actions directes. Une des campagnes majeures du groupe portait sur l'accès des femmes à l'avortement. Les opinions de Tanaka sur le sujet étaient largement médiatisées et ont suscité la controverse[6] :

« Elle considère que l'avortement est un meurtre et que les femmes y ayant recours sont donc des meurtrières. Partant de ce postulat du mal des femmes, Mitsu Tanaka met en lumière et condamne la structure sociale qui force les femmes à devenir des meurtrières. [Masahiro] Morioka appelle cela "remonter à la source du mal". »

D'autres féministes japonaises militaient en faveur de la légalisation de la pilule contraceptive à la même époque[7]. Cependant, la pilule ne fut légalisée qu'en 1999 et de nombreuses femmes ont toujours recours à l'avortement au début des années 2000[8],[9].

Tanaka organise une marche pour la libération des femmes en 1971 et une autre en 1972[10]. Ces manifestations réunirent des centaines de participantes. Avec d'autres activistes (notamment Tomoko Yonezu (en), Sachi Sayama ou Setsuko Mori), elle ouvre à Shinjuku le premier centre et refuge pour femmes au Japon.

Cependant, malgré ses efforts et la couverture médiatique de ses actions et manifestations, les médias ne la prennent pas au sérieux. Comme aux États-Unis, certains médias participent à propager son message mais la majorité des médias, dirigés par des hommes, tournent ses actions en ridicule. Certains[8] mettent en avant le manque de figure majeure du mouvement féministe au Japon par rapport à d'autres pays, mais la principale différence dans leur approche était que les féministes japonaises ne demandaient pas l'égalité des femmes par rapport aux hommes mais considéraient que ceux-ci étaient aussi écrasés par le système patriarcal et devaient en être libérés.

Au XXIe siècle, l'activisme féministe reste marginal mais il était encore plus marginalisé au début des années 1970[8].

Écriture

La première publication reconnue de Mitsu Tanaka est un pamphlet intitulé Déclaration sur la libération d'Eros (エロス解放宣言?) et distribué pendant une manifestation en 1970. Dans ce pamphlet, Tanaka appelle à une rupture avec la tradition féministe d'agir dans le cadre des systèmes sociaux conventionnels pour obtenir l'égalité des droits économiques :

« Nous les femmes sommes à la base des créatures spirituelles, mais nous sommes en même temps des créatures sexuelles. Et pourtant, par le regard des hommes, nous avons été déchirées en tant que mères (un objet qui donne naissance à un enfant) et en tant que chiottes (un objet pratique pour satisfaire ses pulsions sexuelles). Oui, c'est de cette façon que le système de propriété privée a été maintenu, en effaçant les femmes de cette façon. [...] Ainsi, pour obtenir notre libération en tant que femmes, nous devons obtenir la libération d'Eros, ce qui implique la réforme de nos façons de penser qui nient notre sexe… et nous dirigeons notre mouvement vers l'abolition du système de ie (foyer légal). [...] Alors que nous continuons notre questionnement, au milieu des batailles, nous ne pouvons être autre chose que des onna. En questionnant les hommes et l'autorité, nous déconstruirons nos propres fantasmes sur l'amour, le couple, les hommes, la chasteté, les enfants, le foyer et l'amour maternel. Comme nous concevons notre propre formation subjective, nous aimerions aussi aider à la (re)formation de la subjectivité masculine. »

 Mitsu Tanaka, Déclaration sur la libération d'Eros

Le groupe de Mitsu Tanaka, en plus de l'organisation de manifestations, publie une newsletter régulière. Pendant les années 1970, Tanaka publie de nombreux pamphlets et essais pour le mouvement. En 1970, elle publie Pourquoi la libération sexuelle, Soulever le problème de la libération des femmes qui met en avant le besoin pour les femmes de reconsidérer leur rôle dans les relations sexuelles et la procréation. Toujours en 1970, elle publie ensuite son manifeste Libérons-nous des chiottes (便所からの解放?) qui est potentiellement le texte du mouvement qui a eu le plus d'influence[7]. Elle y accuse les hommes de gauche actifs dans les mouvements de justice sociale de voir dans les femmes rien de plus que des réceptacles pour leurs fluides corporels[11],[12].

En 1972, elle publie son autobiographie À mes sœurs de cœur, une théorie désordonnée de la libération des femmes (命の女たちへ:取り乱しウーマンリブ論?) qui revient sur ses propres expériences d'exploitation misogynes, y compris le viol et les discriminations à l'embauche. Le livre sera un best-seller[12]. Le livre est aussi une critique de la Nouvelle Gauche japonaise pour ses tendances masculinistes[13] ainsi qu'une réflexion sur la violence de la purge interne de l'Armée rouge unifiée.

Mise en retrait

Notes et références

Voir aussi

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