Modica
From Wikipedia, the free encyclopedia
Modica se dresse sur le versant sud des monts Hybléens, à 296 m d'altitude et 20 km au sud-est de Raguse. La cité est divisée entre une ville haute et une ville basse.
Histoire
Selon Thucydide, la cité est fondée vers 1360 av. J.-C. avant d'être investie par les Sicules au viie siècle av. J.-C. sous le nom de Motyka[4], et poursuit son existence sous les Grecs de Syracuse puis, à la suite de la bataille des îles Égades au cours de la première guerre punique (241 av. J.-C.), les Romains, bien qu'il n'en subsiste presque aucunes traces. Modica devient alors l'une des 35 cités decumanae de l'île et subit l'oppression sous la préture de Verrès. Elle parvient à former un municipium et se dote, semble-t-il, d'une certaine importance, mentionnée par Pline et Ptolémée comme l'une des principales villes de l'intérieur sicilien ; et bien que son nom ne figure pas dans les itinéraires, elle est de nouveau citée dans la Cosmographie de Ravenne. Silius Italicus l'inclut dans sa liste des cités de Sicile en l'associant à Netum (l'ancienne Noto). Le sud-est de la Sicile connaît une christianisation précoce à l'instigation du diocèse de Syracuse, fondé par saint Paul dès 61 apr. J.-C.
En 535, le général Bélisaire met fin au règne ostrogoth et rattache Modica à l'Empire romain d'Orient (ou byzantin) pour le compte de Justinien Ier. Ainsi, la population locale, déjà hellénophone, peut conserver sa culture grecque et ne sera latinisée qu'après l'invasion normande, au xie siècle.
Les Arabes capturent la ville en 845 lors de leur conquête de la Sicile et la désignent sous le nom de Mudiqah[5]. La cité est massivement fortifiée et connaît une longue période de prospérité jusqu'à l'arrivée des Normands menés par Roger Ier au xie siècle. Le Val di Noto, dont la conquête définitive s'achève en 1091, est le dernier territoire sicilien repris aux Arabes.
En 1255, le château de Modica est donné par le pape Alexandre IV, opposant au roi Manfred Ier de Sicile, à Roger Fimetta[6]. Le comté de Modica, créé en 1296, est donné à Manfred de la famille Chiaromonte par le roi Frédéric II de Sicile. Andrea Chiaramonte est exécuté par Martin Ier de Sicile qui l'attribue au catalan Bernat de Cabrera pour le remercier d'avoir financé son expédition de conquête de l'île. Sous les Chiaramonte, le comté de Modica forme un État semi-indépendant à l'économie florissante avec le droit de frapper sa propre monnaie entre autres privilèges.
Le , la ville est le théâtre d'un pogrom anti-juif appelé Strage dell'Assunta, le « massacre de l'Assomption ». Le soir de l'Assomption de Marie, 360 juifs sont massacrés dans la giudecca (quartier juif) de Cartellone, sous les encouragements de prédicateurs catholiques s'écriant « Vive Marie et mort aux Juifs ! »[7],[8].
Ravagée par le séisme du 11 janvier 1693, qui fait 60 000 victimes dans toute la région, la ville est reconstruite sous le signe du baroque sicilien, ce qui lui vaudra un classement au patrimoine mondial de l'UNESCO avec sept autres villes du Val di Noto.
Lorsque les Traités d'Utrecht en 1713 font passer la couronne de Sicile du roi d'Espagne au duc de Savoie, le comté de Modica reste possession ibérique, fiscalement et politiquement autonome du reste de l'île. En 1804, le secrétaire d'État John Acton reçoit le duché de Modica en compensation de son retrait des affaires publiques à la demande des Français[9]. Elle subit deux inondations en 1833 et 1902. Après son annexion à l'Italie en 1860, Modica conserve son titre de chef-lieu provincial jusqu'en 1926, date de son intégration à la province de Raguse.
Urbanisme
Modica se compose de deux centres urbains : Modica Alta (haute Modica) et Modica Bassa (basse Modica). La ville haute, plus ancienne, est perchée sur une colline rocailleuse au sud, à l'entrée des monts Hybléens, tandis que la ville basse s'étend dans la vallée située en contrebas. Les deux centres sont reliés par des ruelles tortueuses et de nombreux escaliers caractérisés par un dénivelé très important.
Tout au long du xxe siècle, la ville s'est développée jusqu'à s'étaler sur de nouveaux quartiers périphériques, le Sacro Cuore, Monserrato et Idria, souvent désignés collectivement sous le nom de Modica Moderna ; la vieille ville et les quartiers modernes sont reliés entre eux par l'un des plus longs viaducs d'Europe, le pont Guerrieri, long de 300 mètres.
Monuments et lieux d'intérêt
Malgré les nombreuses destructions engendrées par des catastrophes naturelles à répétition (séismes en 1613 et 1693, inondations de 1833 et 1902), Modica conserve l'un des plus beaux patrimoines architecturaux de Sicile, notamment d'imposants monuments urbains de style baroque sicilien édifiés à la suite du tremblement de terre de 1693.
- Cathédrale San Giorgio (it) (36° 51′ 51″ N, 14° 45′ 42″ E), dédiée à saint Georges, de style baroque sicilien, placée au sommet d'un escalier panoramique de 250 marches grimpant depuis la ville basse et construite de 1702 à 1738 sous la direction de l'architecte Rosario Gagliardi. La façade est divisée en cinq sections séparées par des colonnes ; la partie centrale a une forme convexe. Le dernier étage du clocher date de 1842. L'intérieur, en forme de croix latine, abrite entre autres œuvres d'art un polyptyque de Bernardino Nigro (fin du xvie siècle) et une Assomption de Filippo Paladini (1610). La décoration intérieure a été rénovée dans les années 1900.
- Église San Pietro (it) (36° 51′ 39″ N, 14° 45′ 38″ E), dédiée à saint Pierre et située dans la ville basse, construite de 1695 à 1750 sous la direction de Rosario Boscarino et Mario Spata dans le style baroque sicilien, ornée des statues des douze apôtres.
Parmi les autres lieux d'intérêt, on peut citer :
- Palais Polara (it) (36° 51′ 51″ N, 14° 45′ 39″ E) ;
- Sanctuaire Santa Maria delle Grazie (it), commencé en 1615, inachevé ;
- Église du Carmine (it) ;
- Église Santa Maria di Betlem (it) 36° 52′ 20″ N, 14° 45′ 31″ E) ;
- Théâtre Garibaldi ;
- Palais Mercedari, accueille le musée et la bibliothèque municipales.
- La cathédrale San Giorgio.
- Façade baroque de l'église San Pietro.
- Le château des comtes de Modica.
- L'église du Carmine.
Économie
L'agriculture représente le secteur économique dominant (oliviers, caroubiers, céréales). Les légumes sont cultivés à grande échelle sous serre. L'élevage, notamment des bovins de race Modica[10], la production laitière et la confection du chocolat de Modica, élaboré selon une recette aztèque ancestrale et qui fait sa renommée, prennent une importance croissante. Le tourisme est fortement encouragé depuis son inscription au patrimoine mondial de l'UNESCO en 2002, particulièrement par le biais d'événements historiques et la vente de spécialités locales telles que le chocolat et ses produits dérivés (liqueur), qui se commercialisent bien au-delà de la ville en raison d'une forte demande.
