Mohamed Bouazizi

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Décès
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Ben ArousVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
محمد البوعزيزيVoir et modifier les données sur Wikidata
Mohamed Bouazizi
Manifestation de soutien à Mohamed Bouazizi, le 15 janvier 2011.
Biographie
Naissance
Décès
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Ben ArousVoir et modifier les données sur Wikidata
Sépulture
Nom dans la langue maternelle
محمد البوعزيزيVoir et modifier les données sur Wikidata
Noms de naissance
Tarek el-Tayeb Mohamed Bouazizi, طارق الطيب محمد البوعزيزيVoir et modifier les données sur Wikidata
Nationalité
Activité
Autres informations
Distinctions
Plaque commémorative sur la place Mohamed-Bouazizi à Paris.
Vue de la sépulture.

Mohamed Bouazizi (arabe : محمد البوعزيزي), de son nom complet[1] Tarek al-Tayeb Mohamed Bouazizi (طارق محمد البوعزيزي), né le à Sidi Bouzid et mort le à Ben Arous, est un vendeur ambulant[2] tunisien dont le suicide par immolation le — il en meurt deux semaines plus tard — est à l'origine des émeutes qui concourent au déclenchement de la révolution tunisienne évinçant le président Zine el-Abidine Ben Ali du pouvoir, et par extension aux protestations et révolutions dans d'autres pays arabes connues sous le nom de Printemps arabe.

Tarek Bouazizi est rapidement appelé Mohamed, pour le distinguer d'un homonyme, puis porte jusqu'à l'âge adulte le surnom de Basboussa[3],[nb 1] donné par sa mère Manoubia.

Manoubia Bouazizi, la mère de Mohamed.

Son père, Taïeb, est ouvrier agricole. Mohamed a un frère, Salem, et une sœur, Leïla. Il a trois ans lorsque son père meurt ; sa mère se remarie avec son beau-frère, avec lequel elle a quatre enfants. La famille Bouazizi connaît un revers de fortune après la perte de terres hypothéquées[4].

À six ans, le jeune Bouazizi participe aux travaux des champs ; à 14 ans, tout en suivant des études au lycée, il est occasionnellement maçon. Assumant le rôle de soutien de famille qui lui est confié, Mohamed Bouazizi reste à Sidi Bouzid, ville agricole de 40 000 habitants, malgré la découverte et l'attrait de Sfax, ville maritime économiquement développée. Abandonnant le lycée au niveau de la terminale[5],[6], il s'inscrit dans une association de jeunes chômeurs[4].

Faute de mieux, à 19 ans, il devient marchand ambulant de fruits et légumes, cette activité constituant le seul revenu de la famille de sept enfants. Son rêve est de pouvoir s'acheter une camionnette pour ne plus avoir à pousser sa charrette[7].

Ne possédant pas d'autorisation officielle, il subit les sévices d'une administration à laquelle il ne peut verser de pots-de-vin et qui, pendant sept ans, se sert dans sa caisse, lui applique des amendes ou lui confisque sa marchandise, voire sa balance. À sa sœur Leïla, il déclare : « Ici, le pauvre n'a pas le droit de vivre »[4].

Suicide

Le , on lui confisque encore une fois son outil de travail (une charrette et une balance). Essayant de plaider sa cause et d'obtenir une autorisation et la restitution de son stock auprès de la municipalité et du gouvernorat provincial, il y est bousculé et se fait expulser des bureaux où il est venu se plaindre[7],[8]. Sa sœur Leïla explique : « Ce jour-là, les agents municipaux lui avaient confisqué son outil de travail et l'un d'eux l'avait giflé. Il s'est alors rendu à la municipalité, puis au gouvernorat pour se plaindre, mais ici, à Sidi Bouzid, il n'y a personne pour nous écouter. Ils marchent à la corruption et ne travaillent que pour leurs intérêts[9]. »

Humilié publiquement, désespéré, Mohamed Bouazizi s'immole par le feu devant le siège du gouvernorat[10]. Il est transporté à l'hôpital local, puis à Sfax, et enfin au Centre de traumatologie et des grands brûlés de Ben Arous, près de Tunis[6].

Le décès de Mohamed Bouazizi est annoncé le à Ben Arous où il était hospitalisé[11],[12].

Alors que les réactions à cet acte sont d'abord ignorées par le gouvernement tunisien, sa mère et sa sœur sont reçues le par le président Zine el-Abidine Ben Ali, qui limoge le gouverneur de Sidi Bouzid et les agents municipaux concernés[9]. Une auxiliaire municipale accusée d'avoir giflé Bouazizi est mise en détention provisoire sur ordre de Ben Ali[13] ; la gifle est contestée par des témoins et la policière bénéficie d'un non-lieu le [14] après plusieurs mois de détention provisoire[15]. Six mois après la mort de Bouazizi, sa famille a dû quitter Sidi Bouzid pour La Marsa, accusée de s'être enrichie, et le portrait de Mohamed Bouazizi a été décroché[16] à Sidi Bouzid.

Plusieurs mois après les faits, le récit du suicide fait l'objet de versions divergentes, et la réalité de la gifle reçue par Bouazizi est contestée. Ainsi, Lamine al-Bouazizi, responsable syndical de Sidi Bouzid et anthropologue, raconte : « En fait, on a tout inventé moins d'une heure après sa mort. On a dit qu'il était diplômé chômeur pour toucher ce public, alors qu'il n'avait que le niveau bac et travaillait comme marchand des quatre-saisons. Pour faire bouger ceux qui ne sont pas éduqués, on a inventé la claque de Fédia Hamdi. Ici, c'est une région rurale et traditionnelle, ça choque les gens. Et de toute façon, la police, c'est comme les États-Unis avec le monde arabe : elle s'attaque aux plus faibles »[17] ; il ajoute : « Il a suffi de quelques coups de fil pour répandre la rumeur. De toute façon, pour nous, c'était un détail, cette claque. Si Bouazizi s'est immolé, c'est parce qu'on ne voulait pas le recevoir, ni à la mairie ni au gouvernorat ».

Le , un an après le suicide de Mohamed Bouazizi, une cérémonie de commémoration rassemble plusieurs milliers de Tunisiens à Sidi Bouzid, dont le nouveau président Moncef Marzouki[18].

Conséquences

Manifestation le à Tunis devant le siège du parti au pouvoir qui sera dissous deux mois plus tard.

L'acte désespéré de Bouazizi, qui « préfère mourir plutôt que de vivre dans la misère », provoque la colère parmi les habitants de Sidi Bouzid : des dizaines de personnes manifestent devant le siège du gouvernorat. Le mouvement social s'étend spontanément à d'autres municipalités du pays, malgré la répression[9]. À l'appel de militants syndicaux, la révolte atteint Tunis, la capitale, le , avec environ mille citoyens exprimant leur solidarité avec Bouazizi et les manifestants de Sidi Bouzid[19]. Le , le président Ben Ali, qui s'est rendu au chevet du jeune homme, déclare à la télévision nationale : « J'ai suivi, avec inquiétude et préoccupation, les événements survenus ces derniers jours à Sidi Bouzid »[9]. D'autres suicides ont suivi ainsi que des manifestations de grande ampleur réprimées dans le sang, dans le centre et le sud-ouest du pays.

Les manifestations insurrectionnelles vont néanmoins continuer, engendrant une révolution qui conduit au départ de Ben Ali en Arabie saoudite le et à la désignation d'un nouveau président.

Kamel Morjane, ministre des Affaires étrangères du nouveau gouvernement Ghannouchi, affirme fin janvier dans Le Figaro : « Ça faisait un moment que les Tunisiens contenaient leur colère et avec l'immolation du jeune Bouazizi, tout a fini par lâcher, comme un élastique ! »[20]

Selon le psychanalyste Fethi Benslama, « Bouazizi est devenu un exemple, et non un mythe, celui de chaque homme réduit par le qahr — un mot que l'on peut traduire par « impuissance totale »[nb 2] — et qui préfère l'anéantissement total plutôt que de vivre comme un rien »[21].

Victime de « menaces » et de « rumeurs malveillantes », la famille Bouazizi déménage à plusieurs reprises après la révolution. La sœur de Mohamed Bouazizi, Leïla, immigre au Québec au début de 2013 afin de poursuivre des études. Elle est rejointe à Montréal par sa mère, son mari, ses deux demi-frères et sa demi-sœur au printemps 2014. Leur demande d'asile est acceptée par la Commission de l'immigration et du statut de réfugié du Canada[22].

Postérité

Notes et références

Annexes

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