Mohammed Harbi
haut fonctionnaire, historien et universitaire franco-algérien
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Mohammed Harbi, né le à El Harrouch près de Skikda (Algérie) et mort le à Paris, est un ancien haut fonctionnaire algérien, historien et universitaire, spécialiste de la vie politique et de l’histoire de l’Algérie, ancien membre du Front de libération nationale algérien (FLN).
محمد حربى
| Ambassadeur d'Algérie en Guinée | |
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| Naissance | |
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| Nom dans la langue maternelle |
مُحمَّد حربي |
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École pratique des hautes études (maîtrise) (jusqu'en ) Université Paris-VIII (habilitation universitaire) (jusqu'en ) |
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| A travaillé pour | |
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| Parti politique | |
| Conflit |
Après le coup d’État de Houari Boumédiène, il est emprisonné de 1965 à 1968, mis en résidence surveillée par le pouvoir algérien en 1971, il s’évade vers la France en 1973. S’appuyant ensuite sur sa connaissance de l’intérieur du mouvement nationaliste, il en explore les ressorts et les arcanes pour dresser l’historiographie du nationalisme algérien.
Biographie
Jeunesse
Né en à El Harrouch dans une famille de notables[1], Mohamed Harbi fait son cycle d’études primaires dans sa ville natale, puis rejoint le collège Dominique-Luciani de Skikda jusqu’en première, où il découvre les idées marxistes grâce à deux de ses professeurs d’histoire, dont Pierre Souyri[2]. Il est responsable de la section lycéenne du Mouvement pour le triomphe des libertés démocratiques (MTLD, ex-PPA). Il étudie au collège Sainte-Barbe à Paris, dans la filière philosophie où il décroche son baccalauréat en 1952 et entame une licence d’histoire[3].
Guerre d’Algérie
Durant la guerre d’Algérie, Mohammed Harbi rejoint la Fédération de France du FLN et cherche à établir des contacts avec la gauche française. Il est notamment le contact entre le FLN et le Parti communiste internationaliste (PCI, trotskiste)[4]. En 1955, il devient membre fondateur de l’Union générale des étudiants musulmans algériens (UGEMA), après avoir été secrétaire de la section de Paris de l’Association des étudiants musulmans nord-africains (AEMNA). En 1958, il entretient des contacts en Allemagne fédérale en vue d’organiser des réseaux européens de soutien au FLN[1]. En , il s’éloigne de la Fédération du FLN lorsqu’il apprend la liquidation d’Abane Ramdane[1]. Il exercera d’importantes responsabilités au sein du FLN, notamment comme ambassadeur en Guinée (1960-1961) puis secrétaire général du ministère des Affaires étrangères (de à )[5],[2].
Il participe aux premières négociations des accords d’Évian[1].
Il est un collaborateur du vice-président du GPRA, Krim Belkacem[1].
Après l’indépendance
Conseiller d’Ahmed Ben Bella, dont il soutient les orientations en matière d’autogestion[1], il dirige la revue Révolution africaine (1963-1964), où il est parmi les seuls à y dénoncer l’usage de la torture. Après le coup d’État de Houari Boumédiène, il participe à la création de l’Organisation de la résistance populaire (ORP) ; il est arrêté le puis emprisonné de 1965 à 1968. Il est interné au pénitencier de Lambèse[6],[7]. En 1971, il est mis en résidence surveillée et interdit de séjour dans les grandes villes. Il s’évade et rejoint la France en 1973[8],[2].
Il est l’un des premiers historiens à décrire le fonctionnement du FLN de l’intérieur dans son livre Aux origines du FLN. Le populisme révolutionnaire en Algérie (1975). Il y dévoile notamment le fossé entre les idéaux de certains de ses membres et les méthodes adoptées par le parti nationaliste :
« Nos idéaux étaient en contradiction avec les moyens qu’imposaient nos dirigeants pour les faire triompher. Libertaire de conviction, […] je me retrouvais dans une organisation où l’autoritarisme plébéien inculquait à chacun que le mal se convertit en bien sitôt qu’il se fait au nom de la révolution. Je souffrais du recours à des pratiques telles que l’égorgement, les mutilations (nez ou oreilles coupées) et du discrédit que les tueries faisaient peser sur nous…[9]. »
Il devient enseignant de sociologie et d’histoire à l’université Paris-VIII (1975-1978), à l’université Paris-Descartes (1976-1980) et à l’université Paris-VII (1985-1989). Il est maître de conférences puis professeur à l’université Paris-VIII et en deviendra professeur émérite. Il ne retourne en Algérie qu’en 1991[10].
Prises de position
En 1989, lors du premier débat sur le voile à l’école, il publie une tribune dans Le Nouvel Observateur (-), où il expose une position prohibitionniste : « Prenons garde que céder aux intégristes sur la question de l’école, c’est rendre plus difficile les résistances des filles musulmanes au chantage affectif de leurs parents et au prosélytisme de groupe »[11].
En , dans une tribune parue dans la quotidien Le Monde à l’occasion de la parution du livre de Fatima Besnaci-Lancou Fille de harki, Mohammed Harbi écrit qu’« une gestion condamnable (de la part du FLN) des rapports avec la population paysanne (...) ont permis à l'armée française (...), de recruter et d'armer des groupes en leur sein et, ainsi, de bouleverser les termes du conflit en lui donnant une forme plus violente et l'allure d'une guerre civile » ; puis il précise plus loin « les harkis ne nourrissaient aucun projet politique, ni pour eux-mêmes ni pour les populations dont ils étaient originaires. Ils n'ont d'ailleurs produit aucune idéologie de la collaboration »[12].
Il porte un regard critique sur les régimes qui se sont succédé en Algérie, ironisant par exemple sur le fait que « normalement, chaque pays possède son armée. Eh bien, en Algérie, c’est l’inverse : c’est l’armée qui dispose du pays ! » ou estimant que « s’il y a un pays où l’on magnifie le peuple tout en le piétinant, c’est bien l’Algérie ». Benjamin Stora dira de lui : « Harbi aura été un pionnier dans la déconstruction de l’idéologie officielle véhiculée en Algérie. »[1].
Il est membre du comité de parrainage du tribunal Russell sur la Palestine, dont les travaux ont commencé le .
Vie privée
Dans un article du quotidien Le Monde de 2002, Djenett Harbi est mentionnée comme son épouse jusqu’en 1977. Ses enfants sont quatre au total, dont l’un est issu d’un premier mariage[7].
Mort
Mohammed Harbi meurt le à Paris[13]. Il est incinéré au crématorium du cimetière du Père-Lachaise le [14].
Publications
Mohammed Harbi est l’auteur de nombreux ouvrages de référence sur l’histoire de la révolution algérienne.
- Aux origines du FLN. Le populisme révolutionnaire en Algérie, 1975.
- Le FLN, mirage et réalité des origines à la prise du pouvoir (1945-1962), éditions Jeune Afrique, 1980.
- Les Archives de la révolution algérienne, 1981.
- 1954 : la guerre commence en Algérie, Bruxelles, Complexe, coll. « La Mémoire du peuple » (no 36), , 209 p. (ISBN 2-87027-144-1, présentation en ligne).
- L’Islamisme dans tous ses états (dir.), 1991.
- L’Algérie et son destin. Croyants ou citoyens, 1993.
- Une vie debout : mémoires, 2001.
- Avec Sylvain Pattieu, Les Camarades des frères : trotskistes et libertaires dans la guerre d’Algérie, Syllepse, 2002, 2018 (ISBN 2-913165-82-6).
- Le FLN : Documents et histoire, 1954-1962, (en collaboration avec Gilbert Meynier) Fayard, 2004.
- L’autogestion en Algérie : une autre révolution (1962-1965), (présentation Robi Morder, Irène Paillard) Syllepse, 2022.
Direction d’ouvrage
- Benjamin Stora et Mohammed Harbi, La Guerre d’Algérie, Paris, éditions Hachette Littérature, 2006.
Autres
- Mohammed Harbi, « Dire enfin que la guerre est finie », in Le Monde du .
- Mohammed Harbi, « Aux citoyennes de l’exil » in Le Monde du .
- Mohammed Harbi, « La comparaison avec la collaboration en France n’est pas pertinente », in Fatima Besnaci-Lancou, Gilles Manceron (dir.), Les harkis dans la colonisation et ses suites, Éditions de l’Atelier, 2008, 224 p. (préface de Jean Lacouture), (ISBN 978-2-7082-3990-6).
- François Cerutti, D’Alger à Mai 68 : mes années de révolution, Spartacus, 2010, avant-propos de Mohammed Harbi[15].
Vidéos
- Bernard Richard et Robi Morder, Mohammed Harbi : Mémoires filmés, Le Carnet rouge, 2021.
- Entretiens vidéo : https://www.youtube.com/playlist?list=PLPN2BMLUYc_HdiQNg6RBehC4T-5t3Be5I
- Sommaire de ces entretiens : https://www.syllepse.net/syllepse_images/mohamed-harbi--me--moires-filme--s--sommaire.pdf