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Royaume d'Irak

État indépendant du Moyen-Orient, de 1932 à 1958 From Wikipedia, the free encyclopedia

Le royaume hachémite d’Irak était la forme de gouvernement que connut l’Irak, pays du Moyen-Orient, de sa création nominale officielle en 1921 jusqu’en 1958, le pays étant alors une royauté dirigée par une dynastie de souverains hachémites. Le royaume est d’abord proclamé le , durant la période du mandat britannique de Mésopotamie. Le mandat de la Société des Nations exercé par le Royaume-Uni est juridiquement annulé en 1922, mais la tutelle britannique reste partiellement en place dans les faits jusqu’en 1932, date à laquelle l’Irak voit sa pleine indépendance reconnue de droit par son adhésion à la Société des Nations (SDN). De nouveau sous tutelle britannique pendant la Seconde Guerre mondiale, le royaume recouvre ensuite sa souveraineté. En février 1958, le roi Hussein de Jordanie et le roi Fayçal II d'Irak effectuent une union des monarchies hachémites pour contrer l'union égypto-syrienne récemment formée. La Fédération arabe qui en résulte, formée le 14 février 1958, ne dure que quelques mois, jusqu'au coup d’État du 14 juillet 1958 qui instaure la république d'Irak.

Hymne وتحية رويال
As-Salam al-Malaki
"Le salut royal"
Capitale Bagdad
Faits en bref Hymne, Statut ...
Royaume hachémite d’Irak
المملكة العراقية الهاشمية (ar)
Al-Mamlakatu al-ʿIraqiyah al-Hāshimiyyah (ar-Latn)

19321958

Drapeau
Drapeau
Blason
Hymne وتحية رويال
As-Salam al-Malaki
"Le salut royal"
Description de l'image Iraq (orthographic projection).svg.
Informations générales
Statut Monarchie constitutionnelle
Capitale Bagdad
Langue(s) arabe
Religion islam
Monnaie Dinar irakienVoir et modifier les données sur Wikidata
Histoire et événements
Indépendance complète de l’Irak
Mort du roi Fayçal Ier
Coup d’État de Bakr Sidqi
Coup d’État de Rachid Ali al-Gillani
mai 1941 Guerre anglo-irakienne
février 1958 L’Irak s’unit avec la Jordanie au sein d’une fédération
14 juillet 1958 Coup d’État d’Abdul Karim Qasim, fin de la monarchie
Roi d'Irak
1921-1933 Fayçal Ier
1933-1939 Ghazi
1939-1958 Fayçal II
Régent d'Irak
1939-1953 Abdelilah ben Ali el-Hachemi

Entités précédentes :

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Institutions

Le royaume hachémite d'Irak était une monarchie constitutionnelle dotée d'un roi et d'un Premier ministre. Le Parlement se composait de deux chambres : le Sénat d'Irak (en) et la Chambre des députés d'Irak (en). Les membres du Sénat étaient nommés par le roi, tandis que ceux de la Chambre des députés étaient élus au suffrage populaire. Toute loi devait être approuvée par le roi après avoir été « soumise à chaque chambre ». L'Irak appliquait le suffrage universel masculin, et les femmes n'avaient pas le droit de vote[1]. Officiellement, le royaume d'Irak fonctionnait selon un régime parlementaire où le Premier ministre était chef du gouvernement, mais le roi, et plus largement les notables sunnites qui forment le gouvernement, ont progressivement accru leurs pouvoirs au détriment du Parlement[2].

L'Irak royal possédait un système de gouvernement unitaire centralisé[3],[4], basée essentiellement sur une armée formée et maintenue par les Britanniques[5],[6].

Historique

Proclamation

Fayçal Ier en 1932.

Depuis le 11 mars 1917, les Britanniques ont pris Bagdad à l'empire Ottoman[7], et y sont toujours alors que l'empire est démantelé. Londres pense d'abord a établir un mandat sur le territoire, mais la révolte de 1920 entraîne l'abandon de ce projet, au profit d'un royaume irakien officiellement souverain, mais dans lequel les Britanniques auraient, un temps du moins, une certaine autorité.

En , à la conférence du Caire, sur le conseil de Lawrence, Churchill, le nouveau secrétaire d’État aux Colonies du Royaume-Uni, décide de confier l’autorité politique sur le mandat britannique de Mésopotamie à Fayçal, qui vient d’être chassé de Damas par les Français[8]. Le pays doit accéder rapidement à l’indépendance, une fois les intérêts britanniques garantis. Le Royaume-Uni procède à un allégement de sa présence militaire au profit d’une force armée locale étroitement contrôlée. Elle conserve essentiellement une force aérienne chargée du maintien de l’ordre par d’éventuel bombardements et du contrôle des voies aériennes vers l’Inde. Les bases militaires britanniques sont protégées par des forces auxiliaires locales composées de chrétiens assyriens. La candidature de Fayçal est accueillie favorablement par les notables chiites du sud et à la suite d’un simulacre de consultation populaire, Fayçal est élu roi et couronné le [9].

Dès le début de son règne, Fayçal s’appuie sur les grands notables urbains sunnites et sur les anciens officiers irakiens de la révolte arabe, comme Nouri Saïd et Jafar al-Askari. Ces derniers ont l’ambition de créer un État fort, sur le modèle du régime jeune-turc. Les querelles de pouvoir sont très fortes et l’instabilité ministérielle est de mise. Les anciens officiers s’enrichissent et deviennent des notables et des grands propriétaires. Fayçal favorise la formation d’une armée moderne nationale mais considère que la caste au pouvoir est une « minorité sunnite arrogante »[10].

Sous l’impulsion du théoricien du nationalisme arabe Sati al-Husri, nommé directeur général de l’éducation (1921-1927), l’Irak se dote d’un réseau scolaire primaire et secondaire, en dépit des pressions britanniques destinées à réduire les crédits à l’éducation. Cet enseignement de masse concerne les enfants des classes moyennes, et dispense un programme voué à éveiller la conscience nationale arabe et à inculquer l’unité arabe. La présence britannique est fustigée, ainsi que toute forme d’impérialisme. Les chiites refusent d’envoyer leurs enfants dans les écoles de l’État.

Fayçal Ier (1885-1933), après avoir utilisé les services du Premier ministre Nouri Saïd (1888-1958) pour vaincre les réticences britanniques à l'indépendance, le remplace le par Naji Shawkat (en). Mais ce dernier se trouve bientôt contesté à la fois par les grands féodaux et par les nationalistes du parti ikha al watani; le courant nationaliste est encouragé par la nouvelle manne pétrolière dont bénéficie l'Irak, et dont l'exploitation reste soumise à l'Iraq Petroleum Company. En , le roi remplace Shawkat par l'un des chefs de file nationalistes, Rachid Ali al-Gillani ; ce dernier souhaite d'abord dénoncer le traité de 1930 avec le Royaume-Uni et fermer les bases militaires britanniques, avant d'être ramené par le roi à plus de modération. Le premier ministre, prisonnier de ses alliances, n'aborde pas la question des réformes sociales attendues par les milieux défavorisés et les minorités chiites[11]. La question des minorités religieuses et ethniques demeure cruciale pour le nouvel État.

Instabilité politique

Ghazi Ier.

En juin 1933, pendant une visite du roi à Londres, le Premier ministre réprime durement les demandes d'autonomie des chrétiens Assyriens au nord de l'Irak (massacre de Simelé). Bien que malade, Fayçal Ier rentre en Irak pour calmer la situation, avant de retourner se soigner en Suisse où il meurt le [12]. Peu avant son trépas, il déplorait le manque de cohésion des différentes factions tribales, religieuses, confessionnelles et ethniques qui rend très difficile la fédération de son royaume[13].

Son fils aîné Ghazi Ier lui succède. Gillani, initialement reconduit dans ses fonctions, démissionne. Jamil al-Midfai, politicien expérimenté, lui succède. Le nouveau gouvernement réunit cependant des hommes n'ayant aucune idée en commun : Nouri Saïd (ministre des Affaires étrangères), pro-britannique, doit cohabiter avec d'autres ministres nationalistes. Le Premier ministre, incapable d'assurer la cohésion de son cabinet, finit par démissionner en 1934. Le chef de la maison royale, Ali Jaoudat, lui succède et réduit l'influence des nationalistes par un redécoupage électoral ; il doit néanmoins affronter le mécontentement combiné des cheiks écartés du pouvoir et des nationalistes, et doit démissionner quelques mois plus tard.

Ghazi garantit le maintien de « l'amitié et de l'alliance avec Londres », mais à la différence de son père, qui estimait du rôle de la monarchie hachémite de devoir équilibrer les forces du territoire, il se montre ouvertement favorable à la majorité musulmane et arabe[13], bien que s'appuyant toujours sur la minorité sunnite des musulmans. Des révoltes menées par les chiites (en) au début de l'année 1935 éclatent, suivies par des révoltes yazidies (en) en octobre de la même année. L'Irak souffre d'une grande instabilité gouvernementale. Le poids du Royaume-Uni demeure présent, notamment dans les affaires pétrolières, suscitant des sentiments anti-britanniques chez les nationalistes, qui leur reprochent en outre la politique suivie en Palestine mandataire, où l'immigration juive progresse[14]. Cette période voit l'achèvement de l'oléoduc de Mossoul à Haïfa qui, de 1935 jusqu'à la guerre israélo-arabe de 1948-1949, permettra d'exporter le pétrole irakien par la Jordanie et la Palestine mandataire.

Coup d'État de 1936

Fayçal II.

Le , le général Bakr Sidqi entre dans Bagdad à la tête de ses troupes et réalise un coup d'État contre le Premier ministre Yassin al-Hachimi, dont il impose le remplacement par Hikmat Suleyman. Les deux nouveaux hommes forts appartiennent tous deux à des minorités nationales : Suleyman est turcoman et Sidqi Kurde. Ne se souciant pas des idées panarabistes du roi, ils concluent le un pacte avec la Turquie, l'Afghanistan et l'État impérial d'Iran. Le , un accord avec l'Iran avantage ce dernier pays sur les questions de frontière. Le mécontentement suscité par ces deux traités amène à un nouveau coup de force, mené cette fois par le roi et des officiers : Sidqi est renversé et tué le , et Suleyman destitué le 17[15].

Après un bref retour de Jamil al-Midfai, le pro-britannique Nouri Saïd revient au gouvernement et cohabite à nouveau avec ses adversaires nationalistes. L'Irak doit également gérer l'agitation au Koweït voisin, où l'agitation d'une minorité qui réclame son rattachement à l'Irak est réprimée par le gouvernement, aidé des Britanniques. Mais avant d'avoir pu prendre position, le roi Ghazi Ier est tué le dans un accident d'automobile. Son fils Fayçal II, âgé de quatre ans, lui succède : Abdul Illah (Abdelilah ben Ali el-Hachemi), oncle du nouveau roi, assure la régence et ne manifeste pas d'intention de s'opposer à la politique pro-britannique de Nouri Saïd.

Seconde Guerre mondiale et coup d'État de 1941

Avec le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, l'Irak suit sa politique d'alliance avec le Royaume-Uni et rompt ses relations avec l'Allemagne nazie. Mais Nouri Said, soupçonné d'implication dans un scandale politique, doit démissionner le . Rachid Ali al-Gillani redevient premier ministre et, en désaccord avec le régent, oriente la politique du royaume vers la neutralité, puis vers un rapprochement avec l'Axe, qui se présente dans sa propagande comme le libérateur des peuples arabes[16]. Une crise politique majeure éclate à la fin 1940, le régent se retirant dans une base britannique d'Habbaniyah pour protester contre la politique du gouvernement. Rachid Ali al-Gillani se retire alors du gouvernement, pour mieux préparer son retour en force, avec le soutien du groupe d'officiers connu sous le nom de Carré d'or : le , le régent, qui avait regagné Bagdad, est déclaré démis de ses fonctions, et doit prendre la fuite. Le Chérif Charaf, parent du roi, est déclaré régent.

La réaction des Alliés est rapide : le , les hostilités sont déclenchées avec le Royaume-Uni : malgré l'appui aérien de la Luftwaffe qui utilise les bases aériennes vichystes en Syrie, la guerre anglo-irakienne tourne rapidement à la déroute pour le régime irakien. Rachid Ali al-Gillani, renversé, doit prendre la fuite. Dans le même temps, entre le , date du cessez-le-feu, et le , date de l'entrée des troupes Alliées, des violences ont lieu contre la communauté juive de Bagdad : un massacre, désigné sous le nom de Farhoud, fait environ 180 morts entre le 1er et le . Jamil al-Midfai revient au pouvoir, mais est vite évincé par Nouri Saïd, qui organise la répression avec l'aide des Britanniques[17].Le régent Abdul Illah est restauré dans ses fonctions. L'Irak sert par la suite de base pour des attaques alliées contre le mandat de Syrie (sous contrôle de la France de Vichy) et pour soutenir l'invasion anglo-soviétique de l'Iran, les troupes britanniques occupant l'Irak jusqu'en 1945. En 1943, le royaume hachémite signe la déclaration des Nations unies, faisant partie des nations fondatrices de l'ONU deux ans plus tard[18].

Entre 1943 et 1945, le dirigeant kurde Mustafa Barzani mène une rébellion contre le gouvernement central de Bagdad. Après l'échec du soulèvement, Barzani et ses partisans se réfugient en Iran, d'où ils s'allient avec Qazi Mohammad, chef de la république de Mahabad, qu'ils aident dans sa tentative sécessionniste contre le pouvoir de Téhéran en 1946-1947. Après l'échec du soulèvement en 1947, Barzini revient en Irak puis gagne l'Union soviétique[19].

Après-guerre : vers un leadership arabe ?

La guerre a laissé des traces en Irak, notamment le renforcement d’un sentiment populaire nationaliste arabe. Une partie de la population a été sensible au discours pro-nazi de Rachid Ali al-Gilani, qui incitait les Irakiens à se révolter contre les Britanniques, présentant cela comme une lutte contre l’impérialisme[20]. Les Britanniques prennent acte de la montée de ce sentiment[21], et le secrétaire d'État britannique aux Affaires étrangères, Anthony Eden, exprime officiellement le soutien du Royaume-Uni au renforcement des liens panarabes dans le but d'apaiser les sentiments antibritanniques de la région[21]. Ce qui favorise déjà la création, en 1942, en Égypte, du Club de l'Union Arabe, destiné à développer de liens plus étroits entre les pays arabes (sous l'égide de l'Égypte) et dont une antenne est ouverte à Bagdad. Le Premier ministre égyptien Moustapha el-Nahas Pacha adopte le programme de l'organisation : elle s'engage à défendre les intérêts et les droits des nations arabes sœurs et à examiner la question de l'unité arabe[20].

Le projet d'Union du Croissant Fertile défendu par Nouri Saïd.

Une rivalité pour le leadership du monde arabe se développe rapidement entre les élites politiques irakiennes et égyptiennes. Méfiant à l'égard du soutien affiché par Eden au renforcement au Club de l'Union Arabe, le Premier ministre irakien Nouri Saïd propose en janvier 1943 son propre projet d'unité arabe : « l'Union du croissant fertile ». Ce plan vise à reconnaître les liens linguistiques, culturels et économiques unissant les États de la région du croissant fertile tout en tenant compte des différences entre les populations. Il prévoit aussi des modifications territoriales avec la fusion progressive des États concernés : La première phase suppose l'union de la Syrie de la Transjordanie, de la Palestine et du Liban, avec la mise en place d'une autonomie limitée pour les juifs de Palestine et de droits spécifiques pour les chrétiens du Liban[20]. Par la suite cet ensemble levantin et l'Irak doivent former une Ligue Arabe, ouverte à l'adhésion des autres États arabes, chargée de gérer la défense, la politique étrangère, les douanes, la monnaie et la protection des minorités. Cette proposition révèle de multiples intérêts : les ambitions expansionnistes des Hachémites, la volonté des dirigeants irakiens d'assurer leur leadership sur le monde arabe face à l'Égypte, ainsi qu'une adhésion sincère de ces derniers à l'unité arabe[20]

Quatre dirigeants arabes lors de la conférence d'Anshas en 1946 : le prince héritier Saoud d'Arabie saoudite, Farouk d'Égypte et du Soudan, Abdallah Ier de Jordanie et le régent Abd el-Ilah d'Irak.

Cependant les autres pays finissent par préférer le leadership égyptien : les efforts de mobilisation de l'égyptien Pacha sont plus convaincantes que la proposition de Nouri Saïd concernant le croissant fertile[20]. Et cela pour plusieurs raisons : l'hostilité manifestée de la famille royale saoudienne au leadership de ses anciens ennemis[22], mais aussi la méfiance de la classe politique damascène à l'égard des ambitions de leadership de la famille hachémite, ainsi que la conviction des les chrétiens maronites du Liban que le plan égyptien n'exigerait pas de renoncer à une indépendance future, à la différence du projet irakien. Du reste des discussions privées semblent révéler que Nouri Saïd ait voulu ressusciter le royaume arabe de Syrie dirigé par le premier roi d'Irak Fayçal Ier, dont il avait été proche, en faveur du prince héritier et ancien régent de l'Irak Abdelilah. Le projet se heurte essentiellement à la méfiance des Saoudiens et des Syriens[23]. Car même si elle avait réservé un accueil triomphal à Fayçal Ier, la Syrie a beaucoup changé depuis 1920 et les élites politiques sont désormais attachées à leur indépendance, ce qu'affirme Abdelilah qui décline l'offre. De plus le roi Ibn Saoud craint que ce plan n'étende l'influence hachémite aux dépens de l'Arabie saoudite[24]. Nouri suggère par la suite que l'Arabie saoudite rejoigne l'Irak et une Syrie unifiée en tant que 3e membre fondateur de la Fédération Arabe envisagée, le roi saoudien décline l'offre[23] ouvrant lui aussi la voie à la concrétisation du projet égyptien. Ainsi, en 1944, le royaume d'Irak signe le protocole d'Alexandrie avec les dirigeants de la Syrie, de l'Arabie saoudite, du Liban, de la Transjordanie, du Yémen, et les représentants de la Communauté palestinienne arabe[20]. L'année suivante l'Irak fonde la Ligue arabe avec l'Égypte, le Liban, la Syrie, l'Arabie saoudite, le Yémen et la Transjordanie[25].

Succession de crises

En 1948, l'Irak fait partie de la coalition arabe qui déclare la guerre à l'État d'Israël récemment proclamé, et participe à son invasion en mai 1948. Après la fin de la guerre en 1949, le royaume d'Irak est le seul pays arabe à ne pas signer d'accord de cessez-le-feu avec Israël, et les deux pays sont techniquement en état de guerre permanent depuis 1948[26]. En 1948, le traité anglo-irakien de 1930 est reconduit par le traité de Portsmouth ce qui prolonge l'influence britannique en Irak et est vu comme un nouvel échec dans la politique d'indépendance de l'Irak.

En Irak, ces échecs successifs (marginalisation au sein de leadership du monde arabe, défaite lors de la guerre israélo-arabe, reconduction du traité anglo-irakien...) minent la crédibilité du nationalisme arabe prônée par la monarchie, idéologie héritée de la Première Guerre mondiale, et qui apparaît inefficace et dépassée. D'autant que ses objectifs restent flous avec l'éclatement désormais consacré du territoire arabe.

Le roi Fayçal II lors de l'inauguration annuelle du Parlement en décembre 1956.

Lors des élections parlementaires de 1947, le gouvernement et la monarchie hachémite sont accusées par cinq partis d'opposition – les Libéraux, l'Union nationale, la Libération nationale, le Parti communiste irakien et le Parti populaire – d'interférer dans le jeu démocratique ; les élections sont effectivement gagnées par des candidats favorables au gouvernement[27]. Le mécontentement des nationalistes va grandissant et, le , des émeutes ont lieu à Bagdad pour réclamer l'abrogation du pacte anglo-irakien, ans le contexte qui a vu en juillet précédent la prise de pouvoir des officiers libres en Égypte et le retour aux affaires de Mohammad Mossadegh en Iran.

La situation politique dans le royaume est particulièrement tendue au début des années 1950, alors que le roi Fayçal II accède à la majorité. Moins de 15 % des inscrits participent aux élections législatives de 1953. Les élections parlementaires, bien que considérées comme plus libres[27], de 1953, de juin et de septembre 1954 sont remportées par le Parti de l'Union Constitutionnel, dirigé par Nouri Saïd. Les élections de 1958 (les dernières que connaîtra l'Irak avant 1980) sont boycottés par les mouvements nationalistes, notamment l'important Front d'union nationale, coalition du Parti Baas irakien, le Parti communiste irakien, le Parti de l'indépendance de l'Irak, le Parti national démocratique et plus tard le Parti démocratique du Kurdistan[28].

La signature du pacte de Bagdad, en 1955, provoque le mécontentement de la population[29]. L'opposition réclame essentiellement la proclamation des libertés constitutionnelles et la lutte contre l'influence étrangère. Fin 1956, après la crise du canal de Suez, où le panarabisme du général Nasser fait plier l'Occident et semble avoir pris la relève du nationalisme arabe, des émeutes menées par les communistes et les nationalistes éclatent, faisant deux morts[30]. L'Irak demeure un pilier du pacte de Bagdad : à l'union de l'Egypte et de la Syrie au sein de la République arabe unie, le pays réplique en février 1958 par une union avec la Jordanie au sein de la fédération arabe d'Irak et de Jordanie, qui reprend partiellement le projet imaginé par Nouri Saïd en 1942.

Coup d'État de 1958 et fin de la monarchie

Le mécontentement conjoint des communistes et des baasistes aboutit à un coup de force de l'armée, menée notamment par les officiers Abdul Karim Qasim (communiste), Ahmad Hasan al-Bakr et Abdel Salam Aref (nationalistes). Le , les troupes pénètrent dans Bagdad, et le palais royal est pris d'assaut. Le roi Fayçal II est mitraillé par les soldats ; une grande partie de la famille royale étant également massacrée. Nouri Saïd et Abdul Illah sont également tués, et leurs cadavres traînés dans les rues de Bagdad[31]. La « république d'Irak », qui se retire de la Fédération arabe d'Irak et de Jordanie, est proclamée : Najib el-Rubai devient président et Abdul Karim Qasim premier ministre.

Démographie

En 1920, la population était estimée à 3 millions d'habitants ; les principaux groupes ethniques étaient les Arabes, les Kurdes, les Assyriens et les Turkmènes, aux côtés de minorités perses, yézidies, juives, mandéennes, chabaks, arméniennes et kawliyah. Sous la monarchie hachémite irakienne, la population arabe a commencé à croître au détriment des autres groupes ethniques, en raison tant d'un taux de natalité plus élevé que de politiques gouvernementales favorisant la minorité arabe sunnite par rapport aux autres groupes ethniques et religieux. La population du royaume s'élevait à 2,8 millions d'habitants en 1928[32].

En 1955, la population irakienne atteignait 6,5 millions d'habitants. Ce chiffre fait suite au départ de la majeure partie de la population juive du royaume d'Irak lors de l'opération Ezra et Néhémie (environ 130 000 personnes) en 1951-1952.

Image et héritage

La statue du roi Fayçal Ier, sur la place du même nom, dans les années 1950.

Tout au long de son existence, le pays connait plusieurs périodes de troubles internes, démographiques et politiques. L'instauration de la dynastie hachémite, de confession sunnite, engendre des troubles avec la majorité chiite du pays, mais aussi avec les minorités assyriennes et yézidies. Du reste la monarchie et la classe dirigeante sont contestés en raison des nombreuses ingérences occidentales, notamment Britanniques, tandis que l'instabilité politique est grande, le pays connaissant sept coups d'État entre 1936 et 1941, dont ceux de Bakr Sidqi et de Rachid Ali al-Gilani[33].

La même statue en 2008.

Si au moment de son renversement, la monarchie hachémite est largement discréditée, son bilan est par la suite réévalué, car elle incarne la plus longue période de stabilité de l'histoire du pays[34]. En effet, dans les années 2010, aux yeux de certains Irakiens, y compris ceux issus de générations nées bien après sa chute, la monarchie hachémite paraît être une sorte « d'âge d'or », révéré avec nostalgie. Un sentiment essentiellement lié au fait qu'après le coup d'État de 1958, le pays n'aie connu qu'une successions de dictatures répressives, de coups d'États, de guerres et d'occupations étrangères. Aux yeux du professeur d'histoire Saad Mohsen de l'université de Bagdad, « L’Irak était alors plus démocratique et plus net qu’aujourd’hui. Nous étions loin du sang et des combats que nous avons connus ». Si des Iraniens estiment que le coup d'État de 1958 fut le début d'une descente aux enfers, d'autres pensent au contraire que ce phénomène est le fait d'une lassitude de la part de la population à l'égard de la situation actuelle, et tient plus d'une vision idéalisée de la royauté hachémite que de la réalité de ce qu'elle fut[35].

Impopulaires en Irak, les monarques étaient perçus comme des « gouverneurs d'une colonie britannique » et, pour de nombreux Irakiens, acquis aux idées panarabes et influencés par les idées de l'Égyptien Nasser.[réf. nécessaire] L'indépendance du pays ne remontait pas à 1921 ou 1932, mais à 1958, avec le coup d'État qui contribua à abolir la monarchie en Irak et placer des Irakiens au pouvoir.[non neutre] De même, la dynastie Hachémite était d'origine étrangère, et la population Irakienne ne fut pas consultée en 1921 et 1932, si elle souhaitait une monarchie, ou une république, le modèle monarchique étant imposé.[style à revoir]

La monarchie, particulièrement impopulaire en Irak, était considérée comme une sorte de colonisation déguisée des Britanniques, d'autant plus que le souverain était d'origine étrangère, alors que les Irakiens plus ou moins nationalistes Pan-Arabes sont plutôt favorables à des dirigeants locaux. Plus grave : en 1921, quand le pays fut placé sous mandat britannique, la monarchie fut imposée comme futur modèle politique aux Irakiens, sans consulter le peuple, l'opinion publique, ainsi que les groupes ethniques et religieux. Un modèle républicain pour le pays ne fut même pas abordé. Ainsi, par exemple, la monarchie était sunnite, en un pays où les Chiites étaient peut-être majoritaires en 1932.[style à revoir] Ainsi le coup de force du 14 juillet 1958 est vu comme la véritable date de l'indépendance du pays. Dans le même temps, le Koweït, pays voisin est considéré comme une création pure des Britanniques, de nombreux Irakiens voyant ce pays souverain comme une simple province de l'Irak, ce qui conduira au conflit de la guerre du Golfe de 1990-1991. En 1936, la France, qui avait sous tutelle la Syrie et le Liban, acceptera facilement un modèle républicain pour ces deux pays, alors que les Britanniques maintenaient la monarchie, pour la Jordanie, et l'Irak.[non neutre]

Les Britanniques vont attendre jusqu'en 1961 pour accorder enfin l'indépendance du Koweït, sans rattacher ce protectorat à l'Irak post-révolutionnaire. L' ONU suivra la même position que les Britanniques, en acceptant en son sein cet état nouveau venu.[Interprétation personnelle ?]

Notes et références

Voir aussi

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