Monts des Nemencha

chaîne de montagnes en Algérie From Wikipedia, the free encyclopedia

Les monts des Nemencha, aussi appelés monts des Nemetcha ou Nememcha, sont une chaîne montagneuse d'Algérie située à l'Est du pays et constituant une partie de l'Atlas saharien. Voisins du massif de l'Aurès, ils sont habités par la confédération tribale chaouie homonyme.

Faits en bref Géographie, Altitude ...
Monts des Nemencha
Localisation des monts des Nemencha en Algérie
Localisation des monts des Nemencha en Algérie
Géographie
Altitude 1 712 m, djebel Dokhana
Massif Atlas saharien
Administration
Pays Drapeau de l'Algérie Algérie
Wilayas Tébessa, Khenchela
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Toponymie

Le terme Nemencha, parfois transcrit Nementchas, désigne à la fois cet ensemble géographique et une confédération tribale berbère chaouie[1].

Géographie

Carte topographique des monts des Nemencha.

Les monts des Nemencha font partie de l'Atlas saharien[1]. Ils sont situés entre le massif de l'Aurès à l'ouest et les monts de Tébessa au nord-est[2]. Ils constituent un ensemble de plateaux dominant le Sahara et séparés par d'immenses dépressions[2]. La rivière Mellagou (oued el-Arab) délimite la frontière naturelle avec le massif de l'Aurès[1]. Toutefois, cette limite est arbitraire, les deux ensembles sont les parties les plus massives de l'Atlas saharien. Les monts des Nemencha s'étendent à l'est, jusqu'à la frontière tunisienne[3].

Les monts des Nemencha sont creusés de gorges profondes et présentent localement un paysage de causses. Les plis sont plus lâches. Le djebel Dokhana culmine à 1 712 m, le djebel Foua atteint presque 1 500 m et le djebel Onk 1 338 m. Au sud, des couches calcaires faiblement ondulées forment un plateau qui plonge rapidement sous les alluvions du Sahara[1]. Le relief est vallonné au nord, et tabulaire au sud, ouvert sur des plaines marécageuses[4].

Les monts de Nemencha sont peu boisés, et couverts principalement par la steppe. Toutefois, le climat est semi-aride à hiver froid, avec des précipitations moyennes annuelles de 256 mm. Elles atteindraient, sur les plus hauts sommets, 550 mm au nord et 350 à 450 mm au sud-ouest[5].

L'absence de forêt ne peut pas résulter de facteurs naturels seuls, même compte tenu de la tendance à l'aridification du climat, mais également à l'action humaine notamment durant la période romaine, qui a conduit à une forte érosion des sols qui a empêché le développement des arbres[5]. La faune est également pauvre, elle compte principalement des mouflons, des gazelles transhumants, des vautours blancs, des aigles et des milans[5].

Histoire

Préhistoire

Les monts des Nemencha ont livré une documentation préhistorique allant du Paléolithique à la période protohistorique[6]. Colette Roubet signale notamment l’Acheuléen d’El Ma Labiodh et l’Atérien de Bir el-Ater, ce dernier ayant donné son nom au faciès atérien[4],[7].

Roubet rattache aussi les Nemencha et l’Aurès aux transformations de l’Holocène dans le Maghreb oriental atlasique. Elle évoque le Capsien, la néolithisation du massif et le passage progressif de groupes de chasseurs à des formes de pastoralisme[8].

Antiquité

Densité et distribution des ruines antiques dans les monts des Nemencha.

Les travaux récents emploient des graphies variables du nom du massif : « Némemcha », « Nemencha » ou « Nememcha »[9],[10].

Philippe Leveau indique que, sous l’Empire romain, les monts des Nememcha relevaient pour les deux tiers de la Numidie et, pour le tiers restant, des territoires de Theveste et de Thelepte. Il signale aussi des routes longeant le versant méridional présaharien du massif, en relation avec le limes Tripolitanus et le sud de l’Aurès[11].

Pol Trousset situe en 104-105 une étape importante de l’extension du dispositif romain vers le Sahara : le limes débordait alors le bloc de l’Aurès et des Nemencha avec la création du camp des Maiores Nigrenses et d’une rocade reliant ce camp à Thabudeos par Ad Medias[10]. Les ruines de Besseriani (Ad Majores), au sud de l’oasis de Negrine, correspondent à un camp romain entouré d’une agglomération ; Trousset date la construction du camp de 104 ou 105, sous Trajan[12]. Jean-Pierre Laporte rappelle de son côté la position de Nigrenses Maiores au débouché du couloir de Bir el-Ater et au croisement de plusieurs pistes[13].

La station antique de Badias (Badès), mentionnée sur l’itinéraire entre Ad Medias et Thabudeos, s’inscrivait dans ce réseau du piémont saharien[14]. Leveau souligne par ailleurs que l’histoire antique des Nememcha ne se réduit pas à l’image d’une simple conquête agricole romaine d’espaces nomades ; il met en avant la diversité des situations régionales, la maîtrise de techniques hydrauliques dans les marges présahariennes et la présence de grands domaines[15].

Leveau écrit aussi que la partie des Nememcha située en Byzacène relevait probablement du territoire de Thelepte ; c’est de ce secteur que proviennent les tablettes Albertini. Il relève en outre une diminution de la densité des sites antiques vers le sud, en relation avec l’aridité croissante des marges présahariennes[16]. La documentation tardo-antique de la région comprend aussi des ostraca d’époques vandale et byzantine[11].

Le rapprochement entre les Nememcha antiques et les Musulames reste discuté. Philippe Leveau juge plus prudent, en l’état de la documentation, de limiter le territoire des Musulames au bassin de l’oued Mellègue, au nord de Theveste[17]. La portée exacte de la présence byzantine au sud de l’Aurès demeure discutée. Pierre Morizot a jugé fragiles plusieurs arguments avancés en ce sens ; il estimait une telle présence possible, sans la tenir pour démontrée de manière décisive[18].

Jean-Pierre Laporte signale enfin plusieurs « bâtiments à auges » dans la région de Tébessa et des Nemencha. Longtemps confondus avec des basiliques chrétiennes en raison du plan basilical de certains d’entre eux, ils sont aujourd’hui traités comme une catégorie particulière d’édifices de l’Antiquité tardive[19]. Laporte en recense notamment à Henchir Faraoun, Oued el Louz, Tébessa Khalia, Henchir Derirat, Henchir Touta, Henchir el Abiod et Henchir el Adjeje[20].

Populations

Tapis des Nemencha.

Les monts font partie du « pays Nememcha », quadrilatère enfermé entre Tébessa, Bir el Ater, Khenchela et Khenguet Sidi Nadji, qui est le domaine des Nemencha, confédération de tribus pastorales et berbérophones[21], appartenant aux Chaouis[1].

En géographie humaine, les Nemencha ont été peu étudiées[5]. Les nomades se sont progressivement sédentarisés pendant le XXe siècle. Ce mouvement de fixation s’est accéléré pendant la guerre d'Algérie, par la création de certains villages de regroupement[1].

La société est encore marquée par le mode de vie agropastorale, même s'il a subi des mutations considérables[1]. Les populations utilisent le piémont saharien en hiver, les hauteurs (1 000 m) en été ; au printemps, les troupeaux remontent lentement pour profiter des jeunes steppes des contreforts montagneux. Cette achaba (transhumance) entre haut et bas pays met chaque année en mouvement plusieurs centaines de milliers de têtes[21].

Le parler des Nemencha représente l'extension orientale des parlers chaoui. Il est en contact direct avec les parlers arabes bédouins[1].

Références

Articles connexes

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