Moratoire français de 2021 sur la recherche sur les prions
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[[Moratoire français de 2021 sur la recherche sur les prions]] dans les articles relatifs au sujet.Le moratoire français de 2021 sur la recherche sur les prions était un moratoire de trois mois sur les recherches sur les prions en France. Ce moratoire a été annoncé en par plusieurs instituts de recherche publique après le diagnostic de la variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob chez une technicienne de recherche retraitée et deux ans après le décès d'Émilie Jaumain Houel, des suites de cette même maladie contractée lors d'un accident de laboratoire[1],[2].
En , Émilie Jaumain, une technicienne de recherche contractuelle de 24 ans travaillant dans l'unité de virologie et d'immunologie moléculaire de l'Institut national de la recherche agronomique à Jouy-en-Josas s'est accidentellement piquée le pouce avec une pince contaminée en nettoyant un cryostat contenant des cerveaux congelés de souris transgéniques surexprimant la protéine prion humaine et au stade terminal de la maladie. Comme son employeur ne lui avait pas fourni de gants anti-coupures mais de simples gants en latex, la pince, piquante, lui a coupé la peau[3].
En 2017, Emilie Jaumain a commencé à présenter plusieurs symptômes neurologiques. Début 2019, on lui a diagnostiqué la variante de la maladie de Creutzfeldt-Jakob (vMCJ), causée par des prions. Elle est décédée trois mois après le diagnostic, après des mois de souffrances indicibles et moins de dix ans après l'accident. Une étude de cas publiée en 2020 dans le New England Journal of Medicine a conclu que toute autre voie de contamination que son accident du travail présentait un risque négligeable ou inexistant, et qu'il était nécessaire d'améliorer la prévention de la transmission des prions humains ou transmissibles à l'humain en laboratoire et en neurochirurgie[4].
Après son décès, sa famille a annoncé son intention de poursuivre l'INRAE pour négligence et homicide involontaire. La plainte indiquait qu'elle n'avait pas reçu de formation adéquate à la manipulation des prions, qu'elle n'avait pas été équipée de gants anti-coupures et qu'elle avait dû attendre vingt minutes avant de recevoir les soins de décontamination nécessaires suite à sa blessure[5]. Une inspection interministérielle menée en 2020 sur les conditions de sécurité dans la recherche sur les prions en France a conclu que les laboratoires français respectaient la réglementation en vigueur, mais qu'il y avait une large marge de progrès. Le rapport a ainsi révélé qu'au moins 17 accidents de laboratoire avaient été recensés au cours des dix dernières années, dont cinq impliquaient des agents blessés par des lames contaminées. Au moins un de ces accidents s'est produit dans le même laboratoire où travaillait Emilie Jaumain, en 2005[6]. Suite au diagnostic d'Emilie Jaumain, plusieurs laboratoires en France ont renforcé leurs mesures de sécurité, notamment en adoptant l'utilisation de scalpels en plastique[7]. Cependant, les sept recommandations formulées dans le rapport pour améliorer la sécurité sont restées largement lettre morte dans le laboratoire où Emilie Jaumain a été contaminée [8],[9].
En , le président d’INRAE, Philippe Mauguin, a déclaré: « Nous reconnaissons, sans ambiguïté, l’hypothèse d’une corrélation entre l’accident d’Émilie Jaumain-Houel… et son infection par le vMCJ. » [10] Cependant, ce n’est qu’en que ce lien de causalité a finalement été officiellement reconnu par l’institut [11], après un second décès, une forte mobilisation médiatique et associative, et près de deux ans après la publication du rapport de cas dans le NEJM, qui jugeait la probabilité d’une contamination par d’autres moyens « négligeable, voire inexistante » [12].
À l’heure actuelle, l’institut INRAE, où Emilie Jaumain et Pierrette C. ont été contaminées au travail par le vMCJ[13], ne reconnaît toujours pas les manquements à la sécurité qui ont conduit à ces tragédies[9].
Moratoire de 2021
En , un deuxième cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob parmi chez une ancienne technicienne de recherche d'INRAE a été annoncé[14]. En réaction, cinq organismes publics de recherche français ont annoncé un moratoire de trois mois sur les recherches sur les prions. Cette déclaration, soutenue par le gouvernement français, a été signée par l'Inserm, l'INRAE, le Centre national de la recherche scientifique (CNRS), le Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA) et l'Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail (ANSES)[15].
Ce moratoire a été levé en dans les laboratoires de recherche sur les prions d'INRAE [16], où deux techniciens de recherche avaient été infectés au travail, tandis qu'il restait en vigueur dans d'autres instituts. De sérieux doutes subsistent quant à la sécurité du personnel et à la capacité et la volonté des ministères responsables de cet institut de garantir cette sécurité [9]. L'inquiétude de la communauté scientifique et technique est exacerbée par le décès d'un chercheur espagnol spécialiste des prions, des suites de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, révélé par El País après des mois de silence de la part de l'université où il travaillait et où il avait exposé le personnel à ce risque[17].
Références
- ↑ Pascariello, « Creutzfeldt-Jakob : l'Inrae freine l'expertise judiciaire sur le décès d'une de ses laborantines », Mediapart,
- ↑ « Les laboratoires publics français suspendent leurs travaux sur les prions en raison d'une suspicion de cas de maladie de Creutzfeldt-Jakob », Le Monde, (lire en ligne)
- ↑ « Une jeune chercheuse de l'Inra meurt après avoir contracté la maladie de la vache folle », TF1 INFO, (consulté le )
- ↑ Brandel, Vlaicu, Culeux et Belondrade, « Variant Creutzfeldt–Jakob Disease Diagnosed 7.5 Years after Occupational Exposure », New England Journal of Medicine, vol. 383, no 1, , p. 83–85 (PMID 32609989, DOI 10.1056/NEJMc2000687)
- ↑ « Une chercheuse de l'INRA meurt après avoir contracté la maladie de Creutzfeldt-Jakob », BFMTV
- ↑ « Sécurité dans les laboratoires de recherche sur les prions infectieux », Ministère de l'Education Nationale de la Jeunesse et des Sports
- ↑ « Pourquoi les labos français stoppent leurs recherches sur les mystérieux prions ? », Vice.com,
- ↑ « Creutzfeldt-Jakob : le décès à Toulouse qui bouleverse la recherche et inquiète les laboratoires », ladepeche.fr (consulté le )
- 1 2 3 Hervé Morin, « Maladies à prions : après le décès de plusieurs chercheurs, la sécurité des laboratoires en question », Le Monde, (lire en ligne, consulté le )
- ↑ Casassus, « France issues moratorium on prion research after fatal brain disease strikes two lab workers », Science, (DOI 10.1126/science.abl6587, lire en ligne
) - ↑ « Toulouse. Morte de la maladie de Creutzfeldt-Jakob, l'ex-chercheuse de l'INRAE a été contaminée au labo », actu.fr, (consulté le )
- ↑ Brandel, Vlaicu, Culeux et Belondrade, « Variant Creutzfeldt–Jakob Disease Diagnosed 7.5 Years after Occupational Exposure », New England Journal of Medicine, vol. 383, no 1, , p. 83–85 (ISSN 0028-4793, DOI 10.1056/NEJMc2000687, lire en ligne)
- ↑ La-Croix.com, « Recherche sur les prions, la sécurité des laboratoires français mise en cause », sur La Croix, (consulté le )
- ↑ « A Second Person in France May Have Caught Deadly Prion Disease From Lab Exposure », Gizmodo,
- ↑ « Suspension provisoire des travaux sur les prions dans les laboratoires de recherche publics français », INRAE Institutionnel
- ↑ « Reprise partielle des travaux de recherche relatifs aux maladies à prions au sein d’INRAE | INRAE », www.inrae.fr (consulté le )
- ↑ (en-US) Ansede, « An investigation has been opened into the death of a scientist who was studying a transmissible and deadly disease in Spain », EL PAÍS English, (consulté le )