Morbidezza (musique)

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Morbidezza est un terme italien signifiant « douceur, souplesse, délicatesse »[1] utilisé dans le domaine de la musique vocale et de l'art lyrique pour qualifier le chant et la voix[2] de cantatrices et chanteurs d'opéra dans l'art du bel canto.

Dans le domaine de la musique instrumentale, con morbidezza est une indication portée sur une partition par le compositeur pour préciser le caractère que les interprètes doivent donner à l'œuvre.

« Morbidezza » vient de l'adjectif italien morbido, qui se traduit par « moelleux, mou, soyeux, doux »[1] lorsqu'il s'applique à des matériaux, des objets, des étoffes, des pâtisseries, etc., ou aussi par « délicat, tendre » pour qualifier un sentiment ou une atmosphère[1]. Il a donc une signification très différente de son faux-ami français « morbide », qui se rapporte à la maladie, ou évoque un caractère excessivement tourné vers la mort, malsain ou pervers. L'adverbe « morbidamente », à ne pas assimiler à « morbidement », se traduit par « doucement »[1], « délicatement, mollement »[3].

Déjà utilisé par Diderot en 1771[4], le terme français « morbidesse », que Louis-Sébastien Mercier, dans son dictionnaire de néologismes de 1801, définissait par « suavité, douceur, délicatesse »[5], est devenu assez courant dans la deuxième moitié du XIXe siècle[6],[7],[8]. En raison de son analogie avec « morbidité »[a], l'étymologie populaire et le décadentisme fin-de-siècle[b] ont ajouté à morbidesse les notions de maladie et de mélancolie, ou de caractère efféminé, ou encore malsain, dépravé[9],[10],[11], qui sont venues un temps contaminer la définition musicale de morbidezza[12].

« Morbidesse » étant tombé en désuétude, c'est le terme italien « morbidezza » avec son sens de « douceur » et « souplesse » qui est désormais employé par les lexicologues, les lexicographes, les musicographes, les chroniqueurs et les critiques musicaux spécialisés dans le domaine de l'opéra, en France[13],[2],[14],[15],[16],[17] comme dans le reste du monde occidental[18].

Montserrat Caballé, 1969

Opéra

Le chant sur le souffle[19], la souplesse de la ligne de chant, le legato, l'homogénéité du timbre sur l'ensemble de la tessiture, les nuances de colorations et de dynamique sont les éléments constitutifs de la morbidezza, ceux qui lui confèrent son charme expressif[16],[15],[20]. Pour Alain Duault, « la morbidezza implique une idée de moelleux et de souplesse. L'interprète qui chante « con morbidezza » chante donc avec une sorte de mollesse nonchalante et charmeuse qui est typique du bel canto »[17].

Ce sont les rôles de soprano lyrique, mezzo-soprano lyrique, ténor lyrique léger et tenore di grazia qui sont les plus aptes à faire valoir cette morbidezza. Elle est perçue comme un idéal de beauté vocale, mais sans aucunement être essentielle pour l'expressivité. Beaucoup d'interprètes illustres, tels Maria Callas ou Franco Corelli, ne la possédaient pas, ou ne la recherchaient pas. Dans le passé, Tito Schipa[21], Benjamino Gigli[16], Renata Tebaldi[22], Carlo Bergonzi[23],[24], Alfredo Kraus[25], Montserrat Caballé[16], Luciano Pavarotti[26] et Mirella Freni[27] ont été particulièrement admirés pour la morbidezza de leur chant et de leur voix. Au XXIe siècle, Juan Diego Flórez est également loué pour cette qualité[16],[28]. C'est dans le répertoire de l'opéra italien que cette morbidezza trouve son terrain d'élection, particulièrement dans le bel canto, avec les œuvres de Rossini, Bellini et Donizetti, et aussi de Mozart, Verdi ou Puccini.

Musique orchestrale et instrumentale

Articles connexes

Notes et références

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