Mossadeghisme

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Le mossadeghisme est une doctrine politique et un ensemble de mesures soutenues par Mohammad Mossadegh, Premier ministre iranien démocratiquement élu de 1951 à 1953. Cette politique, qui mêle nationalisme iranien et démocratie constitutionnelle, visait à garantir la souveraineté et l'indépendance économique de l'Iran après l'occupation anglo-soviétique de 1941-1946. Cet objectif devait être atteint grâce à diverses mesures, notamment la nationalisation, en 1951, des vastes ressources naturelles détenues par l'Anglo-Iranian Oil Company (AIOC), compagnie pétrolière britannique.

Doctrine

Autodétermination économique

Mossadegh était convaincu qu'une véritable indépendance politique était impossible sans indépendance économique. La loi de nationalisation de 1951 concrétisait ce principe, rejetant le système de concessions qui, historiquement, avait profité aux puissances étrangères au détriment de l'État iranien.

Anti-impérialisme et non-alignement

Le mosaddeghisme était un puissant mouvement anti-impérialiste dont l'objectif principal était d'éliminer l'influence omniprésente de la Grande-Bretagne et, plus tard, de résister aux pressions des États-Unis et de l'Union soviétique au début de la guerre froide. Il poursuivait une politique d'« équilibre négatif », c'est-à-dire que l'Iran refusait de faire des concessions à toutes les puissances étrangères plutôt que de maintenir un équilibre entre les concessions des puissances rivales[1].

Réforme sociale et justice

Cette idéologie intégrait des éléments de social-démocratie. Les réformes de Mossadegh comprenaient des mesures de protection des ouvriers, la mise en place d'une assurance chômage obligatoire et le transfert de terres du domaine du Shah au domaine public afin d'améliorer les conditions de vie des agriculteurs. Ces réformes visaient à instaurer une répartition juste et équitable des richesses nationales générées par l'industrie pétrolière.

Front national

La principale organisation politique qui a propagé et mis en œuvre le mosaddeghisme était le Front national. Fondé en 1949, il s'agissait d'une large coalition qui unissait divers groupes, notamment des démocrates libéraux, des socialistes non-communistes, des conservateurs modérés et des nationalistes laïcs, afin d'atteindre l'objectif commun de la protection de la constitution et de la nationalisation du pétrole[2],[3].

Déclin et héritage

Le mosaddeghisme a été contraint de prendre fin en 1953 par la CIA américaine et le MI6 britannique à la suite du coup d'État iranien de 1953. Son renversement a ramené le shah Mohammad Reza Pahlavi au pouvoir absolu et a mis un terme aux expérimentations progressistes[4],[5].

Un héritage et un impact durables

Le mosaddeghisme demeure l’un des courants politiques les plus importants et les plus influents de l’histoire iranienne moderne[6] :

  • Symboles de résistance : L'image de Mossadegh est devenue un symbole fort de résistance contre la domination étrangère et un martyr de la démocratie iranienne.
  • Activisme après 1953 : les principes du mosaddegisme ont continué à provoquer un mouvement contre le régime du Shah, en particulier contre le Mouvement de libération de l’Iran, l’Iran se considérant comme le successeur du Front national.
  • Impact sur la révolution iranienne : Le mosaddeghisme est une idéologie laïque, mais ses éléments anti-impérialistes, anticolonialistes et de recherche de souveraineté ont influencé la révolution iranienne de 1979.

Critique

Les critiques estiment que le mossadeghisme, en accordant une importance excessive à la lutte contre les étrangers (notamment la contestation de l'Occident) et à la xénophobie pour atteindre les objectifs d'indépendance économique et politique, a de fait marginalisé des domaines plus importants tels que les libertés politiques et sociales en Iran, car le problème fondamental de la société iranienne est la tyrannie et l'absence de véritable démocratie. Ils affirment que le mossadeghisme, en menant des politiques populistes, a instauré un discours qui valorise la confrontation plutôt que le développement et considère l'isolement comme une vertu plutôt que l'interaction, et a affaibli le système légaliste en Iran, conduisant finalement à une inefficacité institutionnelle et à une concentration du pouvoir dans le pays[7],[8].

Les islamistes chiites considéraient Mossadegh et ses partisans comme des « mécréants » et soutenaient le coup d'État de 1953. C'est notamment le cas de Navvab Safavi des Fedayin de l'Islam et de Rouhollah Khomeiny[9].

Références

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