Mural del País Valencià
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Mural del País Valencià (« Fresque du Pays valencien ») est une œuvre poétique de Vicent Andrés Estellés. Il consiste en un vaste chant et un voyage à travers l'histoire, le paysage, les villes, les gens et la culture du peuple valencien. Il se compose de vingt-sept livres, rassemblés en trois ou quatre volumes, totalisant environ 2 000 pages, et a fait l'objet de plusieurs éditions à titre posthume à partir de 1996.
L’idée de cette œuvre a été motivée par le contexte d’espoir de changement existant à la fin du régime franquiste[1]. Ce contexte explique peut-être un changement de ton et l'apparition de la joie dans la poésie d'Estellés[2]. Avec l'amorce de la transition démocratique, Estellés participe à de nombreuses intiatives culturelles qui lui donnent l'occasion de visiter de nombreuses localités dans tout le Pays Valencien[3].
Mural del País Valencià s'inspire du Canto general de Pablo Neruda, œuvre qui rend hommage à l'Amérique latine, et auquel un poème du Mural est dédié. Estellés indique que pendant la rédaction du Mural, il était accompagné d'une coupure de presse de l'écrivain chilien et d'une autre de Charles Baudelaire, le Guernica de Pablo Picasso, l'affiche du Congrès de culture catalane de Joan Miró et du souvenir des fresques de David Alfaro Siqueiros et Diego Rivera[4]. De plus, la visite de nombreuses localités du Pays Valencien pour des hommages ou des récitals, souvent accompagné d'Ovidi Montllor, lui donne l'occasion de mieux connaître les terres valenciennes.

Estellés commence à écrire Mural del País Valencià dans la maison de plage qu'il possédait à El Perelló (Sueca). La plus grande partie de l'œuvre est écrite entre 1974 et 1978 ; le poème « Declaració de principis » (« Déclaration de principes ») est composé en .
Cependant, il publie d'autres recueils de poésie. En 1978, un premier fragment du Mural est publié,« Lletra al pintor valencià Josep Renau » (« Lettre au peintre valencien Josep Renau »), suivis d'autres comme « Document de Morella » (« Document de Morella »), « Poemes preliminars » (« Poèmes préliminaires ») ou « Cants a València » (« Chants à Valence »). Dès 1983, il fait référence au Mural dans le premier des « Poemes preliminars » (« Poèmes préliminaires »)[5] :
«
als cinquanta anys de la meva vida,
quan davallen les aigües, tèrboles, pels espills,
molt modestament inicie aquest cant.
»
«
à cinquante ans de ma vie,
lorsque descendent les eaux, troubles, par les miroirs,
très modestement je commence ce chant.»
Bien qu'il s'agisse d'une œuvre inachevée, le Mural devient l'œuvre la plus ambitieuse et la plus désirée pour Estellés, comme il l'annonce dans la« Declaració de principis » (« Déclaration de principes »)[6] :
«
res no em pot complaure tant com acabar la meua vida,
el meu obscur treball,
enllestint el cant general del meu País,
[...]
tot el que he fet al llarg dels anys
no ha estat altra cosa
que una lenta, amorosa, minuciosa preparació
per aquest moment,
per aquest llibre,
per aquest cant.
»
«
Rien ne peut me plaire tant que finir mes jours,
mon obscur travail,
en achevant le chant général de mon Pays,
[...]
tout ce que j'ai fait au fil des ans
n'a été autre que
qu'une lente, amoureuse, minutieuse préparation
pour ce moment,
pour ce livre,
pour ce chant.»
Ou encore[7] :
«
em permetreu que mire la meua llarga feina de molts anys,
deixant, com el raïm,
els meus molt pobres versos,
fins que ha arribat el dia de la feina major i més bella:
aquest cant general
»
«
Vous me permettrez de regarder ma longue tâche de plusieurs années,
laissant, comme des raisins,
mes très pauvres vers,
jusqu'à ce que soit arrivé le jour de la plus grande et de la plus belle tâche :
ce chant général»
Thématique
On retrouve dans Mural del País Valencià les thèmes habituels de la poésie d'Estellés : l'amour, la mort, le sexe, la faim et la politique. Toutefois, ici, ces thèmes ont comme axe vertébrateur le peuple valencien, qui est décrit et honoré sous différents angles (peinture, musique, littérature, histoire, nature, etc.). Les poèmes de la Declaració de principis constituent un résumé de ce que sera l’œuvre tout entière.
Pour créer cette « fresque » de tout le Pays Valencien, il représente les comarques et les villes. Il consacre des livres entiers à certaines villes comme Alzira, Xàtiva, Elche, Alcoi, Borriana ou Morella ; sur l'ensemble de l'œuvre, Estellés projetait de dédier un poème à chaque ville et village du Pays valencien (comme dans les séries Canten els pobles, Es desperta la terra, Els pobles, Nits del País Valencià, L'amor nocturn o València), mais quelques uns durent rester de côté par manque de temps pour achever le travail[8]. Il décrit les villes et leurs habitants à travers leur vie quotidienne, car l'auteur exalte la vie à travers les choses et les actes les plus humbles.
Le premier volume de Mural del País Valencià commence par sa « Declaració de principis » (« Déclaration de principes »), constituant un résumé de ce que sera l'ensemble de l'œuvre, et traitant de sujets tels que la ville de Valence, Jacques Ier, les rivières, les montagnes, les saints, les traîtres, les fleurs ou les peintres. Le deuxième volume est fait d'allusions à des faits historiques, à des peintres, à Joan Peset, à des anonymes, etc., mais se concentre toutefois principalement sur les localités valenciennes. Le troisième volume comprend des poètes, des hommes politiques, le guerrier de Moixent, les villes et villages, etc.
Dans l'ensemble de l'œuvre, l'écrivain écrit sur une grande variété de personnages, parmi lesquels Jacques Ier, Ausiàs March, le pape Luna, Vicent Peris, Lluís del Milà, Miguel Hernández, Raimon, Isabel de Villena, Melchor Gomis (en), Josep Renau, les agermanats, les maulets, Joan Baptista Peset, Saint Vincent Ferrier, Miquel Grau, etc.[9],[10]
Éditions
Une partie des poèmes inclus dans Mural del País Valencià ont déjà fait l'objet de publications indépendantes du vivant de l'auteur[11], les premiers dès 1978[2].
Estellés a laissé quelques rares notes sur la manière dont l'œuvre devait être présentée[8]. Il a indiqué écrit dans un manuscrit que l'ouvrage devrait être divisé en trois volumes, dont il a donné les noms de deux premiers ; le titre du troisième volume a été choisi par ce dernier, repris d'un des livres. Estellés a également laissé un index basé sur les premiers livres écrits du Mural, où n'apparaissent que la moitié des livres de l'ouvrage définitif. Certains livres apparaissent même dans l'index alors qu'ils n'ont pas été écrits ultérieurement ou n'ont pas été retrouvés. Parmi ceux-ci, certains ont probablement vu leurs titres modifiés, car ils coïncident avec le contenu de certains poèmes inclys. Hormis l'index et les quelques notes qu'il a laissées écrites, les livres qui ne sont pas mentionnés ont été conservés dans l'ordre dans lequel le poète les a laissés et les poèmes individuels ont été inclus dans des livres ayant un thème similaire[8].
La première édition de Mural del País Valencià est publiée par Tres i Quatre en 1996 sous la direction de Jaume Pérez Montaner[12]. Elle se compose de près de deux mille pages[9], structurées en vingt-sept livres, répartis en trois volumes de neuf livres chacun (les deux premiers reprenant les titres indiqués préalablement par Estellés) : « Naixement d'un poble » (« Naissance d'un peuple »), « Un poble en marxa » (« Un peuple en marche ») et « Sentiment de país » (« Sentiment de pays »)[8],[1].
À partir de 2022, une deuxième édition révisée, sous la supervision de différents spécialistes, commence à être publiée, cette fois en quatre volumes, dans le cadre du travail autour de l'« œuvre complète révisée » (OCR) lancée par le même éditeur. Le dernier volume paraît en . Il s'agit du 12e et avant-dernier volume de l'OCR[12],[13],[14].

Style
Estellés se propose d'écrire ce chant avec un style simple afin qu'il puisse atteindre tout le monde. Pour ce faire, en plus de placer nombre de ses poèmes dans des scènes de la vie quotidienne, il utilise également un langage familier. Cependant la langue et le style ne se caractérisent pas seulement par leur langage familier, mais aussi par l'influence de la tradition littéraire d'Ausiàs March, Jordi de Sant Jordi, Roís de Corella, Jaume Roig ou Joanot Martorell, ainsi que d'autres d'auteurs contemporains comme Salvador Espriu. Parmi ces écrivains, se distingue Ausiàs March, la plus grande référence d'Estellés, qui est présent tout au long de son œuvre poétique. Ces écrivains apparaissent eux-mêmes dans certains poèmes, comme mention ou comme protagonistes.
Même en ignorant les poèmes dans lesquels il décrit le paysage, les références aux éléments naturels sont fréquentes dans le Mural, en particulier la terre. La terre n’est pas seulement utilisée comme élément de la nature, mais, par métonymie, elle désigne également le peuple (ou la classe ouvrière) et le pays. Il utilise également d’autres ressources littéraires telles que l’anaphore, l’anachronisme, la métaphore ou l’allégorie. De plus, une recours singulier dont Estellés fait parfois usage est de terminer des poèmes par des vers très abrupts, très directs et avec un langage grossier, en rupture avec le ton construit tout au long du poème.
Marquée par la mort du dictateur Franco et les premières années de la démocratie, le Mural transmet l'optimisme et les espoirs pour l'avenir et qui se reflètent surtout dans le « Llibre del dret a l'alegria » (« Livre du droit à la joie »). Une caractéristique de la poésie d'Estellés est la focalisation descriptive sur de petits détails pour instaurer une ambiance ou mettre en situation des personnages. De nombreux poèmes revendiquent la jouissance des plaisirs terrestres, notamment de la nourriture et du sexe, tandis qu'à l’inverse d’autres décrivent des environnements grotesques ou marginaux.
Bien que Mural del País Valencià inclue certains passages tragiques, ils sont écrits depuis la perspective d'un « moi » patriotique valencien et non d'un « moi » autobiographique comme c'est le cas dans la poésie antérieure d'Estellés[3].