Médiation papale dans le conflit du Beagle

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La médiation papale dans le conflit du Beagle suit l'échec des négociations directes entre l'Argentine et le Chili (en), lorsque, le , la junte argentine lance l'opération Soberanía pour reprendre le cap Horn et les îles accordées au Chili par l'arbitrage concernant le canal de Beagle (en). Peu après cet événement, le pape Jean-Paul II, offre sa médiation et dépêche son envoyé personnel le cardinal Antonio Samorè à Buenos Aires. L'Argentine, pays dont la population est à très forte majorité de religion catholique, acceptant l'autorité du souverain pontife, annule l'opération militaire et accepte la médiation. Le l'Argentine et le Chili signent l'Acte de Montevideo[1] demandant formellement la médiation du Vatican et renonçant à l'usage de la force.

Le médiateur agit pour désamorcer la situation en négociant un accord qui arrête la crise militaire immédiatement. Puis, le Vatican élabore un processus sur six ans permettant aux parties régler des problèmes de plus en plus complexes, comprenant les droits de navigation, la souveraineté sur les îles de l'archipel de Terre de Feu, la délimitation du détroit de Magellan et des frontières maritimes au sud du cap Horn et au-delà.

  • Le Chili considérait alors la Sentence arbitrale de 1977 «…pleinement opérationnelle et obligatoire en droit… » tel que cela avait été confirmé par la Cour d'arbitrage après le refus argentin[2] ;
  • L'Argentine rejette le Compromis d'arbitrage international de que gouvernement d'Alejandro Lanusse avait sollicité en 1971 ;
  • L'Argentine étend ses revendications à tous les territoires au sud de la Terre de Feu et à l'est du méridien traversant le cap Horn. C'est-à-dire que l'Argentine revendiquait l'île Horn, les îles Wollaston, l'île Deceit, l'île Barnevelt, les îles Evout, l'île Herschel, etc.

La mobilisation militaire de 1978 révèle d'autres les questions de relations internationales entre les deux pays qui avaient été auparavant négligés ou ignorés.

Le choix du médiateur

Au début du mois de , l'Argentine et le Chili ne disposaient plus d'aucun mécanisme pour travailler à un règlement pacifique du conflit et la situation commençait à se déstabiliser rapidement. C'est arrivés à ce point, avec des négociations directes au point mort et une décision d'arbitrage refusée par l'Argentine, que le Chili suggéré une médiation. L'Argentine accepte la proposition et les deux ministres des Affaires étrangères acceptent de se rencontrer à Buenos Aires le afin de sélectionner un médiateur ainsi que les termes de lé médiation. Les candidats possibles étaient[3] :

Les ministres tombent d'accord sur le fait que le pape devrait être chargé de la médiation du conflit, mais leur accord s'avère éphémère. Dans la soirée, alors que la délégation chilienne était en train d'étudier les documents en vue de la signature, le ministre argentin appelle le ministre chilien Cubillos pour l'informer que le président Videla, qui avait approuvé leur choix du médiateur, s'était vu retirer son autorité par la junte.

Le , l'Argentine lance l'opération Soberanía afin d'occuper militairement les îles revendiquées. Dans la matinée du , le pape Jean-Paul II, sur sa propre initiative, contacte directement les deux gouvernements pour les informer qu'il allait envoyer son représentant personnel à Buenos Aires et à Santiago du Chili.

L'Acte de Montevideo

À Montevideo, en Uruguay, le , les représentants des deux pays signent l'acte de Montevideo. Par se traité, les parties acceptent :

  • de n'imposer aucune restriction sur la médiation (textuellement : «… à ne pas soulever d'objection à l'expression par le Saint-Siège, au cours de ces procédures, aux idées que ses études approfondies sur un des aspects contestés du problème de la zone sud pourraient lui faire suggérer, en vue de contribuer à un règlement pacifique acceptable pour les deux parties… »)
  • «…Antonio Cardinal Samoré… demanda […] que cette requête [en médiation] soit accompagnée par un engagement que les deux États n'aient pas recours à la force dans leurs relations mutuelles, et à un retour progressif à la situation militaire existante au début de l'année 1977 et qu'ils s'abstiennent d'adopter des mesures susceptibles de rompre l'harmonie dans tout secteur.… ».

Le traité donne au médiateur un cadre général dans lequel négocier sans restrictions géographiques ou temporelles.

Liste des membres de la délégation chilienne à Rome :

  • Patricio Prieto[6]
  • Osvaldo Muñoz[6]
  • Fernando Pérez Egert[7]
  • Maximiliano Jarpa[7]

Liste des membres de la délégation argentine à Rome :

  • Général (R) Ricardo Echeverry Boneo
  • Marcelo Depech
  • Guillermo Moncayo
  • Carlos Ortiz de Rozas
  • Guillermo Moncayo
  • Hugo Gobbi
  • Susana Ruiz

Le principal assistant du cardinal Antonio Samorè était le religieux espagnol Faustino Sainz Muñoz.

Les quatre phases de la médiation

Mark Laudy[8] identifie quatre phases dans cette médiation :

  • La première phase a été la période la plus courte et la plus critique de l'ensemble de la médiation, elle commence avec l'arrivée du cardinal Samorè à Buenos Aires le . Il s'agit alors purement d'une intervention de crise destinée à éviter la guerre et parvenir à mettre les parties d'accord sur le fait de soumettre la question à la médiation. Dans une diplomatie de la navette, Samorè effectue des allers-retours entre Santiago du Chili et Buenos Aires jusqu'à ce que son objectif soit atteint avec la signature de l'acte de Montevideo, le .
  • La deuxième phase se déroule du mois de , moment auquel les délégations argentines et chiliennes arrivent à Rome, jusqu'au mois de , lorsque le pape présenta aux parties sa proposition pour résoudre le conflit. Cette première proposition est rejetée par l'Argentine.
  • La troisième phase, la plus longue, s'étend de début 1981 jusqu'à , et le retour de la démocratie en Argentine, elle est caractérisée par de longues périodes de négociations au point mort. Le développement le plus important au cours de cette période est la répudiation par l'Argentine du Traité général de 1972, les efforts qui s'ensuivirent pour combler le vide juridique résultant de cette répudiation et la guerre des Malouines, qui a ouvert la voie au retour de la démocratie en Argentine
  • La dernière phase débute avec la prise de fonction de Raúl Alfonsín à la présidence de la nation argentine à la fin 1983 et à la signature du traité de Paix et d'Amitié entre l'Argentine et le Chili de 1984.

La proposition papale de 1980

La proposition papale de 1980.

Le , le pape reçoit les deux délégations et leur communique sa proposition pour résoudre le conflit, dont les termes avaient été élaborés en secret et devaient être gardés secret afin d'éviter de susciter tout débat public qui pourrait miner la confiance dans la procédure et de limiter la liberté d'action des deux gouvernements. Malgré cela, le , le journal argentin La Nación publie les termes de la proposition. Le Chili conserverait toutes les îles et l'Argentine serait en droit de maintenir certaines installations limitées (radars civils et stations météorologiques) sur certaines îles et recevrait des droits de navigation étendus. Le plus important, cependant, était la création d'une zone de l'océan connue sous le nom de « mer de la Paix ». Dans cette zone, s'étendant à l'est et au sud-est du chapelet d'îles contestées, les eaux territoriales chiliennes seraient limitées à une mer territoriale étroite, dans laquelle il serait obligé de partager avec l'Argentine — à parts égales — l'exploitation des ressources, la recherche scientifique et la gestion de l'environnement. Au-delà des eaux territoriales chiliennes, une portion d'océan bien plus vaste serait soumise à la juridiction argentine, cette portion étant soumise aux mêmes dispositions de partage qui s'appliquaient aux eaux territoriales chiliennes.

Le Chili accepte la proposition papale, malgré certaines réserves. L'Argentine n'a jamais officiellement répondu à la proposition. Cependant, le , l'Argentine remet une note au Vatican exprimant de sérieux doutes au sujet de la proposition, à la fois parce qu'elle n'accordait pas d'îles à l'Argentine et parce qu'elle permettait au Chili de maintenir une présence aussi loin dans l'océan Atlantique.

L'Argentine renonce au Traité général d'arbitrage de 1972

Le , l'Argentine annonce son retrait du traité bilatéral de 1972 prévoyant le recours à la Cour internationale de justice en cas de conflit. En Argentine, le processus judiciaire était devenu un anathème, compte tenu notamment de la sentence arbitrale adverse de 1977[9]. Le Chili se réservant le droit d'aller devant la CIJ unilatéralement avant que le traité ne prenne fin le [10].

La guerre des Malouines

Après le propositions papale, négociations restent dans l'impasse et, en attendant, une succession d'incidents au Chili et en Argentine tend les relations entre les deux pays.

Le , le général Leopoldo Fortunato Galtieri, (alors chef de l'armée argentine, puis plus tard Président de la nation argentine, pendant la guerre des Malouines), fait fermer la frontière avec le Chili sans aucune consultation avec son propre président[11].

En mars 1982, cinq semaines avant le début de la guerre des Malouines, un navire de la Marine argentine, l'[[:ARA Francisco de Gurruchaga (A-3)|ARA Francisco de Gurruchaga]] (es), jette l'ancre sur l'île Deceit, de facto sous souveraineté chilienne depuis 1881, et refuse d'abandonner la baie malgré les demandes chiliennes[12],[13].

Le , l'Argentine envahit les îles Malouines. Le plan argentin comprend également l'occupation militaire des îles revendiquées dans le canal Beagle après l'invasion des Malouines, comme indiqué par le brigadier Basilio Lami Dozo, chef des Forces aériennes argentines pendant le conflit, dans une interview au magazine Perfil : L.F. Galtieri : « [le Chili] doit savoir que ce que nous faisons maintenant, parce qu'ils seront les prochains sur la liste »[14]. Óscar Camilión, Ministre des Affaires étrangères de l'Argentine du au confirme le plan des militaires argentins dans ses Memorias Políticas : « Le plan des militaires était, une fois les Malouines prises par l'Argentine, d'envahir les îles revendiquées dans le canal de Beagle. C'était la détermination de la Marine [argentine] »[15],[16],[17],[18],[19]. Le pape Jean-Paul II effectue une visite imprévue à Buenos Aires le dans une tentative pour éviter de nouvelles hostilités entre le Royaume-Uni et l'Argentine.

Le Chili sera le seul grand pays latino-américain à soutenir le Royaume-Uni pendant la guerre indirectement en fournissant un appui militaire et navale, mais « en privé, de nombreux gouvernements [latino-américains] étaient satisfaits de l'issue de la guerre[20]. »

La phase finale

Après la guerre, et malgré le renouvellement du traité de 1972, le , la distension après l'incident de l'ARA Gurruchaga et l'échange d'espions, la médiation continue avancer très lentement. Après la guerre, le Chili montre une plus grande volonté de négocier des modifications à la proposition papale, mais il devient alors clair que la junte argentine, sous le choc à la suite de la défaite militaire, était trop faible pour parvenir à un accord.

Le cardinal Antonio Samorè meurt à Rome à l'âge de 77 ans en .

Le nouveau gouvernement du président Raúl Alfonsín est résolument engagé à résoudre le conflit le plus rapidement possible. Basé sur cet engagement et des discussions supplémentaires, les parties réussissent à jeter les bases pour un règlement du conflit. En , le cardinal secrétaire d'État Agostino Casaroli demande séparément aux deux délégations de fournir leurs propositions pour une solution finale.

En , les deux pays parviennent à un accord global et le texte révisé du traité est finalisé le .

Le Chili accepte à nouveau la proposition papale. En Argentine, Alfonsín organise un referendum consultatif. Les résultats officiels donnent 10 391 019 votes (82 %) en faveur du traité proposé et 2 105 663 votes (16 %) contre, et 2 % des votants déposent un bulletin blanc ou nul[21].

Le Traité de Paix et d'Amitié entre l'Argentine et le Chili de 1984 prendra du temps avant d'être promulgué :

Développements ultérieurs

Notes et références

Voir aussi

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