Emmanuel Hoog commence par s’interroger sur ce qu’il considère être une crise de notre mémoire collective. Selon lui, le « roman national » qui assurait la cohésion de la société française depuis le XIXe siècle est en train de disparaître au profit d’une « privatisation de la mémoire[4] » collective favorisant le repli sur soi et les réflexes identitaires. À mesure que la notion de patrimoine s’élargit pour englober progressivement n’importe quel témoignage du passé, nous entrons dans une nouvelle religion où « chacun peut s’autoproclamer grand-prêtre de sa propre mémoire[5]. »[6]
Pour l’auteur, cette confusion est amplifiée par l’irruption des nouvelles technologies : les outils numériques sont à l’origine d’une véritable « inflation mémorielle[7] », dans la mesure où ils permettent de stocker indéfiniment un nombre croissant de données, tout en les partageant via Internet. Cette profusion de mémoire sans hiérarchie est selon lui à l’origine d’une perte de repères.
Dans les derniers chapitres, Emmanuel Hoog propose quelques pistes pour sortir de cette crise : il faut « civiliser cette nouvelle mémoire numérique, en lui donnant des repères et en trouvant un juste équilibre entre sauvegarde et oubli[8]. » Cela suppose de garantir pour chacun un véritable « droit à l’oubli », d’organiser un dépôt légal du Web, mais aussi de réhabiliter l’intervention de la puissance publique pour mieux réguler Internet et inventer une politique culturelle ambitieuse.