Métallurgie au Pérou préhispanique

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Masque Lambayeque.
Tête de tupu Chimú (XIVe au XVe siècle) - MET de New York.
Un tumi Lambayeque (850-1500) ou poignard de cérémonie, pièce emblématique de l'orfèvrerie péruvienne.

La métallurgie au Pérou préhispanique désigne l'extraction et la purification de métaux, la création d'alliages métalliques et l'utilisation de ces matériaux pour fabriquer des outils et des objets en métal, dans la région des Andes centrales en Amérique du Sud avant le premier voyage de Christophe Colomb en 1492.

Le territoire concerné, la région des Andes centrales qui s'étend des actuels Équateur jusqu'à la Bolivie, a été la patrie de l'une des plus importantes traditions métallurgiques du monde et, fait remarquable, cette tradition s'est développée indépendamment, sans aucun contact ni influence venant d'Eurasie.

Concernant les métaux utilisés, on constate une prépondérance du cuivre et de l'or, et dans une moindre mesure d'argent et d'étain. Il est à noter que les Amérindiens ont utilisé localement du platine, inconnu des Européens jusqu'à l'arrivée des Espagnols, mais qu'à de très rares exceptions ils n'ont jamais travaillé le fer.

La période concernée s'étend du premier millénaire av. J.-C. jusqu'à l'anéantissement de l'Empire inca au milieu du XVe siècle. Durant cet espace de temps, la connaissance du travail du métal se répandit depuis le centre de sa découverte au Pérou et en Bolivie, puis vers le sud au Chili et en Argentine et aussi vers le nord pour atteindre la Colombie et la Mésoamérique au début de notre ère et enfin vers le Mexique au IXe siècle. Il est toutefois avéré que les Amérindiens ont utilisé des métaux disponibles à l'état natif dans les temps encore plus anciens, puisque en 2008 des objets en or datant d'il y a environ 4 000 ans ont été retrouvés dans les Andes aux environs du lac Titicaca[1].

Mais, sur la zone concernée du Pérou - ou plus précisément de l'Empire Inca - les populations, capable de travailler à partir de métal pur, y ont en outre développé une métallurgie complète, à partir de minerais et en utilisant à dessein des alliages métalliques.

À l'époque de la conquête espagnole, la tradition métallurgique des Andes centrales existait donc depuis plus de deux mille ans. Durant cette longue période, de nouveaux alliages et de nouvelles techniques de fabrication se sont incorporés au répertoire, des styles régionaux émergèrent et disparurent, des empires politiques naquirent et moururent.

Cache-oreille en or mochica (VIIIe siècle) Musée Larco. Lima - Pérou

Mais il existe une continuité essentielle sous-jacente à tous ces changements car certaines formes en métal, telles les tupus (épingles de vêtements), les tumis (couteaux transversaux), les masques faciaux et les ornements d'oreilles tubulaires à disques frontaux, sont typiquement andines et, indépendamment des styles régionaux, elles demeurèrent populaires pendant plus de mille ans. La coutume d'ajouter une décoration peinte sur la surface des objets en métal est un autre trait caractéristique andin, ainsi qu'un goût prononcé pour les incrustations et les mosaïques de pierres colorées et de coquillages. Cette attirance pour les combinaisons de l'or et de l'argent avec d'autres matériaux précieux est virtuellement absente hors des frontières de l'empire inca.

Bien que l'on puisse parler d'une tradition typiquement andine du travail des métaux, celle-ci n'est ni uniforme ni immuable sur toute la zone concernée. Les préférences esthétiques firent l'objet de modes et des styles d'artisanat locaux émergèrent dans différentes régions du Pérou. Cependant, par dessus tout, une continuité se reflète dans la technologie, dans les attitudes culturelles vis-à-vis des métaux eux-mêmes et dans la manière dont les matériaux bruts pouvaient être utilisés.

Le travail du métal en Amérique du Sud a donc émergé dans une région à cheval sur les actuels Pérou, Bolivie, Chili et Argentine ; le cuivre et l'or étaient martelés pour former des objets aux formes complexes, principalement à des fins esthétiques[1],[2]. De récentes fouilles ont permis de faire remonter les premiers objets en or à environ , et les plus vieux objets en cuivre à une période comprise entre environ et [2]. Ceux-ci ont été produits par une société connaissant de nombreux changements d'ordre social ou économique, mais qui était encore largement nomade et ne produisant pas d'excédent alimentaire.

Cela contraste avec la représentation courante de la métallurgie comme ne pouvant émerger que dans une société produisant suffisamment de surplus pour nourrir une élite. Plutôt que le fruit d'une société hiérarchisée, l'or s'inscrirait donc dans le processus même de développement des sociétés amérindiennes. On trouve des objets de ce type sur les sites archéologiques issus entre autres de la culture Chavín et ils se seraient répandus le long des Andes il y a un peu moins de 3 000 ans[3].

Contrairement aux autres traditions métallurgiques que l'on retrouve à travers le monde, les métaux sud-américains furent jusqu'à l'avènement de la civilisation inca utilisés préférentiellement pour fabriquer des objets précieux indicateurs d'un statut social élevé plutôt que pour faire des armes ou des ustensiles courants. Il y a environ 2 500 ans on note une maîtrise technique impressionnante des objets en or produits dans les Andes : les orfèvres étant capables de souder ensemble des pièces métalliques distinctes. C'est aussi à cette époque qu'on commence à utiliser l'électrum.

La métallurgie semble avoir émergé simultanément dans deux régions différentes dans la zone frontalière entre le Pérou et l'Équateur, où les Amérindiens auraient même travaillé le platine bien avant sa découverte par les Européens[4],[5] ; et plus au sud sur l'Altiplano où l'on a retrouvé des scories indiquant l'existence d'une technique de fusion des sulfures de cuivre datant de près de 2 500 ans[6],[7], le minerai en lui-même étant sans doute originaire du sud de la frontière entre la Bolivie et le Chili. Les traces d'une métallurgie basée sur la fusion complète des métaux n'apparaissent cependant qu'avec la culture Moche (côte nord du Pérou, sur une période comprise entre et )[7].

Les minerais étaient extraits au pied des Andes, mais on ignore si cette extraction était effectuée par des esclaves ou par des travailleurs spécialisés. Ces minerais étaient ensuite vraisemblablement fondus directement dans les environs des mines, avant que les lingots qui en résultent soient envoyés dans les villes pour être mis en forme dans des ateliers spécialisés, ateliers qui se trouvaient dans les quartiers administratifs des villes ce qui montre la valeur qu'ils revêtaient aux yeux des Amérindiens[7]. Les techniques utilisées pour le travail du métal ont pu être retrouvées grâce à l'étude de tessons de poterie représentant les divers procédés mis en œuvre. La fonte des métaux s'opérait dans des fourneaux en briques équipés de trois soufflets, et qui permettaient d'atteindre de hautes températures.

La métallurgie a ensuite essaimé vers le nord en Colombie puis au Panama et au Costa Rica, atteignant finalement le Guatemala et le Belize vers 800.

Technologies et métaux utilisés

Les techniques

La « chaudronnerie »

Contrairement aux régions situées plus au nord (où prédominent les délicates petites pièces coulées), les orfèvres péruviens donnèrent une nette préférence au martelage pour donner la forme désirée aux pièces en métal. La plupart des objets, sans tenir compte de leur fonction ou de leur ancienneté, sont travaillés sur formes. On pourrait parler ici de chaudronnerie.

Vase bimétallique or et argent - Lambayeque vers 1100-1400 - Musée du quai Branly - Paris

Les outils quotidiens de cuivre ou de bronze subissaient un traitement à froid suivi d'un recuit, ou alors, ils étaient forgés à chaud. Les métaux précieux, comme l'or et l'argent et une grande variété d'alliages, étaient battus en feuilles dont la finesse et la régularité peuvent se comparer aux produits de nos usines modernes. Cette feuille de métal était alors découpée, courbée et roulée suivant les besoins, pressée autour d'une forme ou dans un moule pour produire des séries d'objets aux formes identiques qui étaient, ensuite, décorés par estampage, incision, ou ornés de dessins tracés sur la surface[8].

Les feuilles de métal se prêtent facilement à la production de grands objets prestigieux (masques, couronnes, diadèmes, pectoraux, insignes cérémoniels, plats et coupes) mais la même technologie était employée également pour de petits objets comme des figurines, des perles délicates, des ornements de nez, des épingles et des bagues. Beaucoup de ces objets étaient fabriqués à partir de morceaux de feuilles de métal préformés qui étaient reliés mécaniquement (par pliage, sertissage, laçage, au moyen d'agrafes, par l'usage de languettes et d'entailles) ou par « soudure ». Aux formes de base, les orfèvres péruviens ajoutaient alors des sequins pendant librement ou des pendeloques qui tintaient et captaient la lumière au moindre mouvement.

Comme l'écrit la scientifique et archéologue Heather Lechtman (en) du MIT, le métal est travaillé en tant que solide et non en tant que liquide, et les objets étaient "construits" plutôt que sculptés ou modelés. Cette préférence pour le métal en feuille est conditionnée culturellement et n'est pas inhérente aux propriétés des alliages eux-mêmes. Elle n'est pas non plus le résultat d'un manque de connaissance ou d'alternative. Quand ils le souhaitaient, les forgerons andins se montraient compétents dans toutes les techniques de base du coulage et il faut garder à l'esprit que même les feuilles étaient fabriquées à partir de lingots et, fréquemment, d'alliages[9].

Le moulage

Même dans leur procédé de moulage, les Péruviens employaient des dispositions originales. À l'inverse du reste du Nouveau Monde, la méthode de coulage des métaux en vigueur au Pérou utilisait principalement des moules. Des moules ouverts ou des moules bivalves servaient à confectionner les outils simples comme la hache, le ciseau, la houe, la massue, etc. fabriqués avec du cuivre ou l'un de ses alliages. Pour des formes plus complexes et en trois dimensions, notamment les figurines massives de la période inca, on utilisait des moules à pièces multiples.

Hache de cuivre, moulée et gravée - MET New York

Cet usage des moules en Amérique préhispanique est très rare en dehors du monde andin. Plus au nord, depuis la Colombie jusqu'au Mexique, la technique utilisée était celle de la cire perdue, où le forgeron commençait par faire un modèle en cire de l'objet souhaité. Le modèle était ensuite badigeonné de barbotine (argile semi - liquide), puis toute la pièce était enveloppée dans un épais manteau d'argile poreuse ou d'argile mélangée à du charbon. Une cheminée traversait le manteau de manière telle que lorsque le tout était chauffé, la cire fondue pouvait s'écouler vers l'extérieur. Pendant que le manteau conservait encore la chaleur du brasier, le métal fondu y était versé pour prendre la place de la cire. Après refroidissement, le manteau était cassé pour en extraire l'objet terminé, réplique exacte en métal du modèle en cire. Les moulages à la cire perdue de cette sorte étaient rares, peut-être parce qu'il était difficile de se procurer une cire convenable; les abeilles américaines sans dard ne sont pas originaires des Andes ni des vallées de la côte du Pacifique. Cette technologie n'en n'était pas moins connue des artisans mochicas des premiers siècles de notre ère et fut intensivement utilisée pendant des siècles pour la fabrication des têtes de sceptres cérémoniels et les ornements de cuivre, juste avant la conquête inca[8].

Les Moche avaient d'ailleurs déjà pleinement développés la fonte de ces métaux[10]. Les minéraux de cuivre ont été extraits dans des dépôts superficiels sur les contreforts des Andes par des forgerons ou des marchands, où l'on pense qu'il a été fondu dans des endroits proches, mis en évidence dans des artéfacts métalliques et aussi dans des récipients en céramique qui décrivent le processus. On pense que la fusion a été réalisée avec des fours en adobe ou en pierre, avec au moins trois tubes d'oxygénation qui étaient nécessaires pour fournir le flux d'air indispensable pour atteindre des températures élevées. Les lingots ainsi obtenus étaient ensuite transportés vers des forges spécialisées près de la côte[11].

Différents modes d'assemblages pour cette pièce du Musée de l'or du Pérou et des armes du monde de Lima.

L'assemblage

Tous les objets fabriqués à partir de morceaux de feuilles de métal préformés étaient assemblés mécaniquement par pliage, sertissage, laçage, au moyen d'agrafes, par l'usage de languettes et d'entailles, ainsi que par soudage ou brasage.

Un alliage cuivre-argent, commun à partir de la période mochica jusqu'à la conquête espagnole, ou l'alliage de cuivre et d'or (ou tumbaga) donnaient de bonnes soudures. La température nécessaire était atteinte par le soudeur en soufflant par de très fins tuyaux de cuivre afin de concentrer l'apport d'oxygène sur la zone à faire fondre.

Les alliages

La métallurgie péruvienne est remarquable, avant tout pour l'utilisation d'alliages sophistiqués. Le fer était inconnu en Amérique précolombienne, mais l'or, l'argent, le cuivre, l'étain et le plomb étaient d'un usage courant. Le cuivre, pur ou sous forme d'alliage, était le métal le plus employé par les gens du peuple et était utilisé pour l'outillage agricole, les aiguilles, les pinces à épiler, les haches, les armes et les colifichets bon marché. À la différence de l'or et de l'argent, le cuivre n'était pas un monopole d'état, et les zones d'artisanat comprenant des moules, des scories de métal, des fours et des débris d'objets manufacturés ont été fouillées dans tous les sites archéologiques des Andes.

Dans l'histoire de la métallurgie péruvienne, deux alliages différents à base de cuivre avaient une importance fondamentale.

Bronze à l'étain

Dans le sud des Andes, le vrai bronze (alliage de cuivre et d'étain) était d'usage courant vers L'étain, était facilement disponible sous forme de cassitérite (oxyde d'étain) au sud du Pérou, au nord de la Bolivie et aux frontières de l'Argentine, à la fois sous forme de placer et de filons. D'après les analyses, la cassitérite devait être fondue pour produire l'étain sous forme métallique, étain qui était alors mélangé avec le cuivre pour former du bronze. Le bronze à haut pourcentage d'étain (généralement 10 à 13 %) était utilisé pour les pièces coulées à cause de sa plus grande solidité et sa malléabilité. Le bronze à faible taux d'étain (contenant % d'étain) est plus ductile et peut être plus facilement travaillé à froid sans devenir cassant; il était cependant préféré pour les feuilles de métal et pour les objets qui étaient martelés et chaudronnés.

Hache de bronze coulée d'une seule pièce, décorée d'incrustations d'argent et de cuivre - Museo de América - Madrid - Espagne.

Bronze arsénié

Dans le nord des Andes où il n'y avait aucune source d'étain, un second alliage de bronze à base d'arsenic (cuivre et arsenic) s'est développé durant les premiers siècles de notre ère et a été utilisé à échelle industrielle à partir de jusqu'à l'époque de la conquête de cette région par les Incas. Cet alliage avait une belle couleur dorée, pouvait être coulé et s'avérait également excellent pour être forgé; il était durable, facile à travailler à froid avec quelques recuits et il était aussi solide que le bronze à base d'étain. Dans le nord, il devint le matériau de base pour les outils et les objets quotidiens, mais il fut rarement utilisé pour les objets faits de grandes feuilles de métal; il n'a jamais été un alliage important pour les bijoux[8],[12].

Cuivre-argent

Une des caractéristiques prédominantes de la métallurgie andine concerne les surfaces autant que les formes pures. Les objets en feuilles de métal offraient de grandes surfaces à montrer et les alliages étaient choisis pour exploiter simultanément leurs propriétés mécaniques et leurs valeurs de couleur. Au Pérou, la production d'argent a toujours dépassé celle de l'or, et l'argent était utilisé en tant que tel ainsi qu'en alliage avec l'or ou avec le cuivre. Les différentes combinaisons de ces trois métaux donnèrent naissance à un large éventail de possibilités techniques et esthétiques.

L'alliage cuivre-argent existait dès et se répandit communément à partir de la période mochica jusqu'à la conquête espagnole. Cet alliage donne de bonnes soudures et il est robuste et solide quand on le bat en feuille. Dans les alliages contenant un taux minimal de 10 % d'argent, le procédé de martelage répété et de recuits (chauffant le métal à rouge) enlève plus de cuivre par oxydation, laissant en surface une couleur d'argent brillant. En analysant beaucoup de pièces en "argent" du Pérou ancien, on découvre qu'elles sont faites d'un alliage de cuivre et d'argent.

Cuivre-or

L'alliage de cuivre et d'or (ou tumbaga) durcit au martelage mais garde sa flexibilité et convient bien au travail en feuille. L'alliage de ces deux métaux donne de bonnes soudures. On peut obtenir différentes valeurs de rouges en variant les proportions de cuivre et on peut donner aux objets en tumbaga une surface dorée par le procédé de dorure par déplétion (voir plus bas). Puisque l'or contient souvent de l'argent en tant qu'impureté naturelle, les alliages de tumbaga se classent parmi les vrais alliages ternaires dans lesquels l'argent est délibérément ajouté à l'or et au cuivre. L'alliage qui en résulte est d'un rose soutenu quand il est coulé, mais peut être manipulé pour produire surfaces de couleur dorée ou argentée. Le jaune pâle même verdâtre, couleur que possèdent beaucoup de bijoux péruviens, provient de la présence de l'argent. En jonglant avec la composition du métal et le traitement de la surface, une palette étendue de diverses couleurs "or" peut être obtenue. Bien que les artisans péruviens travaillant le métal aient été très conscients des propriétés des alliages, c'est un ensemble d'attitudes culturelles qui donne à la métallurgie des Andes centrales ses qualités individuelles.

Les traitements de surface

D'après H. Lechtman, pour les peuples des Andes, les métaux transportaient et révélaient le contenu ou le message de statut de richesse et de pouvoir politique et renforçaient le pouvoir effectif des objets religieux[13].

« Depuis les premières apparitions du travail du métal chez les populations andines, jusqu'à la période de la conquête de l'empire inca par les Espagnols, les deux couleurs dominantes du spectre métallique étaient l'or et l'argent. Dès que la couleur devint le point central d'intérêt, intervint la métallurgie des surfaces parce que la couleur d'un objet métallique apparaît sur sa surface et l'objet peut avoir à la surface une couleur qui diffère totalement de la couleur de sa masse interne. »

La métallurgie péruvienne était, par conséquent métallurgie de transformation des surfaces. Beaucoup d'objets péruviens qui semblent, à première vue en or sont, en fait, en alliages enrichis à la surface par quelque procédé de dorure. Les techniques de dorure peuvent être divisées en deux grandes catégories :

  1. celles qui déposent une couche d'or sur une surface métallique de quelque composition qu'elle puisse être (par exemple, de la dorure à la feuille, de la dorure par fusion, du placage),
  2. la dorure par déplétion, possible uniquement avec un alliage contenant déjà de l'or et qui agit en ôtant de la surface des objets, les métaux les moins nobles tout en laissant l'or intact.
Ornement de nez bimétallique or et argent - Art Mochica.

Dorure à la feuille

Dans la première catégorie, la technique la plus directe est celle de la dorure à la feuille qui consiste à lier mécaniquement une mince couche d'or malléable à une couche sous-jacente d'un autre métal. Dès que la feuille tient en place, on peut chauffer l'objet en entier de manière à produire une réaction qui fournit un nouvel alliage entre les deux faces des métaux, alliage qui sert de lien solide et permanent.

Dorure par fusion

La dorure par fusion ou dorure par bain est un procédé plus complexe par lequel le métal fondu (habituellement un alliage d'or ou d'argent avec un point de fusion extrêmement bas) est appliqué sur la surface propre d'un objet composé de cuivre ou d'un alliage riche en cuivre. Si l'ornement devait être revêtu complètement, on pouvait le plonger dans un bain d'or fondu ; si une face seulement devait être traitée, le revêtement pouvait être étendu à la main. Dans l'un ou l'autre cas, une liaison solide se forme et les surfaces peuvent encore être enrichies par le procédé de la dorure par déplétion pour ôter le cuivre excédentaire. La dorure par fusion est rare au Pérou ; elle demande un contrôle précis des alliages et de leurs points de fusion et demande beaucoup d'or en comparaison de la dorure par déplétion. Le lieu d'invention de cette technique est toujours inconnu. Elle était utilisée à la fois pour la dorure et l'argenture le long des côtes de l'Équateur avant l'expansion de l'empire inca et, au Pérou, elle peut avoir été employée par les orfèvres Vicús.

C'est cette technique de travail du métal Moche-Vicùs qui produisit le plus grand étonnement vers le milieu des années 1970. En examinant un ensemble d'objets en feuilles de cuivre corrodé de Loma Negra, des chercheurs du Massachusetts Institute of Technology notèrent que le cuivre avait été à l'origine recouvert d'une couche d'or ou d'argent, si fine et si régulière qu'elle semble être le produit du procédé actuel de revêtement par galvanoplastie[14]. L'analyse tend à prouver que l'effet était obtenu par une technique de placage qui remplace ici l'électrochimie, en faisant usage de solutions contenant des mélanges de minéraux corrosifs accessibles aux artisans andins mais ne requérant aucune source extérieure de courant électrique.

Dorure par déplétion

Toutes les méthodes de dorure citées ci-dessus concernent une couche d'or que l'on dépose sur un objet fait de métal différent. La déplétion (du latin depletio = vidage), cependant, opère de manière diamétralement opposée, non pas en ajoutant un nouveau matériau, mais en retirant de la surface un des métaux de base de l'alliage contenant déjà de l'or. Lechtman a étudié les techniques utilisées dans le nord du Pérou pour produire des surfaces dorées sur les objets faits d'un alliage de cuivre et d'argent contenant un pourcentage d'or.

Pendant le martelage et le recuit de la feuille de métal, il se forme à la surface de l'objet un oxyde de cuivre que l'on ôte avec un mélange d'acide doux. Cette réduction de la teneur en cuivre laisse une couleur argentée à la couche de surface, contenant un peu d'or en tant que constituant mineur. Le stade suivant comporte une méthode pour retirer l'argent et laisser une "dorure par déplétion" riche en or à la surface. Ceci peut être achevé par un procédé apparenté à la coupellation (en l'occurrence, en chauffant l'alliage dans un creuset fait de sel et de poussière d'argile mouillée d'urine) ou en utilisant un bain d'acide[8].

Puisque les anciens Péruviens ne possédaient pas d'acide distillé, ils ont dû utiliser une solution contenant des minéraux corrosifs (comme le sulfate de fer ou le sulfate de cuivre) que l'on trouve abondamment dans le désert de la côte. Dissous dans l'eau et en y additionnant du sel et de l'alun, ces minéraux sont capables de retirer à la fois le cuivre et l'argent pour laisser une surface riche en or. La qualité et la finesse de la couche d'or dépend de la température et de la durée du traitement, aussi bien que de la force de la mixture acide. La méthode convient parfaitement bien pour les alliages ternaires à haute teneur en argent et aussi pour le tumbaga (or et cuivre). Les expériences de laboratoire ont démontré que des alliages contenant à peine 12 % d'or pouvaient être dorés par déplétion[15].

Le choix des alliages et des traitements des surfaces permettaient aux artisans de produire une variété de tons dans les catégories "or" et "argent", et de combiner ceux-ci dans les objets à deux métaux de couleurs contrastées. Toutes ces techniques étaient pleinement développées dans la région de la côte nord du Pérou un millier d'années avant la naissance de l'empire inca.

Contextes historiques et culturels de la métallurgie du Pérou

Notes et références

Annexes

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