Méthode de la préoccupation partagée
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La méthode de la préoccupation partagée ou méthode Pikas est une méthode de résolution du harcèlement scolaire. Elle repose sur des rencontres régulières avec les auteurs du harcèlement afin de rechercher avec eux des solutions permettant d'aider la victime.
Dénomination
Principe
Le professeur de psychologie suédois Anatol Pikas initie cette méthode dans les années 1970. Il estime que le harcèlement scolaire est un phénomène de groupe, qui maintient chacun de ses membres dans la spirale de l'intimidation de la victime[3].
Cette méthode est développée pour des élèves de secondaire, n'étant pas adaptée aux élèves du primaire[1].
Équipe
Une équipe de professionnels, formés au traitement du harcèlement scolaire, doit se mettre en place pour aider la victime et intervenir auprès des intimidateurs. L'équipe est multidisciplinaire : professeurs, infirmières scolaires, assistants d'éducation, conseillers principaux d'éducation…[4],[5]. Elle peut s'appuyer sur des « élèves ambassadeurs », chargés de signaler des faits de harcèlement mais sans intervenir directement, assurant un simple rôle de « vigie »[6].
Intervention
La méthode de la préoccupation partagée consiste à s'entretenir individuellement avec les élèves harceleurs, sans les blâmer, afin qu'ils prennent conscience d'un problème pour les élèves harcelés et proposent des solutions pour que cesse ce harcèlement. Les entretiens, courts, s'effectuent dans la bienveillance et de façon répétée jusqu'à ce que le problème disparaisse[7].
Différents élèves, dont ceux impliqués dans les brimades mais pas seulement, sont sélectionnés. Ces élèves sont alors convoqués individuellement : à aucun moment il ne leur est reproché quoi que ce soit[8]. L'objectif, lors de ces entretiens, est de responsabiliser les élèves et qu'ils deviennent acteurs des solutions qui mettront fin à l'intimidation : « Essayer de réveiller le sentiment d'empathie, voir comment eux peuvent faire en sorte que cette situation s'améliore »[6].
Des entretiens (plus longs) avec la victime sont menés parallèlement, notamment pour l'inviter à dialoguer avec ses intimidateurs lorsqu'ils se présenteront avec des intentions renouvelées[1].
Déploiement
La méthode de préoccupation partagée est moins utilisée que d'autres méthodes de résolution du harcèlement à l'échelle mondiale, en particulier car elle demande des modalités plus lourdes pour sa mise en œuvre[9]. Elle est souvent opposée aux méthodes reposant sur les sanctions des harceleurs, plus rapides. Pour le professeur de philosophie Jean-Pierre Bellon, qui a développé cette méthode en France, « La sanction ne fonctionne pas car elle a plutôt tendance à fédérer le groupe contre la victime »[3]. Cependant, la méthode de préoccupation partagée a aussi des limites : il faut que les différents acteurs aient le temps nécessaire au dialogue avec plusieurs élèves et à leur suivi sur le temps long ; il faut parfois l'intégrer à une stratégie plus globale de prévention du harcèlement scolaire[10].
Cette méthode est intégrée au programme australien Friendly School, déployé dans les années 2000[11].
La méthode de la préoccupation partagée est aussi largement utilisée dans le cadre du programme français de lutte contre le harcèlement scolaire, le programme pHARe[12].
Analyses scientifiques de l'efficacité
Il existe peu d'analyses scientifiques basées sur une méthodologie rigoureuses pour évaluer l'efficacité réelle de la méthode de préoccupation partagée[13]. En 2005, dans un article majoritairement d'opinion, le chercheur australien Ken Rigby l'a jugée efficace pour résoudre certains contextes de harcèlement, plus particulièrement lorsqu’un groupe d'élèves est impliqué et que les intervenants sont correctement formés[14].
En France, le Centre Académique d’Aide aux Ecoles et aux Etablissements (CAAEE) de Versailles l'a estimée efficace dans 80 % des situations de « brimades » (en 2023), mais ce résultat est d'une pertinence limitée, car il repose « sur la perception du personnel éducatif et non celui des cibles concernées »[13]. La première étude pilote reposant sur la perception des cibles de harcèlement a été publiée en 2025[15] : 61 % des élèves concernés estiment « que les intimidateurs arrivent à montrer un degré important de préoccupation concernant la cible »[16].
Cas où la méthode de préoccupation partagée ne fonctionne pas
Rigby conclut que cette méthode ne fonctionne pas lorsque les adultes impliqués dans la résolution du harcèlement n'ont pas reçu de formation ou manquent d'expérience[17]. De même, l'UCLouvain estime que la méthode de préoccupation partagée sera inefficace si les élèves harceleurs refusent de s'y prêter ou minimisent les conséquences de la situation de harcèlement[1]. Dans sa thèse en sciences cognitives, Julia El Kallassi souligne elle aussi un problème éthique lié à l'absence potentielle de reconnaissance et de condamnation des actions des agresseurs[13].
Non-exclusivité de la méthode
Rigby réfute en parallèle qu'il puisse exister une méthode unique de résolution du harcèlement scolaire efficace dans tous les contextes de harcèlement : une méthode peut se révéler plus appropriée qu'une autre dans un cadre donné[14],[18]. C'est aussi la conclusion de Julia El Kallassi dans sa thèse : « aucune approche ne semble être particulièrement efficace dans tous les cas de harcèlement scolaire et [il] est donc nécessaire que les professionnels de l’éducation soient formés pour pouvoir choisir l'approche appropriée en fonction de la situation »[19]. Elle estime que la méthode de la préoccupation partagée « ne doit pas excéder les deux semaines. Au-delà de cette période, si les brimades persistent, le chef d’établissement peut prendre le relais et prévoir des sanctions »[13].