Mónica Velásquez Villacís
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La Posta (d) |
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Mónica Velásquez Villacís, née en Equateur en , est une journaliste d'investigation équatorienne travaillant pour le média numérique La Posta (es) . Son travail l'amène à enquêter sur la corruption politique et le crime organisé. Son implication dans des enquêtes journalistiques mettant en cause des personnalités connues, politiques ou criminels, fait d'elle la cible de harcèlement. Elle fait l'objet de campagnes de haine, de menaces et d'agression à plusieurs reprises, si bien qu'elle doit quitter le pays à plusieurs reprises. Depuis 2024 elle vit avec sa famille au Canada, où elle a demandé l'asile politique.
Son travail est récompensé par plusieurs prix comme le prix de l'Association de la presse interaméricaine et le prix du courage en journalisme de l'International Women's Media Foundation.
Formation
Mónica Velásquez Villacís est née en Equateur en 1986[1]. Elle a un diplôme d'ingénieure commerciale et travaille comme journaliste pour le média numérique La Posta[1].
Carrière de journaliste
Elle enquête plus particulièrement sur la corruption politique et le crime organisé. Elle couvre notamment l'affaire Odebrecht (un réseau de corruption transnational), le Ministère de la Mort (une enquête sur la crise hospitalière en Équateur) et Le parrain (un trafic de drogue impliquant de hauts responsables gouvernementaux). Elle réalise également des reportages au niveau international, notamment au Venezuela et en Ukraine[2].
Au cours de sa carrière, elle collabore avec le Consortium international des journalistes et la Red de periodistas libres (Réseau des journalistes libres)r, une ONG œuvrant en Équateur pour la protection des journalistes et la liberté d'expression[1].
Elle fait un stage à la Cour interaméricaine des droits de l'homme en 2023.
L'affaire Odebrecht
Mónica Velásquez Villacís participe à une enquête internationale, la Bribery Division, menée par le Consortium international de journalistes d'investigation, visant la multinationale brésilienne Odebrecht (devenue plus tard Novonor), impliquée dans un scandale de corruption d'entreprises que le département de la Justice américain qualifiera de « plus grande affaire de corruption étrangère de l'histoire »[3]. Au sein d'Odebrecht, un service spécial, la Division des Opérations Structurées, est dédié uniquement à la gestion de la corruption au sein de l'entreprise. Les journalistes de plusieurs pays travaillent avec une plateforme de communication secrète qui rassemble plus de 13 000 documents. Ces documents ont d'abord été révélés dans le journal La Posta en Équateur[3].
En 2016, Odebrecht conclut un accord avec les autorités américaines, brésiliennes et suisses, reconnaissant des faits de corruption et paie 2,6 milliards de dollars d'amendes en échange de l'immunité ou d'une réduction de peine pour l'entreprise et ses dirigeants[3].
Le projet El Gran Padrino
Cette enquête, surnommée intitulé El Gran Padrino (« Le Grand Parrain »), sur la corruption et le trafic de drogue est menée par une équipe de neuf journalistes de La Posta, dont Mónica Velásquez Villacís fait partie. Elle révèle un système de corruption présumée mis en place au sein d'entreprises publiques par un beau-frère du président, Danilo Carrera Drouet (es), et implique des personnalités liées à des entreprises publiques et des fonctionnaires de haut rang. Le chef de l’Etat, Guillermo Lasso, est soupçonné d’avoir fermé les yeux sur un réseau de corruption monté par son beau-frère. Son prédécesseur, Lenín Moreno, est, pour sa part, accusé d’avoir touché des pots-de-vin d’un géant chinois de l‘hydroélectricité[4],[1],[5].
La Posta publie le reportage le [6]. Toutes les informations recueillies pendant sept mois sont collectées sur un site web multimédia, malgré les menaces, y compris du gouvernement central équatorien. Le site propose des enregistrements audio, des organigrammes, une chronologie de l'affaire et des vidéos expliquant de manière simple et accessible au grand public cette affaire de corruption complexe touchant divers secteurs d'activité[1]. Les journalistes Andersson Boscán, Mónica Velásquez Villacis, Jeff Sanguña, Doménica Vivanco, Christian Torres, Juan José Albán, Danilo Castro, Estefanía Vaca et Javier MontenegroIl sont récompensés par plusieurs prix pour ce travail[1].
L'opposition au Parlement considère que Guillermo Lasso a été averti de l'existence de ce dispositif et qu'il n'a pas agi pour l'arrêter. Une procédure de destitution est donc ouverte contre le président. Celui-ci décide le de dissoudre l'Assemblée nationale selon une disposition constitutionnelle dite de mort croisée, conduisant à des élections législatives et présidentielle anticipées six mois plus tard. Guillermo Lasso, pouvant désormais gouverner avec une plus grande marge de manœuvre, prend plusieurs décrets favorisant les intérêts des milieux d'affaires, comme une réforme fiscale et la création de zones franches, avec des taux d'imposition réduits[5],[7].
L'homme d'affaires Rubén Cherres, considéré comme un témoin clé dans cette affaire, est retrouvé mort début , apparemment assassiné[8].
Menaces et harcèlement
Les enquêtes de Mónica Velásquez Villacís et de son collègue et mari, le journaliste Andersson Boscán, sur la corruption et le trafic international de drogue, révèlent que d'importantes négligences au sein du bureau du procureur général équatorien ont permis aux réseaux criminels d'opérer en toute impunité[9]. En réaction, le bureau du procureur général s'attaquent aux journalistes en lançant une campagne de dénigrement publique les accusant d'être les porte-parole du crime. Les journalistes ainsi exposés doivent faire l'objet d'une protection en tant que « témoins » pour l'institution même qui les persécute. L'International Women's Media Foundation lance un appel à la communauté internationale pour le soutien et la protection des deux journalistes[9].
Le Mónica Velásquez Villacís et Andersson Boscán quittent le pays après avoir été informés qu'ils étaient menacés par la mafia albanaise[10],[11]. Le , La Posta consacre une émission détaillée à cette affaire, en la reliant à d'autres affaires, comme l'assassinat du journaliste Fernando Villavicencio et une enquête en cours du parquet visant La Posta et ses dirigeants pour de prétendus délits financiers. Une enquête pour blanchiment d'argent est également en cours contre Andersson Boscán, Luis Eduardo Vivanco (es), Diego Sánchez et d'autres personnes. Andersson Boscàn met l'état en cause : « Non seulement un attentat a été planifié [contre lui)] mais le gouvernement l'a étouffé. »[10]. Les deux journalistes expriment aussi leur regret de devoir quitter l’Équateur à cause de « l’environnement dangereux et hostile que vit le journalisme national, menacé par le crime organisé et par un État devenu un danger plutôt qu’une garantie naturelle »[12].
Le Comité pour la protection des journalistes déclare que « Les autorités équatoriennes doivent enquêter de manière approfondie sur les menaces qui pèsent sur les journalistes Andersson Boscán et Mónica Velásquez et veiller à ce qu’ils puissent rentrer au pays en toute sécurité. [...] Il est inadmissible que des journalistes fuient l’Équateur face à de telles menaces généralisées en raison de leur travail. »[11].
L'association Fundamedidos (es) qui surveille les attaques contre la liberté de la presse révèle des menaces proférées contre les deux journalistes. L'organisation accuse la Police nationale et le Centre stratégique de renseignement de surveiller leurs activités quotidiennes et les lieux qu'ils fréquentent avec leurs filles. Leur rapport de surveillance, publié par le bureau du procureur général, contient des instructions qui semble viser à les assassiner. La police nie « toute forme de persécution et de menace mettant en danger la vie d'un citoyen » et nie aussi avoir reçu un ordre de surveillance[6]. Fundamedidos appelle la justice à appliquer la plus grande objectivité dans ces affaires et de veiller à l'intégrité des enquêtes, d'autant que le ministère public pourrait être impliqué[10]. La Commission interaméricaine des droits de l'homme est également saisie[10].
Après plusieurs mois à l'étranger, les deux journalistes reviennent en Équateur après l'élection du président Daniel Noboa. Cependant, ils restent menacés et ne quittent pratiquement pas leur logement. Dans la nuit du , le couple quitte l’Équateur pour le Canada où ils ont demandé l'asile politique[12],[6],[13].
Selon les rapports de l'ONG Fundamedios dans son rapport annuel, neuf journalistes ont été contraints de quitter l'Équateur en 2023, en raison de menaces et de persécutions contre eux. L'Équateur est embourbé depuis plusieurs années, dans un environnement croissant d'insécurité causé par la présence de la criminalité organisée[12].
Distinctions
- 2023 :
- EPPY award (en) à La Posta pour Bribery Division[14]
- Prix de la couverture de l'actualité décerné par l'Association de la presse interaméricaine,pour El Gran Padrino[15],[16]
- Finaliste du Prix Gabo pour El Gran Padrino[17]
- Prix du journalisme d'investigation Javier Valdez pour El Gran Padrino[18],[15]
- Prix international de journalisme Roi d'Espagne pour El Grand Padrino[15] (L'attribution de ce prix a été ensuite temporairement suspendue en raison de l'enquête fiscale en cours[19])
- Nomination pour les Fetisov journalism awards pour El Padrino[20]
- Empoderadas 2e éd. de La Fundación Actívate Ecuador et la Red de Juristas del Ecuador pour « sa lutte pour le respect des droits des femmes, l'égalité des sexes et l'équité »
- 2024 : Prix du courage en journalisme de l'International Women's Media Foundation[21]
- 2025 : Prix Anthony Lewis du World Justice Project, mention spéciale avec Anderson Boscán, pour leurs enquêtes percutantes sur le crime organisé et la corruption gouvernementale[22]