Ce concile a cependant parfois été dit être le troisième réuni à Dvin, le deuxième l'étant en 552/553, à partir des écrits du catholicos géorgien du IXe – Xesiècle Arseni Saparéli; selon cette hypothèse, c'est lors de ce concile de 552/553 que les canons du concile de Chalcédoine de 451 sont rejetés par l'Église arménienne, à l'instigation d'une délégation syrienne monophysite menée par l'évêque Abdicho; selon cette hypothèse, le concile de 555 n'aurait résulté qu'en une condamnation d'un prosélytisme nestorien en provenance de Susiane[5]. Le concile de 552/553 n'apparaissant cependant dans aucune liste conciliaire arménienne, il s'agit vraisemblablement d'une interprétation erronée[6].
Le concile de 555 a été traditionnellement retenu par les historiens principalement occidentaux comme le concile ayant amené à la séparation de l'Église arménienne d'avec l'Église romano-byzantine, de par son rejet des canons du concile de Chalcédoine (d'autres, principalement arméniens, font remonter la rupture au premier concile de Dvin en 506, sous le catholicos Babgen d'Otmous); les tenants de cette thèse se basent principalement sur la Narratio de rebus Armeniae (un traité anonyme pro-chalcédonien rédigé vers 700), sur l'exposé d'Arseni Saparéli (qui ne subsiste que dans sa traduction grecque)[4], ainsi que sur d'autres documents dont l'authenticité ou la véracité a été remise en cause depuis lors[7].
En effet, l'historienne Nina Garsoïan (dont le travail est qualifié d'« inestimable » par le philologue Robert W. Thomson[8]) a mis en évidence le fait qu'aucun des écrits contemporains du concile ne mentionne de manière importante Chalcédoine: il ressort des trois écrits reprenant les actes officiels du concile repris dans le Livre des lettres[6] (dont le « Pacte d'union ») que le but du concile était de réagir à la propagation de l'hérésie nestorienne susmentionnée, et que Chalcédoine n'est à aucun moment cité dans ses actes; quant aux lettres dogmatiques contemporaines et liées au concile, elles ne font que citer au passage Chalcédoine[4]. Garsoïan fait dès lors remonter la séparation —graduelle— de l'Église arménienne à 518, lorsque l'empereur Justin Ier abandonne la ligne de Zénon et de l'Henotikon[9].
Garsoïan note par ailleurs que les sources ultérieures relatives au concile de 555 convoqué par Nersès « y situent pêle-mêle toutes les activités et innovations du VIesiècle »[10], comme la réforme du calendrier arménien[2].
[Garsoïan 1996a] Nina Garsoïan (dir.), L'Arménie et Byzance: histoire et culture, Paris, Publications de la Sorbonne, , 242p. (ISBN978-2-85944-300-9, lire en ligne).
[Garsoïan 1996b] Nina G. Garsoïan, «Quelques précisions préliminaires sur le schisme entre les Églises byzantine et arménienne au sujet du concile de Chalcédoine — II. La date et les circonstances de la rupture», dans Nina Garsoïan (dir.), L'Arménie et Byzance: histoire et culture, Paris, Publications de la Sorbonne, (ISBN9782859443009), p.99-112.