Nicolas-Étienne Framery
musicologue et librettiste français
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Nicolas-Étienne Framery, né le à Rouen et mort le à Paris 2e, est un compositeur, théoricien de la musique, critique et librettiste d’opéra français.
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Mercure de France, Encyclopédie méthodique, Dictionnaire de musique (d) |
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Bien que sa postérité soit moindre que celle de ses contemporains Sedaine ou Marmontel, il a néanmoins déployé une intense activité de création, conciliant la composition musicale et l’écriture ou l’adaptation de livrets[1].
Biographie
Issu d’un milieu artisan, son père exerçant la profession d’orfèvre-bijoutier à proximité de la cathédrale natale, Framery effectue une scolarité précoce qu’il achève à l’âge de dix-sept ans. Après de premières études locales, son cursus se poursuit à Paris au sein des collèges Mazarin et du Plessis ; ses performances académiques lui valent alors le double qualificatif, à la fois flatteur et ironique, de « grand écolier », en dépit de sa petite taille[2].
En 1763, il propose, à l’âge de 17 ans, sa première pièce, la Nouvelle Ève à la Comédie-Italienne[a]. Bien que la censure policière en ait interdit la représentation, cette tentative inaugurale oriente définitivement sa production vers le théâtre musical. Sa carrière dramatique s’affirme dès lors par une contribution significative au genre de la comédie mêlée d'ariettes ou opéra-bouffon[4].
Framery s’est également distingué dans sa jeunesse par une production littéraire variée, incluant romans, contes et mémoires. Parmi ses œuvres originales figurent Réponse de Valcour à Zeila (1764), suite non autorisée de la Lettre de Zeila, jeune sauvage, esclave à Constantinople, à Valcour, officier françois de Dorat[b], les Trois Nations, qui utilisent un regard étranger ironique pour comparer les mœurs de différentes nations européennes, critiquer leurs défauts tout en prônant une leçon de tolérance cosmopolite chère aux Lumières, et les contes philosophiques le Présent, le Passé et l’Avenir (1766)[4].
Parallèlement à ses activités littéraires, il écrit et adapte de nombreux livrets, parfois en composant lui-même la musique. Parmi ses œuvres originales ou adaptées figurent : Nanette et Lucas, ou la Paysanne curieuse (1764), musique du chevalier d'Herbain[c] ; l’Indienne (1770), inspiré de la Veuve du Malabar de Lemierre, musique de Giovanni Cifolelli (en) ; la Sorcière par hasard (1768-1783), dont il signe le livret et la musique ; Nicaise (1767), opéra-comique, ariettes de Félix Bambini (d), d’après la comédie de Jean-Joseph Vadé[7] ; La Tourterelle, ou les Enfants dans les bois (1796), musique d'Antoine-Frédéric Gresnick[4].
Loin d’exclure toute ambition sociale, il réussit à obtenir, alors qu’il n’a pas vingt-cinq ans et ne disposait d’aucun titre d’importance, la charge de surintendant de la musique auprès du comte d’Artois, qui lui assure la protection d’un prince de sang, selon les mécanismes de clientélisme propres à l’Ancien Régime, où artistes et gens de lettres dépendaient du patronage d’un protecteur influent pour obtenir un soutien tant politique que financier[2]. Il a toutefois fait preuve ou d’indifférence politique ou d’une habileté suffisante pour survivre à la Révolution et jouer un rôle au sein de l'Institut de France sous l’Empire[1].
En 1769, il remporte le deuxième prix de l’ode française de l’Académie des Palinods de Rouen, pour une pièce de vers intitulée la Pureté de l’âme[8]. Vers la même époque, il publie des Mémoires de M. le marquis de Saint-Forlaix : recueillis dans les lettres de sa famille, données comme traduites de l’anglais[9]. Les historiens de la littérature considèrent aujourd’hui qu’il est l’auteur de ce roman-mémoires, genre extrêmement en vogue au XVIIIe siècle, car il était courant de les présenter comme de véritables manuscrits historiques retrouvés, pour donner une apparence d’authenticité et capter l’intérêt des lecteurs[10]. Conformément à cette pratique courante, Framery présente ces mémoires, couronnés de succès à leur sortie comme des lettres de famille qu’il a recueillies et éditées[d].
En mai 1770, il prend la direction du Journal de musique (d), dans lequel il publie une analyse des progrès récents de la musique française, où il évalue avec acuité le talent de Philidor, dont il souligne le caractère novateur et la valeur expressive, et qu’il érige en modèle de science et de gout pour ses innovations mélodiques, harmoniques et orchestrales. Ce journal cesse de paraitre après le numéro d' [2]. Traducteur et adaptateur d’œuvres italiennes, il joue un rôle crucial dans la diffusion du répertoire italien en France, se spécialisant dans l’adaptation de paroles et d’intrigues nouvelles sur des musiques préexistantes[12]. Il adapte notamment pour le public français la Frascatana de Giovanni Paisiello, devenue l’Infante de Zamora, la Colonie, tirée de l’Isola d’amore d’Antonio Sacchini, l’un des plus grands succès dramatiques de l’époque[12] ; le Barbier de Séville, traduit par ordre de la Reine et représenté à Trianon puis Versailles ; les Deux Comtesses ; l’Olympiade, ou le Triomphe de l’amitié (1777) ; Armida, transformée en Renaud avec l’aide de Jean-Joseph Lebœuf[4].
Dans le cadre du concours royal ouvert sous les auspices de Louis XVI pour favoriser l’essor du drame lyrique, il remporte le premier prix, en , grâce à son poème Médée[13], œuvre inspirée d’une tragédie anglaise, qui consacre son talent de librettiste auprès de la cour. Initialement confié à Sacchini, l’ouvrage n’a jamais vu le jour, le compositeur étant mort avant de s’y atteler. La musique a donc été écrite par Framery lui-même, mais l’opéra n’a jamais été représenté[14].
Témoin des transformations de la pratique musicale de son temps, sa réflexion sur les mutations de l’esthétique musicale se concrétise, en l’an IV (1796), un traité théorique majeur démontrant la fonction déterminante de la structure métrique dans le processus d’élaboration de la composition vocale : Avis aux Poètes lyriques, ou De la nécessité du rythme et de la césure dans les odes ou les hymnes destinés à la musique. Cet ouvrage est accompagné d’un mémoire sur le Conservatoire et l’école de chant[4].
Le 15 nivôse an X, il est distingué par la Classe des beaux-arts de l’Institut. Il obtient le prix du concours annuel pour son Discours portant sur la question : « Analyser les rapports qui existent entre la musique et la déclamation ». Cette victoire lui ouvre les portes de l’Institut en tant qu’associé correspondant, où il collabore activement aux travaux de la section musicale, notamment avec Grétry, Gossec et Méhul[4].
À la fin de sa vie, Framery a joué un rôle décisif dans l’histoire des droits d’auteur. Dès 1791, ce précurseur fonde et dirige la première agence de perception des droits d’auteurs dramatiques, une initiative révolutionnaire souvent menée en collaboration avec Beaumarchais[8]. Jusqu’alors privés de rémunération pour les représentations de leurs œuvres, les auteurs bénéficient grâce à ce « bureau central » d’un système organisé de recouvrement et de redistribution des revenus, préfigurant les modernes sociétés de gestion collective comme la Société des auteurs et compositeurs dramatiques. Framery installe cette agence à son domicile parisien et exerce cette fonction avec zèle jusqu’à sa mort[15].
On lui doit également de nombreuses traductions de l’italien, des traités techniques comme le Musicien pratique de Francesco Azopardi (en)[e], mais également des œuvres littéraires de cette langue comme l’Orlando furioso ou l'Arioste, la Jérusalem délivrée du Tasse. Lui-même a, par ailleurs publié, dans le Mercure de France du , une recension détaillée de la traduction par Rivarol de l’Enfer de Dante, provoquant une vive polémique et des réponses publiques de Rivarol[16].
Connu pour ses nombreux articles sur l’art musical pour le Mercure de France, le Dictionnaire de Musique et surtout l’Encyclopédie méthodique, où il assure la direction de la partie musicale aux côtés de Ginguené et Feytou, son expertise le fait intégrer, en 1807, par l’Institut au comité de rédaction du Dictionnaire de la Langue des Beaux-Arts aux côtés de savants renommés. Il a investi une part considérable de son activité dans ce projet d’envergure, sans pour autant interrompre sa carrière de compositeur et d’homme de lettres[2].
Sa dernière contribution littéraire consiste en une Notice sur Joseph Haydn, publiée en 1810 chez Barba. Cette étude biographique approfondie apporte des éclairages documentés et en partie inédits sur la trajectoire personnelle et l’œuvre du compositeur autrichien, alors associé étranger de l’Institut[2].
À sa mort, il a laissé plusieurs manuscrits inachevés ou inédits consacrés à la musique et aux musiciens, dont des notices biographiques sur le compositeur Della-Maria et le violoniste virtuose Gaviniès[2].
Publications
- Airs détachés de l’Olympiade, ou le Triomphe de l’amitié, drame héroïque représenté par les Comédiens italiens au mois d’octobre 1777, Paris [s.n.], 1700.
- Ariettes détachées de Nanette et Lucas ou la Païsanne curieuse, comédie en un acte avec accompagnement de basse ou clavecin représentée à la Comédie Italienne, Paris, La Chevardiere, 1765.
- L’Indienne, comédie en un acte, mêlée d’ariettes, représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens ordinaires du roi, le mercredi 31 octobre 1770, Paris, Veuve Duchesne, 1771.
- L’Infante de Zamora, comédie en trois actes, mêlée d’ariettes, parodiées sur la musique de la Frascatana, del Signor Paesielo, Paris, Ruault, 1783.
- L’Olympiade, ou le Triomphe de l’amitié, drame héroïque en trois actes et en vers, mêlé de musique. Représenté, pour la première fois, par les Comédiens Italiens ordinaires du Roi, le , et à Fontainebleau, devant leurs majestés, le 24 du même mois. La musique du sieur Sacchini, Paris, Veuve Duchesne, 1777.
- la Colonie, opéra-comique en deux actes, imité de l’italien, et parodié sur la musique del Sgr. Sacchini. Représentée pour la première fois par les Comédiens Italiens le 16 aout 1775, Paris, Veuve Duchesne, 1775.
- La Sorcière par hasard, opéra-comique en vers mêlé de musique; représenté pour la première fois par les Comédiens Italiens ordinaires du Roy le mercredi 3 7bre. 1783, Paris, Houbaut, 1783.
- L’Ariette du jour : Le Triomphe de l’amitié, France, [S.l.s.n.], 1700.
- Le Barbier de Séville, opéra-comique en quatre actes, mis en musique sur la traduction Italienne, Paris, Made Baillon, 1784.
- Le Miroir magique, : opéra-comique, en un acte, représenté, pour la première fois, sur le théâtre de la foire S. Laurent, le , Paris, Duchesne, 1753.
- Les Deux Comtesses, opéra-bouffon, imité de l’Italien et parodié sur la musique du célèbre signor Paisiello, Paris, Le Duc, 1781.
- L’Infante de Zamora, opéra-comique en trois actes, mêlée d’ariettes : parodié sous la musique de la Frascatana du célèbre Sgr. Paisiello, Paris, Le Duc, 1780.
- L’Olympiade, ou le Triomphe de l’amitié, drame héroïque en trois actes et en vers. Mêlé de musique; représenté pour la première fois, par les Comédiens Italiens ordinaires du roi, le 2 octobre 1777, & à Fontainebleau, devant Leurs Majestés, le 24 du même mois, Paris, Basset, 1777.
- Nanette et Lucas, ou la Paysanne curieuse, comédie en prose, mêlée d’ariettes, en un acte avec accompagnement de basse ou clavecin représentée à la Comédie Italienne, Paris, Hérissant, 1764.
- Nanette et Lucas : ou la Paysanne curieuse, comédie en prose, mêlée d’ariettes, en un acte ; représentée pour la première fois par les Comédiens italiens le ; La musique de M. le chevalier d’Herbain, Paris, C. Harissant, 1764.
- Nicaise : opéra-comique, Paris, Veuve Duchesne, 1768.
- Renaud, tragédie lyrique en trois actes, représentée pour la première fois par l’Académie de musique le mardi 25 février 1783 : tragédie lyrique en trois actes, Paris, Le Duc, 1783 ; New York, Broude, 1971.
Romans et contes
- Mémoires de M. le marquis de S. Forlaix : recueillis dans les lettres de sa famille, Paris, René François Fétil (d), 1770.
- Réponse de Valcour à Zeila, 1764.
- Les Trois Nations : contes nationaux, I. Théménide et Paleno ; II. Les Canadiens, Londres ; Paris, Veuve Duchesne, 1768, in-12.
- Le Présent, le Passé et l’Avenir.
Traités et mémoires
- Avis aux poëtes lyriques, ou De la nécessité du rythme et de la césure dans les hymnes ou odes destinés à la musique, Paris, Imprimerie de la République, Brumaire 1796 .
- Calendrier musical universel, contenant l’indication des cérémonies d’église en musique les découvertes et les anecdotes de l’année... la notice des pièces en musique représentées... &c. &c. &c. Pour l’année 1788, Paris, Prault, 1788.
- De l’organisation des spectacles de Paris, ou essai sur leur forme actuelle; sur les moyens de l’améliorer, Paris, Buisson, 1790.
- Discours qui a remporté le prix de musique et déclamation proposé par la Classe de littérature et beaux-arts de l’institut national de France, et décerné dans sa séance du 15 nivôse, an X, sur cette question : Analyser les rapports qui existent entre la musique et la déclamation ; – déterminer les moyens d’appliquer la déclamation à la musique, sans nuire à la mélodie, Paris, C. Pougens, 1802.
- Diverses lettres de Gluck, Paris, [S.n.], 1772-1776.
- Encyclopédie méthodique. Musique, Paris, Panckoucke, 1791-1818 ; Paris, Agasse, 1980-1989.
- « Musique », Encyclopédie méthodique, Charles-Joseph Panckoucke, 1791 ; réimpr. new york, da capo press, 1971.
- Notice sur Joseph Haydn, associé étranger de l’Institut de France : contenant quelques particularités de sa vie privée, relatives à sa personne ou à ses ouvrages, Paris, Barba, 1810 .
- Réponse des auteurs dramatiques, soussignés, à la pétition présentée à l’Assemblée nationale par des directeurs de spectacle, Paris, Du Pont, 1791.
- Tablettes de renommée des musiciens, auteurs, compositeurs, virtuoses, amateurs et maitres de musique vocale et instrumentale, les plus connus en chaque genre : avec une notice des ouvrages aux autres motifs qui les ont rendus recommandables, Paris, Cailleau, 1785.
Traductions
- Francesco Azopardi (en), Le Musicien pratique ou Leçons qui conduisent les élèves dans l’art du contrepoint, en leur enseignant la manière de composer correctement toute espèce de musique : ouvrage composé dans les principes des conservatoires d’Italie, Paris, Le Duc, 1786 ; University of Rochester Press, 1957.
- Roland furieux, poème héroïque de l’Arioste, Paris, Plassan, 1787.