Ninkasi

déesse de la bière dans la mythologie sumérienne From Wikipedia, the free encyclopedia

Ninkasi est la déesse de la bière et du brassage dans la religion mésopotamienne. Elle est connue en particulier par un hymne qui lui est dédié et qui retrace les étapes d'élaboration de la bière.

Fonction principaleDéesse de la bière
Région de culteSumer
Faits en bref Caractéristiques, Fonction principale ...
Ninkasi
Caractéristiques
Fonction principale Déesse de la bière
Région de culte Sumer
Fermer

La bière était une composante essentielle de l'alimentation mésopotamienne, dans toutes les couches de la société.

Étymologie

Le nom de Ninkasi est généralement interprété comme signifiant en sumérien nin-ka-si « Dame (ou Maîtresse) qui remplit la bouche » (de bière)[1]. Mais cela a été contesté[2]. Une autre possibilité est de comprendre le nom comme « Dame/Maîtresse de la bière » (nin-kaš)[3].

Fonctions

Ninkasi est la déesse de la bière. Elle est en ce sens chargée de la production, donc du brassage, de la consommation de la boisson. Elle est aussi responsable des effets de la boisson, donc de l'ivresse et de la désinhibition qu'elle provoque, présentés comme plaisants dans les textes mésopotamiens[4],[1]. Cette fonction est principalement célébrée dans l'hymne en sumérien qui lui est consacré, qui chante la qualité des bières qu'elle produit, qui ont la capacité de susciter la joie des buveurs et à satisfaire leurs besoins[5].

Le brassage et le service de la bière sont en tout cas des activités essentiellement féminines en Mésopotamie, ce qui explique pourquoi elles rentrent dans le champ de compétences d'une divinité qui est féminine, au moins originellement. Dans des textes plus tardifs néanmoins, Ninkasi peut être présentée comme masculine[6].

Le champ de compétence de la déesse semble s'étendre au vin, voire aux autres boissons alcoolisées[4],[1]. Mais la bière est de loin la boisson alcoolisée la plus consommée en Mésopotamie ancienne, où elle joue un rôle culturel important[7].

Dans son hymne, Ninkasi assure également le service de la bière, mais elle n'est pas pour autant la déesse des lieux de débit de boisson, les tavernes/cabarets, qui sont dans la sphère de compétence d'Inana/Ishtar (parce que ce sont souvent en Mésopotamie des lieux de prostitution)[4].

Dans l'art, il a été proposé d'identifier la déesse dans des scènes de banquet, et dans des représentations de deux déesses tenant une coupe (l'autre étant alors Siris/Sirash), mais ce n'est pas assuré[8].

Hymne à Ninkasi

L'Hymne à Ninkasi (ou Ninkasi A) est composé de deux chansons gravées sur des tablettes d’argile datées du XVIIIe siècle av. J.-C. Ces tablettes sont connues depuis la première moitié du XXe siècle mais les deux premières tentatives de traduction n'étaient pas satisfaisantes. Le professeur Miguel Civil en a proposé une nouvelle, en anglais, en 1991. La première chanson décrit étape par étape le processus de brassage de la bière sumérienne. La seconde décrit les récipients dans lesquels la bière est brassée puis servie. Le tout étant effectué par la déesse elle-même[9],[10],[11],[12].

« C'est toi qui fais cuire le pain à bière dans le grand four et qui mets en ordre les tas de grains décortiqués. Ninkasi, c'est toi qui fais cuire le pain à bière dans le grand four, et qui mets en ordre les tas de grains décortiqués. (...)

C'est toi qui fais tremper le malt dans une jarre ; les vagues montent, les vagues descendent. Ninkasi, c'est toi qui fais tremper le malt dans une jarre ; les vagues montent, les vagues descendent. (...)

Tu places la jarre de fermentation, qui émet un son agréable, de manière appropriée au-dessus d'une grande cuve collectrice. Ninkasi, tu places la jarre de fermentation, qui émet un son agréable, de manière appropriée au-dessus d'une grande cuve collectrice.

C'est toi qui verses la bière filtrée de la cuve collectrice ; c'est comme la montée des eaux du Tigre et de l'Euphrate. Ninkasi, c'est toi qui verses la bière filtrée de la cuve collectrice ; c'est comme la montée des eaux du Tigre et de l'Euphrate[11]. »

En 1988, les brasseurs de l’Anchor Brewing Company, une microbrasserie californienne, sont entrés en contact avec Solomon Katz, professeur à l’université de Pennsylvanie, dont une publication les avait intrigués. Sa théorie est que les nomades se sont sédentarisés pour cultiver de l’orge non pas pour cuire du pain mais pour brasser de la bière. Ensemble, ils ont essayé de brasser de la bière comme elle devait l’être à l’époque. Après un premier essai en août 1989, ils ont décidé de se baser essentiellement sur l’Hymne à Ninkasi, aidés du professeur Miguel Civil pour sa traduction. Dans l'interprétation qu'ils en ont faite, ils brassent à partir de pain « bappir », pain cuit deux fois pour qu'il soit bien sec et se conserve bien, et composé d'orge, d'orge grillé, d'orge malté et de miel. Ils ajoutent un sirop de dattes à la fin de l'infusion puis une levure de fermentation haute. Par contre, le houblon, inconnu à l'époque, n'entre pas dans la recette[13].

D'autres expérimentations ont été faites par la suite, en partant de l'Hymne à Ninkasi, combiné à d'autres sources textuelles, ainsi que des images antiques et des données issues de fouilles archéologiques[14].

Dans la société divine

Ninkasi s'inscrit dans la société divine mésopotamienne par ses relations généalogiques et fonctionnelles avec d'autres divinités.

Elle est considérée comme la fille d'Enki/Ea et de Ninhursag (dans le mythe Enki et Ninhursag), ou bien, dans une tradition alternative, d'Enki/Ea et de Ninti. D'après son hymne, Ninti est sa mère et Ninhursag est celle qui l'a élevée. Le fait qu'elle soit une création d'Enki/Ea, démiurge qui est à l'origine de nombreuses inventions pour le bienfait des humains, est en tout cas rappelé dans plusieurs textes[6].

Ninkasi est souvent associée avec la divinité appelée Siris ou Sirash, qui, selon les situations, être assimilée à elle ou, présentée comme une divinité différente, tantôt féminine (sa sœur ?), tantôt masculine (son frère ou son époux ?). Le nom de cette divinité, qui renvoie à la fermentation, est souvent employé dans les textes cunéiformes pour désigner la bière[15],[16].

La principale liste de divinités mésopotamiennes, An = Anum, donne les noms de plusieurs enfants de Ninkasi, dont les noms semblent faire allusion à des aspects de la bière, de l'ivresse et des beuveries[4]. En revanche on ne lui connaît pas d'époux[4]. Elle est également la mère de Nin-mada, la charmeuse de serpent au service des dieux Anu et Enlil[17].

Ninkasi comme Siris font partie du cercle divin d'Enlil, le roi des dieux et maître du panthéon mésopotamien durant la majeure partie de l'histoire de cette civilisation[4]. Ninkasi a pour rôle de fournir la bière pour les grands sanctuaires de Nippur, la cité d'Enlil[1]. Ses fonctions la rapprochent des divinités agraires Nisaba et Ashnan, liées à la croissance des céréales, qui servent à fabriquer la bière[4].

Culte

L'Hymne à Ninkasi évoque potentiellement un temple dédié à la déesse, mais il n'a pas été possible d'identifier avec certitude dans la documentation cunéiforme un lien de culte indépendant qui lui soit consacré. Les textes antiques indiquent à tout le moins que Ninkasi reçoit des offrandes dans des sanctuaires dont elle n'est pas la divinité principale, dès l'époque de Fara (XXVIe siècle av. J.-C.), et principalement à Nippur sous la troisième dynastie d'Ur (XXIe siècle av. J.-C.) et à la période paléo-babylonienne (XXe – XVIIIe siècle av. J.-C.), mais aussi à Ur où le gouverneur Sîn-balassu-iqbi (VIIe siècle av. J.-C.) lui consacre un lieu sacré dans le temple de Ningal[4].

Réceptions modernes

Notes et références

Bibliographie

Related Articles

Wikiwand AI