Nâtya-shâstra
œuvre encyclopédique de l'hindouisme, antique en sanskrit
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Le Nâtya-shâstra (du sanskrit : nâtya, « drame », et, shâstra, « traité »), ou Bharata Natya Shastra, est une œuvre littéraire encyclopédique de l'hindouisme antique, donnant les bases du théâtre indien et de la danse classique indienne[1]. Il se considère comme le cinquième Veda.

Sa date d'écriture précise ainsi que son auteur sont inconnus ; il est considéré comme ayant été écrit entre le IIe siècle av. J.-C. et le IIIe siècle ap. J.-C. Le terme bharata qui précède le titre pourrait signifier danseur ou acteur, ou être le nom de l'auteur ; c'est pourquoi Bharata Muni est un auteur possible du traité[2].
Ce texte en sanskrit expose les codifications pour le théâtre, le jeu dramatique, la poésie, la danse, le chant et la musique. Le Nâtya-shâstra, divisé en trente-huit adhyâya, ou chapitres, donne toutes les données de la représentation. Il décrit l'édifice idéal, les règles de prosodie et de diction, les types de personnages, la représentation des sentiments et les mouvements de chaque membre. Soixante-sept mudrās (positionnement des mains), et trente-six mouvements d'yeux y sont décrits précisément. Ce texte formule la théorie esthétique du Rasa et des bhavas et demeure encore aujourd'hui l'ouvrage de base de toute création scénique en Inde.
Historiographie et études
Le texte a été retrouvé en 1784 lors de fouille archéologiques organisée par le gouverneur britannique du Bengale occidental, mais était déjà connu car il était cité dans d'autres textes indiens. La traduction de plusieurs chapitres dans les années 1890 l'a rendu célèbre en occident[3].
Abhinavagupta en a fait un célèbre commentaire au Xe siècle sous le titre Abhinavabharati (en)[4].
Contenu
Positions du corps
Le Natya-Shastra classifie toutes les positions du corps pouvant être prise par les danseurs et acteurs[5].
| Type de mouvement ou de position | Nombre de mouvement ou positions répertoriées par le Natya-Shastra. |
| Mouvement de la tête | 13 |
| Coup d’oeil | 36 |
| Mouvement des yeux | 7 |
| Mouvement des paupières | 9 |
| Mouvement des sourcils | 7 |
| Mouvement du nez | 6 |
| Mouvement des joues | 6 |
| Mouvement de la lèvre inférieur | 6 |
| Mouvement du menton | 7 |
| Mouvement du cou | 9 |
| Mouvements du ventre | 3 |
| Mouvement de la poitrine | 5 |
| Mouvement de la taille | 5 |
| Mouvement des côtés | 5 |
| Mouvement des cuisses | 5 |
| Mouvement des mollets | 5 |
| Mouvements des pieds | 5 |
| Charis, mouvement pour un seul pied | 32 |
| Mouvements mains | 67, dont 24 pour une seule main, 13 pour deux mains, et 30 appartenant au registre de la danse pure (Nritta), et ne pouvant donc pas être utilisés pour le théâtre |
Il y a quatre positions du corps en entier[5] ː
- abhanga : légèrement penché
- samabhanga : penché de manière égale, c'est à dire se tenant droit
- aibhanga : très penché
- tribhanga : penché en trois (position classique de la danse Odissi)
L'aspect "penché" du corps se mesure en considérant l'angle formé entre le buste et l'axe vertical par rapport au sol[6].
Rasa
Le Natya-Shastra définit les différentes émotions qui peuvent être représentées par le théâtre ou la danse. Celles-ci sont toutes associées à une divinité et une couleur.
| Emotions | Traduction | Divinité associée | Couleur associée |
| Shringar | Amour | Vishnou | Vert clair |
| Hasya | Humour | Pramatha | blanc |
| Karuna | Pitié | Yama | Cendre (gris) |
| Rudra | Colère | Rudra | rouge |
| Vir | Héroïsme | Indra | Orange clair |
| Bhayanaka | Terreur | Kala | noir |
| Bibhatsa | Dégoût | Shiva Mahakala | bleu |
| Adbhuta | Curiosité | Brahma | jaune |
Un neuvième Ras, le calme, est parfois ajouté, associé à Narayana, et à la couleur blanche d’une fleur de kunda (type de jasmin)[5].
Karana
Le quatrième chapitre du Natyashastra décrit les Karanas, qui sont 108 unités de danse, formées de la combinaison entre position des jambes et positions des bras. Ce serait ces karanas qui auraient donné les différents adavus, c'est-à-dire les pas de base de la danse bharatanatyam[7].
Ces 108 unités sont gravés dans le temple de Chidambaram[5].