Nécropole d'Anghelu Ruju
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La nécropole d'Anghelu Ruju est un site préhistorique daté du Néolithique, situé dans la commune d'Alghero, dans la province de Sassari, en Sardaigne (Italie). C'est la plus grande nécropole prénuragique de Sardaigne, elle regroupe 37 domus de janas. Les productions céramiques ont permis de déterminer diverses phases d’utilisation sur une période couvrant au moins 1500 ans, du Néolithique récent au premier âge du bronze, correspondant à cinq phases culturelles distinctes : les cultures d'Ozieri, d'Abealzu-Filigosa, de Monte Claro, du Campaniforme et de Bonnanaro.
| Nécropole d'Anghelu Ruju | |
Vue intérieure de la tombe XX bis. | |
| Localisation | |
|---|---|
| Pays | |
| Région | Sardaigne |
| Province | Sassari |
| Commune | Alghero |
| Protection | Patrimoine mondial 2025 |
| Coordonnées | 40° 37′ 56″ nord, 8° 19′ 37″ est |
| Histoire | |
| Époque | Néolithique |
| modifier |
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Le site a été inscrit en 2025 sur la liste du Patrimoine mondial avec 26 autres sites néolithiques de Sardaigne.
Historique
La nécropole d’Anghelu Ruju est découverte par hasard en 1903, au cours de travaux d’extraction de matériaux destinés à la construction d’une maison rurale. Peu après la découverte, un crâne humain et un vase tripode, prélevés par les ouvriers dans un hypogée, ultérieurement nommé tombe I, sont transmis à l’archéologue Antonio Taramelli. Taramelli commence les premiers fouilles sur le site en 1904, assisté par Nissardi, auquel on doit le relevé graphique des dix premières hypogées découvertes (numérotées de I à X). En 1908, Taramelli entreprend une nouvelle série d’explorations systématiques du site et découvre 21 autres domus de janas. À cette occasion, il recueille un matériel archéologique exceptionnel actuellement conservé au musée archéologique national de Cagliari. Lors d'une brève campagne de fouilles menée en 1936 par l’archéologue Doro Levi, quatre nouvelles tombes sont identifiées. Elles sont désignées par les lettres A, B, C, D pour les distinguer de celles fouillées précédemment par Taramelli. En 1967, au cours de travaux de restauration rendus nécessaires par l’état d’abandon dans lequel se trouve la nécropole, Ercole Contu découvre trois nouvelles tombes : la tombe VIII bis (probablement déjà fouillée mais non publiée par Taramelli), ainsi que des tombes E et F[1].
Giovanni Maria Demartis fouille sur le site entre 1904 et 1995[2].
En 2025, le site archéologique de la nécropole d'Anghelu Ruju fait partie de l'ensemble inscrit au Patrimoine mondial de l'UNESCO sous le nom « Tradition funéraire dans la Sardaigne préhistorique – Les domus de janas »[3].





La nécropole
La nécropole est située au bord d’un petit ruisseau, le Rio Filibertu. Elle comporte deux zones distinctes : la première est un affleurement rocheux plat, où 7 « domus de janas » ont été creusées, la seconde correspond aux flancs et au sommet d’une modeste colline (23 m d'altitude), où s’ouvrent les 31 tombes restantes. La nature de la roche locale, un grès tendre et compact, a favorisé le creusement des tombes, réalisé avec de grossiers pics de pierre retrouvés en grand nombre dans les tombes, mais a aussi limité leur développement en hauteur. La présence d'une couche de sable presque à fleur de sol a contraint les constructeurs à aménager des plafonds de faible épaisseur dont plusieurs se sont effondrés avec le temps et de nombreuses tombes apparaissent aujourd’hui à ciel ouvert[4]. À l'époque moderne, les hypogées du secteur sud-ouest de la nécropole ont été profondément endommagés (en particulier les tombes A et XX bis) par une intense activité de carrière[2].
En raison de la géomorphologie du site, toutes les tombes sont des hypogées. La nécropole s'est développée de manière spontanée, sans plan régulier, en fonction de la morphologie de la roche mais aucune tombe, même dans les zones de forte concentration, n’empiète jamais sur une autre et les constructeurs ont fait preuve d'une grande habileté et d'une exceptionnelle gestion de l’espace. La typologie architecturale des « domus de janas » d’Anghelu Ruju est assez variée[4]. Toutes les tombes sont multi-cellulaires, avec un nombre maximum de pièces égal à 11 (tombe III), sauf la tombe XXVI qui est unicellulaire[2]. Les parois sont presque toujours bien rectilignes et les angles arrondis[4].
L’accès aux sépultures, généralement orienté vers l’est et le sud-ouest, peut se faire de deux manières : par un puits d’accès (tombes C, F, IV, XIII, XV, XVI, XXIV, XXVII), parfois facilité par la présence de marches irrégulières, ou par un dromos (tombes A, B, D, I à III, V, VII, XI, XII, XVII, XIX, XX bis et XXIII), généralement descendant et muni de marches sculptées à l’entrée. Dans certains cas, le dromos se distingue par ses dimensions monumentales (tombes II, XX bis)[2].
Les tombes à entrée en puits comportent souvent une planimétrie irrégulière et des cellules de plan arrondi ou oblong, tandis que celles à dromos ont plus souvent un plan symétrique et régulier (a minima, la seconde cellule possède un profil rectiligne). Dans les tombes à dromos, le plan se développe souvent transversalement par rapport à l’axe des tombes, selon un schéma classique en « T », où les petites cellules s’ouvrent sur les côtés courts de la chambre principale presque carrée. Plusieurs hypogées résultent de creusements successifs, peut-être dus à un accroissement démographique ou à de nouvelles exigences religieuses, et il est évident que de nombreuses cellules secondaires sont venues perturber des espaces préexistants, comme dans la tombe I ou la tombe A. Il n’est pas rare d'observer des cellules à peine esquissées, des portes seulement tracées, avec les sillons caractéristiques laissés par les pics de creusement sans que les parois aient été ensuite finies[5].
Les hypogées de la nécropole se distinguent aussi par la présence, à l’intérieur, de reproductions d’éléments architecturaux tels que colonnes, piliers, socles, pilastres, plafonds à une simple (tombe XX bis) ou double pente (tombe XXX). Ces motifs architecturaux sont surtout visibles dans les tombes à dromos. On y trouve également des motifs symboliques sculptés tels que des bucranes (tombes A, XIX, XX bis, XXVIII, XXX) et des fausses portes (tombes VIII, XXI, XXX). Ces motifs décoratifs, architecturaux et symboliques sont souvent associés à des traces évidentes d’ocre rouge, encore visibles sur les parois internes des sépultures (tombes VII, XIX, XX, XXIX)[2].
La nécropole devait être liée à un vaste village, dont il ne reste cependant aucune trace, mais qui pourrait avoir été détruit par les travaux d'amélioration des sols qui ont été réalisés dans la région dans la première moitié du XXe siècle[2].
Tombe A
La tombe est située à environ une dizaine de mètres vers l’ouest après la tombe IV. La « domus » est presque entièrement à ciel ouvert. Au-delà d'un long couloir, et après un petit vestibule, on accède à une minuscule antichambre quadrangulaire, puis à la chambre principale de plan rectangulaire, sur les côtés de laquelle s’ouvrent une cellule et un lit funéraire. Trois petites cellules accessibles depuis la droite de l’antichambre comportent des motifs sculptés sur les parois. Un beau portail en retrait sur le côté droit de l'antichambre est surmonté de quatre petits bucranes, à tête triangulaire et cornes distinctes, disposés côte à côte. Deux autres bucranes analogues mais de plus grandes dimensions, sont visibles à droite du portail, près de la paroi d’entrée de la tombe. La cellule de droite est décorée d'une paire de bucranes en relief sur la paroi gauche et de douze rectangles saillants[6].
Tombe B
La tombe B se compose d’un court couloir d’entrée et de deux petites cellules disposées de part et d’autre d’une petite antichambre de plan ellipsoïdal. La paroi séparant ce volume de la cellule située à gauche de l’entrée a été abattue dans l’Antiquité et au fond on peut voir une petite niche. Parmi les rares vestiges retrouvés dans cet hypogée, on peut mentionner quelques fragments céramiques de la période Ozieri[7].
Tombe C
La tombe C est un hypogée à entrée en puits. Elle est composée de quatre cellules disposées de manière irrégulière. Une petite cuvette est visible sur la gauche du puits[8].
Tombe D
La tombe est ruinée et son élévation originelle a pratiquement disparue. Elle est constituée de six cellules et d’un petit dromos. À proximité de l’entrée, les parois du couloir comportent deux fausses portes opposées, sculptées en relief presque invisibles. De cette tombe proviennent divers objets attribués à la culture de Bonnanaro[9].
Tombe I
Les parois de certaines cellules de la tombe ont été endommagées par une carrière et le dromos a pratiquement disparu. L’antichambre de forme ellipsoïdale précède une grande salle quadrangulaire, sur laquelle s’ouvrent trois petites cellules secondaires disposées en rayons. Cinq petites cellules de plan varié, à moitié détruites, autrefois accessibles depuis le dromos, correspondent à un agrandissement postérieur de l’hypogée d'origine. C’est dans ces cellules que furent découvertes des céramiques datées des périodes Ozieri et campaniformes, dont un petit poignard métallique (bronze ou cuivre) et un brassard à deux perforations[8].
Tombe III
La tombe est située à environ cinq mètres de distance de la tombe XIX, au sud-est. C'est une domus de proportions monumentales, accessible par le plus long dromos de la nécropole (10,60 m). Deux petites cellules et une niche consécutives sont visibles sur le côté droit du dromos Au-delà du vestibule, on accède à une vaste et profonde cellule quadrangulaire, dont les parois s'ouvrent par de larges portails sur six cellules secondaires disposées en rayons. Le matériel archéologique trouvé dans la tombe comprend des fragments céramiques de la période Ozieri, des poteries décorées de la culture Filigosa et des vases entiers datés du Campaniforme[10].
Tombe IV
La tombe est située à environ douze mètres à l’ouest de l’entrée de la tombe XVII. La tombe a perdu son plafond d'origine. C'est une hypogée typique à entrée en puits avec quatre espaces disposés selon un plan classique en « T »[6].
Tombe V
La tombe V est presque parallèle à la tombe A, à environ douze mètres au sud-ouest. La « domus » est constituée de neuf cellules de plan arrondi ou quadrangulaire. Une petite cellule et une niche sont visibles sur le côté droit du long dromos. On accède d’abord au petit vestibule, puis à une minuscule antichambre précédant une vaste cellule de dégagement, rectangulaire, partiellement dépourvue de plafond, disposée selon un plan caractéristique en « T ». Les parois de cet espace ouvrent par des portails sur cinq cellules secondaires. Des sillons verticaux incisés, imitant très probablement les poteaux des cabanes domestiques, sont visibles sur les murs[11].
Tombe X
La tombe a été presque entièrement détruite par la carrière[8].
Tombe XI
La tombe XI, est l’une des rares « domus » d’Anghelu Ruju retrouvées intactes, avec les dalles de fermeture en place et des amas de pierres scellant le portail extérieur ainsi que celui reliant l’antichambre à la salle principale. Il s’agit d’un exemple classique de tombe en « T », avec deux petites cellules ouvertes en correspondance sur les côtés courts de la cellule principale de plan rectangulaire. Huit individus ont été retrouvés en position allongée sur le dos, dont certains déposés avec le crâne orienté vers les entrées. L’une des sépultures était entourée d’une cinquantaine de pics de fouille en pierre[12].
Tombe XIII
La tombe XIII est une hypogée à entrée en puits comportant une antichambre de plan quadrangulaire et une cellule principale sur le côté gauche de laquelle s’ouvre une grande niche. Cet hypogée, de plan simple, a livré un riche matériel archéologique comprenant de nombreux fragments de vases campaniformes, divers éléments de collier, y compris en argent, des boutons à perforation en « V » et deux brassards, dont l’un contenu dans un étui en os richement décoré de petits cercles incisés[12].
Tombe XIV
La tombe XIV est un petit hypogée constitué de deux petites cellules ouvertes sur les côtés d’une minuscule antichambre ellipsoïdale, accessible par un étroit puits. La cellule de gauche est divisée au sol par une cloison en relief, tandis que celle de droite montre un portail à peine ébauché. Parmi les objets funéraires associés aux rares restes humains, on y découvrit des fragments céramiques de la période Ozieri et un étrange entonnoir-sifflet en terre cuite[13].
Tombe XV
La tombe XV possède une entrée à puits et six cellules de plan varié, disposées selon un schéma irrégulier. Cette « domus » a livré des fragments céramiques de la culture Ozieri et des os humains partiellement brûlés déposés dans une petite cavité[7].
Tombe XVI
La tombe XVI, est une hypogée à entrée en puits, composée de trois cellules arrondies qui ont livré peu de vestiges archéologiques[13].
Tombe XVII
C'est la première tombe visible près de l'entrée de la nécropole. On y accède par un long dromos avec des marches, à droite duquel on peut voir une petite cellule. L'entrée de la tombe est composée d'un petit vestibule, permettant l'accès à une antichambre presque quadrangulaire. Un beau portail orné de corniches creusées dessert la chambre principale, de plan rectangulaire, sur laquelle s’ouvrent quatre cellules surélevées, deux de chaque côté des côtés courts. L'ensemble dessine un plan en « T ». Le dépôt archéologique de cet hypogée a livré un matériel céramique attribué à la culture d'Ozieri et des objets de mobilier funéraire attribuables au premier âge du bronze (un brassard à deux perforations, un bouton en os avec perforations en « V » et un petit poignard en cuivre ou en bronze)[14].
Tombe XVIII
La tombe XVIII est un exemple d’hypogée à puits avec un plan en croix, dû peut-être à la tentative de creuser dans la cellule principale deux piliers destinés à soutenir le plafond. Elle est décorée de deux beaux portails entourés de corniches en retrait. La couche archéologique a permis de recueillir les restes de plus de trente individus déposés dans les différentes cellules, peut-être en dépôt secondaire, des fragments céramiques, deux bracelets en bronze et une petite bague en argent[7].
Tombe XIX
La tombe XIX se trouve à quelques mètres à l'ouest de la tombe V. La tombe a perdu son plafond originel et elle est endommagée sur une paroi. Elle est précédée d'un dromos et comporte quatre cellules, presque toutes de plan quadrangulaire. Des bucranes, avec des cornes en « croissant de lune », sculptés et peints en rouge, sont visibles dans l’antichambre et sur une face du pilier qui soutenait le plafond de la salle principale[11].


Tombe XX Bis
La tombe est un hypogée monumental accessible par des marches formant un escalier. Le vaste pavillon est presque entièrement détruit et l'antichambre a disparu. Un portique élargi à une époque récente donne accès à la chambre principale de plan trapézoïdal. Le plafond de cette pièce est soutenu par deux piliers. Celui de droite, qui a été restauré, est orné de deux bucranes superposés. Tout autour s’ouvrent quatre cellules secondaires, dont certaines sont inachevées et sur la paroi à droite de l’entrée, on peut remarquer un portique à peine esquissé. Malgré des pillages anciens, la tombe a livré un abondant mobilier archéologique dont des fragments d’idoles de type « cycladique » en calcite, des éléments de collier en argent, un brassard fragmentaire et divers fragments de céramiques appartenant à la culture d’Ozieri. Des os humains à moitié brûlés ont été découverts dans la cellule inachevée située à droite du fond de la salle principale[15].
Tombe XXII
La tombe XXII se compose de quatre cellules presque carrées, disposées en « T ». Le portique de la petite cellule située à droite du vestibule est surmonté d’un architrave sculpté. Taramelli découvrit dans la tombe quelques restes de sépultures, dont un individu déposé en décubitus dorsal, ainsi que de rares objets de mobilier funéraire (céramiques Ozieri et campaniformes)[16].
Tombe XXIII
La tombe est ruinée : son plafond a disparu ainsi qu'une grande partie de son élévation originelle. La tombe comportait un couloir et une cellule principale dans laquelle, sur une colonne, Taramelli a signalé la présence d'une croix incisée, peut-être une tête de taureau extrêmement stylisée ou bien un schéma anthropomorphe[17].
Tombe XXIV
La tombe XXIV est un hypogée à entrée en puits. Elle est composée de quatre cellules quadrangulaires aux angles arrondis, disposées en ligne[8].
Tombe XXV
La tombe XXV est un hypogée à entrée en puits comportant une minuscule antichambre, désormais à ciel ouvert, et quatre cellules à base arrondie disposées selon un plan irrégulier[8].
Tombe XXVI
La tombe est l’unique hypogée monocellulaire de toute la nécropole[8].
Tombe XXVII
La tombe XXVII est un hypogée composée d'un étroit puits d’accès, d'une très petite antichambre et d'une pièce de dégagement trapézoïdale, sur laquelle s’ouvrent en rayons trois petites cellules de plan arrondi ou allongé[8].
Tombe XXVIII
La tombe est un hypogée à plan curviligne composé de sept espaces distincts. Un puits allongé et étroit donne accès à l’antichambre de forme ellipsoïdale qui comporte, sur les murs, de part et d’autre du portique donnant sur la chambre principale, deux bucranes à doubles cornes avec une tête schématisée par un rectangle, ornée d’incisions en cercles concentriques ou de spirales. Les larges niches visibles sur les côtés correspondent probablement à un aménagement ultérieur car leur creusement a en partie endommagé ce décor. La chambre principale est segmentée par une cloison en relief qui se fond avec la base du pilier soutenant le plafond. Au fond de la pièce, trois portiques mènent à trois cellules secondaires[18].
Tombe XXIX
La tombe XXIX est un hypogée qui possède un petit puits d’accès et une antichambre de forme arrondie, originellement peinte en rouge, ainsi qu’une vaste cellule principale au plan irrégulier permettant d’accéder à quatre autres petites cellules secondaires. Sur le sol est visible une fosse sépulcrale, dont la couverture en bois fut retrouvée renversée dans un angle de la cellule[8].
Tombe XXX
La tombe XXX est accessible par un puits d'entrée minuscule de forme allongée. L'antichambre, presque carrée, est ornée avec des pilastres d’angle sur les parois latérales, mettant en évidence deux espaces rectangulaires abaissés, à l’intérieur desquels sont sculptées de larges cornes taurines curvilignes, que Taramelli avait interprété à tort comme étant des représentations de barques. Le portique ouvert dans la paroi du fond donne accès à la chambre principale de forme quadrangulaire, qui comporte une fausse porte sculptée. Le sol de l’unique cellule secondaire est compartimenté par une cloison en relief. C'est dans cette cellule secondaire que furent découverts des restes de sépultures, correspondant peut-être à un dépôt primaire, accompagnés d'un matériel archéologique composé de fragments de vases campaniformes, de nombreux éléments de collier, de boutons à perforations en « V », d’un petit poignard en cuivre ou en bronze et de petits bijoux en fil d’argent[19].
Rituels funéraires
La nécropole d'Anghelu Ruju est l'un des rares nécropoles à domus de janas où les rituels funéraires ont pu être documentés malgré les bouleversements subis par le dépôt archéologique dans presque tous les hypogées. L’usage de consommer des repas en l’honneur des morts, aussi bien dans l’aire des dromoi qu’à l’intérieur des « domus », est attesté dans plusieurs cas par de nombreuses valves de coquillages retrouvées mêlées à de la cendre et du charbon, parfois même au-dessus des sépultures, comme dans les tombes III et XXIII. Des vases découverts près du portail extérieur des tombes (tombe XI) suggèrent des offrandes périodiques de nourriture solide ou liquide. Dans les tombes I et VI, le sol de certaines cellules a été recouvert d’une substance gypseuse et des traces d'’ocre rouge (tombe XXVII) sont visibles au sol[20].
La pratique de l’inhumation prédomine largement à Anghelu Ruju : de nombreuses tombes ont livré des squelettes allongés en position allongée sur le dos (tombes III, XII, XI, XIX, XXII, XXX), ainsi que de probables exemples de dépôts secondaires (tombes I, XX, XXI, XIII, XVIII). On ne dispose d'aucun élément permettant de savoir s’il s’agissait de sépultures individuelles ou collectives mais la tombe XII renfermait deux individus et la tombe XVIII plus de trente. Des cas de semi-crémation sont identifiés dans les tombes XV, XX, XX bis et XXVI, et les ossements sont presque toujours placés dans des niches appropriées[20].
Datation
Malgré la variété et l’importance du matériel archéologique recueilli au cours des différentes campagnes de fouilles, aucune stratigraphie n'a pu être documentée car aucune domus n'a été épargnée par des réutilisations funéraires ou des pillages ultérieurs. Les productions céramiques ont toutefois permis de déterminer diverses phases d’utilisation sur une période couvrant au moins 1500 ans, du Néolithique récent au premier âge du bronze, correspondant à cinq phases culturelles distinctes : les cultures d'Ozieri, d'Abealzu-Filigosa, de Monte Claro, du Campaniforme et de Bonnanaro[21]. Durant la période Abealzu-Filigosa, une dizaine de tombes au moins sont réutilisées pour de nouvelles inhumations[22].
Aucune sépulture intacte attribuable avec certitude à la culture d' Ozieri n'a été retrouvée mais cette phase culturelle est attestée dans au moins 27 tombes sous la forme de céramiques caractéristiques à surface lustrée, comportant un décor avec des motifs géométrico-abstraits, parfois rehaussés d’ocre rouge[21]. Les céramiques d’Ozieri ont été retrouvées aussi bien dans des tombes à puits que dans des tombes à dromos. Selon Demartis, il est probable qu’Anghelu Ruju, durant toute la période d’Ozieri, ait été l’un des principaux foyers de l’évolution qui conduisit au passager des hypogées primitifs à puits vers ceux à dromos[23]. Selon cette hypothèse, l’excavation de tous les hypogées de la nécropole, à l’exception de quelques interventions marginales des périodes postérieures, aurait pu être réalisée dès la période d'Ozieri[2].
Cet essor architectural, raffiné et grandiose, a très probablement été rendu possible en raison d'une économie prospère car la situation géographique de la région d’Alghero lui permettait de bénéficier de ressources locales (pêche, agriculture, pastoralisme) et de développer le commerce avec des zones extra-insulaires grâce à un excellent port naturel[23].