Culture prénuragique

période de l'histoire de la Sardaigne From Wikipedia, the free encyclopedia

La culture prénuragique désigne la période de l'histoire de la Sardaigne qui précède celle où va s'épanouir la culture nuragique. Il ne s'agit pas d'une culture homogène au sens strict mais d'un terme générique englobant toutes les cultures préhistoriques apparues du Néolithique jusqu'à l'âge du bronze dont la culture nuragique est l'héritière.

Bas-relief représentant des bucranes  dans la nécropole de Su Crucifissu Mannu près de Porto Torres  (IVe millénaire av. J.-C.).
Bas-relief représentant des bucranes dans la nécropole de Su Crucifissu Mannu près de Porto Torres (IVe millénaire av. J.-C.).
 
Tombe des géants d'Osono en forme de protomé de taureau (IIe millénaire av. J.-C.).
Tombe des géants d'Osono en forme de protomé de taureau (IIe millénaire av. J.-C.).

Culture de Filiestru

Le pistachier lentisque était utilisé dans la fabrication d’huile.

Durant cette période (-6000 à -4000), l’homme habite dans des grottes (grotte de Santo Stephano dans l’archipel de la Maddalena, ou la grotte verte d’Alghero par exemple), et pratique surtout la cueillette et la chasse, mais également l’agriculture. Au travers des vestiges retrouvés de cette époque, et en particulier les objets en céramique décorés à l’aide d’une coquille de cardium, on a pu déterminer la présence d’échange avec d’autres peuples de la mer Méditerranée occidentale, ce qui a permis, outre les échanges commerciaux, des échanges culturels et religieux. Dès lors, les Hommes de Filiestru se servent de grottes, comme de tombes. Le commerce tourne autour de l’obsidienne de Monte Arci qui est fournie dans les pays du bassin méditerranéen. À cette époque, les hommes consomment déjà les fruits du pistachier lentisque[1].

Domus de Janas de Nughedu Santa Vittoria.

Culture de Bonu Ighinu

La culture de Bonu Ighinu (de -4000 à -3400) est caractérisée par l’apparition des Dee Madre (déesse mère), qui sont des divinités féminines représentées par des figurines obèses en pierre, que l’on appelle aussi dea nuda (déesse nue). Les Hommes de cette époque se regroupent en petites tribus qui se côtoient, cultivent le blé et pratiquent l’élevage.

Au Néolithique moyen, avec la culture de Bonu Ighinu, apparaissent les premières tombes creusées dans la roche, sur le site de Cuccuru s’Arriu (Cabras). Le corps des défunts sont déposés dans de petites chambres creusées à quelques mètres sous le niveau du sol, accessibles par un étroit puits vertical ; l’accès étant ensuite fermé et le puits entièrement comblé de pierres. L'idée d’une entité supérieure se précise à travers des statuettes en ronde‑bosse de type « Déesse‑Mère ». La fonction nourricière est parfois soulignée par le geste des mains portées aux seins, les deux ou une seule. Dans un cas unique, une femme est représentée allaitant son enfant emmailloté. Les riches décorations des vases comportent des motifs géométriques. Un vase découvert à Sa Korona di Monte Majore (Thiesi) présente pour la première fois un élément lié à la sexualité masculine : une prise en forme de phallus. Les statuettes de cette période appartiennent toutes au domaine funéraire (nécropole de Cuccuru s’Arriu, grottes ayant pu avoir une fonction funéraire) et pour celles découvertes en plein air, à la suite de trouvailles sporadiques ou fortuites, on suppose qu'elles proviennent de tombes perdues[2].

Dans les hypogées de Cuccuru s’Arriu, le défunt est déposé sur un lit de dalles de pierre, comme pour éviter le contact direct avec la roche nue. Parmi les objets déposés dans les tombes de Cuccuru s’Arriu, les statuettes féminines se distinguent particulièrement : certains défunts les tenaient clairement entre leurs mains. Leur présence majoritaire dans les mobiliers funéraires a conduit à émettre l'hypothèse qu'elles seraient la représentation de la compagne du défunt selon Ercole Contu, ou bien une « Déesse‑Mère » selon Giovanni Lilliu. Dans tous les cas, la forte valeur symbolique de ces idoles est évidente : réalisées avec un soin particulier, parfois proche de l’œuvre d’art, elles ne pouvaient être destinées qu’au culte[2].

Les plus anciennes figurations de bucrane en Sardaigne apparaissent avec la culture de Bonu Ighinu sur certains vases (céramique ou en pierre) au niveau des anses ou comme motif représenté sur le corps du récipient (Grotta Rifugio à Oliena). Les analogies figuratives relevées dans le monde égéo-cycladique ne sont pas compatibles avec le cadre culturel insulaire, l’origine du bucrane en Sardaigne apparaît donc autochtone[3].

Dans les années 1970, lors de la construction d’un canal, les ouvriers ont découvert des vestiges qui se sont révélés être un village datant de -3400. Les cabanes de ce village étaient semi-enterrées ; on a retrouvé également de nombreuses tombes. Ainsi, alors qu’au début de la période, les hommes habitaient encore dans des grottes, ils ont ensuite construit les premiers villages de cabanes. Cette seconde période est appelée la culture de San Ciraico et coïncide avec l'apparence des domus de janas, qui sont des grottes artificielles creusées dans la roche et qui servent de tombe.

Culture d'Ozieri

Vase de la culture d'Ozieri.

Cette époque (de -3200 à -2700) voit émerger la civilisation la plus importante de l’ère prénuragique, à cause de l’évolution technique qu’elle apporte dans de nombreux domaines, et ceci dans pratiquement toute l’île, contrairement aux précédentes civilisations. Ainsi on peut constater la grande qualité des vases, des céramiques, des décorations colorées, mais aussi des outils de chasse. Les habitations circulaires se trouvent au sein de villages et sont construites en pierre et placées en hauteur, mais sont dépourvues de fortifications. Le peuple se nourrit grâce à l’élevage, à l’agriculture, et à la chasse. On observe également l’apparition de sépultures collectives de types domus de janas plus complexes, et de dolmens, ce qui révèle un développement important des cultes.

Il est désormais admis que la « culture d'Arzachena » n'est pas une culture autonome mais un faciès local de la culture d'Ozieri, limité à la Gallura.

Cultures d’Abealzu-Filigosa, de Monte Claro et campaniforme

Ces deux civilisations se sont développées lors de la même période (-2700 à -2100), mais dans des lieux différents. La première est localisée au centre occidental de l’île (vers la commune de Macomer), alors que la seconde se trouve dans le sud (vers Cagliari).

La civilisation d’ Abealzu-Filigosa, n’apporte pas, contrairement à la précédente, d’évolution technique majeure. En effet, « des enquêtes archéologiques, encore trop réduites, font émerger qu’une grande partie des modes de constructions, des formes architecturales, des modes d’habitations et d’enterrement de la culture d’ Ozieri se retrouvent dans celle d'Abealzu-Filigosa »[4].

Ce qui est marquant chez elle est donc d’un autre ordre. En effet, alors que la période précédente semblait pacifiste, cette nouvelle civilisation est à l’origine de l’apparition de systèmes de défenses, et du développement d’armes.

Céramique de la culture de Monte Claro, Musée archéologique national de Cagliari

La civilisation de Monte Claro ressemble à celle d’Abealzu-Filigosa, mais elle commence à utiliser le métal de façon très minoritaire par rapport à la pierre. De plus, les guerriers vont former une véritable classe dominante dans cette société, ce qui témoigne du besoin que ce peuple a de se défendre. Ces derniers reprennent la culture des vases campaniformes (datant de -2500), que l’on trouve dans l’Europe occidentale.

Obsidienne

En Sardaigne, l'obsidienne était une ressource importante, exploitée depuis les premières phases du Néolithique ancien (6000-5000 avant notre ère). Utilisée pour fabriquer des armes, des outils et d'autres objets lithiques, l'obsidienne est beaucoup plus rare que le silex commun et possède de meilleures caractéristiques (brillance, facile à façonner) ; elle était donc très recherchée dans l'Antiquité et autour de quelques gisements, prospéraient une intense activité d'extraction, de transformation et d'échange même sur de longues distances[5]

Notes et références

Voir aussi

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