Opération Nahshon

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L'opération Nahshon (ou « Nahchon », Operation Nachshon en anglais, מבצע נחשון en hébreu) est une opération militaire menée par la Haganah entre le 2 et le 1948 pendant le conflit judéo-arabe de 1947-1949. Elle tire son nom de Nahchon ben Aminadav (נחשון בן עמינדב) personnage qui, selon le récit biblique, fut le premier à entrer dans la mer Rouge avant qu'elle ne s'ouvre, lors de la sortie d'Égypte des Hébreux durant l'Exode. C’est la première opération du plan Dalet de conquête de la Palestine et de nettoyage ethnique des Palestiniens[1].

Soldat de la Haganah dans le village de Qastel le

L'opération permet pendant 15 jours de lever le siège auquel est soumis la communauté juive de Jérusalem et de ravitailler celle-ci[2]. Elle a pour autre conséquence la mort du leader militaire palestinien Abdel Kader al-Husseini. Le massacre de Deir Yassin se produit à la même époque et dans la même zone et fait partie du nettoyage ethnique mené par les forces du Yichouv en Palestine.

Contexte

Fin mars, les troupes d'Abd al-Kader al-Husseini empêchent les convois de ravitaillement d'atteindre Jérusalem. Les habitants se sentent assiégés et la population juive est rationnée. Dans le contexte du plan Dalet, David Ben Gourion décide de lancer l'opération Nachshon pour désenclaver et ravitailler la ville[2] ainsi que pour vider les villages palestiniens sur la route Jaffa-Jérusalem de leurs habitants[1]. Pour garantir le passage du ravitaillement à travers des dizaines de villages arabes, la méthode retenue est le nettoyage ethnique : expulsions massives et soudaines pour débloquer les routes[3]. Selon Uri Ben-Ari, l’un des objectifs de l’opération est également la fusion des diasporas : les Juifs anciennement installés combattent aux côtés des nouveaux immigrants. Ben-Ari écrit dans ses mémoires qu’il considérait les villageois palestiniens comme des nazis[4].

Le commandement de la partie militaire de l'opération est confié à Shimon Avidan, le commandant de la 5e brigade Guivati, qui engage dans l'opération 1 500 hommes des brigades Guivati de la Haganah et Harel du Palmach[5].

La responsabilité du ravitaillement et de son acheminement est confiée à Dov Joseph qui doit rassembler 3 000 tonnes de denrées diverses représentant de quoi approvisionner pendant 3 mois les 100 000 Juifs de Jérusalem. Il réquisitionne pour cela les contenus des entrepôts de Tel-Aviv ainsi que 300 camions lourds qu'il rassemble à Kfar Bilou, un ancien camp britannique choisi comme centre de chargement[6].

Pour cette opération, les milices sionistes bénéficient de la livraison des premières armes en provenance de Tchécoslovaquie : fusils, mitrailleuses lourdes, munitions en abondance, grenades et explosifs[7] livrées clandestinement par le Nora, un cargo affrété par Ehoud Avriel, à Tel-Aviv le 1er avril[8]. .

Chronologie

Les unités reçoivent l’ordre de passer à l’état D pour mise en œuvre opérationnelle du plan D le 1er avril. Elles reçoivent également instruction de « prendre, nettoyer ou détruire [les villages] » listés. Le sort ultime des villages est décidé par les officiers du SHA'Y. En pratique, ils ont toujours donné le conseil d’expulser et de détruire les villages[1]. Les moyens étaient laissés à la discrétion des commandants d’unité : soit destruction par le feu, soit par les explosifs ; soit ratissage à la recherche d‘armes, exécution des personnes armées et expulsion du village[9]. Après les difficultés rencontrées à Qastal, les ordres sont de liquider (10 avril) les bases ennemies (en clair, les villages). À partir de Beit Suriq, les ordres sont d‘« annihiler, de détruire et de bruler »[10].

Le , la brigade Guivati lance un raid de diversion sur les positions de Salameh près de Safarand, dans la région de Ramleh[11].

Dans la nuit du 2 au 3 avril, le 4e bataillon du Palmach, composé de 180 hommes[12] prend le village d’al-Qastal, sur la route de Jérusalem[13].

L'offensive prend son ampleur le à 9 h avec l'engagement des 1 500 hommes répartis en 3 bataillons. Le premier bataillon occupe les villages arabes situés dans la zone de départ des convois. Le second bataillon s'attaque aux villages surplombant la route à partir de Bab el Oued[réf. nécessaire] mais ne parvient pas à prendre Beit Mahsir et Saris. Le premier convoi part cette nuit-là et arrive au petit matin à Jérusalem[14].

Le , la Haganah occupe les villages au sud-ouest de Latroun (le site restant occupé par les Britanniques)[15].

Le à 10 h du soir, Abdel Kader Husseini, de retour de Damas, riposte en contre-attaquant Qastal avec une force initiale de 300 hommes[16]. Le village est repris le mais Abdel Kader Husseini est tué dans la bataille. Sa mort suscite le désarroi dans le camp palestinien. Le , la position de Qastal n'est tenue que par une quarantaine d'hommes car la plupart sont partis assister aux funérailles de leur leader à Jérusalem. 2 compagnies du Palmach dirigées par David Eleazar reprennent alors le village et le rasent[17],[15].

Le , le village de Deir Yassin est attaqué par des hommes de l'Irgoun et du Lehi. Ils massacrent 110 personnes dont une majorité de civils, femmes et enfants. Le sort du village était fixé par le plan Dalet, mais selon Ilan Pappé, la Haganah a préféré envoyer l’Irgoun car elle avait un accord de non-agression avec les villageois[18]. Cet événement a reçu une publicité de la part de la direction juive qui voulait ainsi avertir les Palestiniens sur leur sort s’ils refusaient de prendre la route de l‘exil[19].

Le , Qaluniya est pris par la Haganah[13].

Le , un convoi médical juif se dirigeant vers l'hôpital Hadassah du mont Scopus à Jérusalem est attaqué par les Palestiniens. 79 personnes dont des médecins et infirmières, sont massacrés[20]. Cet événement représente des représailles à la suite du massacre de Deir Yassin.

Le , ordre est donné aux hommes du Palmach et de la Haganah de « détruire et conquérir bases et forces ennemies ». Le , l'ordre est donné d'annihiler et détruire Beit Surik. Le , Saris est pris et détruit. Le , Khoulda est rasé au bulldozer[13].

L'opération prend fin le [13].

Bilan

L'opération Nahshon a permis à 3 (ou 4[21]) convois de ravitailler Jérusalem. Les objectifs ne sont pas atteints car seules 1 800 tonnes sur les 3000 prévues sont acheminées, soit de quoi « assumer deux mois d'un sévère rationnement[22] ».

La perte du leader charismatique palestinien, Abdel Kader al-Husseini « bouleverse la stratégie et l'organisation arabes dans le secteur de Jérusalem[23] ». Son successeur, Emil Ghouri change de tactique pour bloquer la ville. Au lieu de provoquer une série d'embuscades tout au long du parcours, il fait ériger le un « énorme » barrage à Bab el Oued et Jérusalem est à nouveau isolée[24]. Yoav Gelber le décrit néanmoins comme un politicien manquant de la moindre compétence ou expérience militaire[15]. Enfin, la disparition d'Abdel Kader al-Husseini accentue encore les discordes dans le camp palestinien[15].

L'opération Nahshon montre également la très mauvaise organisation arabe palestinienne face à la guerre. Faute de logistique, notamment pour l'approvisionnement en nourriture et munitions, ils sont incapables de maintenir des combats plus de quelques heures en dehors de leurs bases permanentes[15].

Face aux événements, le Haut Comité arabe demande au commissaire Cunningham d'autoriser le retour du mufti, seul capable de redresser la situation. Malgré l'autorisation donnée, ce dernier ne se rend pas à Jérusalem. Sa chute de prestige ouvre la voie à l'expansion de l'influence de l'Armée de libération arabe et d'al-Qawuqji dans le secteur de Jérusalem[15].

À la suite de la mort d'Abdel Kader al-Husseini, le Comité militaire de la Ligue arabe ordonne alors à l'autre force arabe en Palestine, l'Armée de libération arabe de déplacer ses forces de Samarie vers la route de Jérusalem et les régions de Latroun, Lydda et Ramle[25].

Conformément aux objectifs fixés, un certain nombre de villages sont pris et leur population expulsée, dont Qalunya, Bayt Mahsir, Sajad, Saris (où a lieu un des nombreux massacres israéliens de cette guerre[26], Beit Surik (où a aussi lieu un massacre de dizaines de personnes les 19-20 avril[26]), Biddou (où a lieu un massacre de dizaines de personnes les 19-20 avril[26]). Pour empêcher le retour des habitants, outre la destruction des maisons, certains points d'eau sont empoisonnés avec des germes de la typhoïde au cours d'une opération de guerre biologique, en violation de la convention de Genève de 1929[27].

Annexes

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