Orgue du château de Candé

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Orgue du château de Candé
Console de l'orgue du château de Candé.
Console de l'orgue du château de Candé.
Localisation
Pays Drapeau de la France France
Région Centre-Val de Loire
Département Indre-et-Loire
Commune Monts
Édifice Château de Candé
Latitude
Longitude
47° 17′ 49″ nord, 0° 39′ 56″ est
Facteurs
Construction Ernest Martin Skinner (1928)
Restauration Manufacture bretonne d'orgues (2005-2012)
Caractéristiques
Jeux 27
Claviers 3
Tuyaux 1 812
Protection Logo monument historique Classé MH (1993, partie instrumentale)

L'orgue du château de Candé est un « orgue de résidence » pouvant être joué manuellement ou automatiquement, fabriqué en 1928 par le facteur d'orgues américain Ernest Martin Skinner et installé au château de Candé (commune française de Monts, Indre-et-Loire).

Fabriqué sur une commande de Charles Bedaux, propriétaire du château depuis 1927 (numéro de fabrication : opus 718), l'orgue est notamment utilisé par Marcel Dupré pour accompagner la cérémonie de mariage du duc de Windsor, ex-roi d'Angleterre sous le nom d'Édouard VIII, et de Wallis Simpson, qui se déroule au château le . Des dégâts causés à l'orgue par l'explosion accidentelle, en 1943, d'une poudrerie proche du château sont rapidement réparés mais l'instrument n'est plus utilisé à partir de 1959.

Sa partie instrumentale est classée au titre objet des monuments historiques français en 1993. Une campagne complète de restauration se déroule de 2005 à 2012 et, depuis 2015, cet orgue remis en service est l'un des trois seuls du même type encore en fonctionnement au monde parmi la vingtaine d'exemplaires toujours existants.

L'installation (1928-1929) et l'utilisation pour un mariage princier (1937)

Photographie en noir et blanc d'un groupe d'hommes rassemblés devant une caméra sur pied, en extérieur ; personnage principal à l'écart.
Charles Bedaux (à gauche).

En 1927, le milliardaire franco-américain Charles Bedaux rachète le château de Candé à Jean Drake del Castillo (troisième génération de propriétaires issus de la même famille), que de graves difficulté financières conduisent à se séparer de ses biens patrimoniaux[1].

Bedaux ne touche que très peu à l'ordonnancement architectural du château lui-même qui est l'œuvre, dans le troisième quart du XIXe siècle, de Santiago Drake del Castillo et de son fils Jacques. Il construit simplement un couloir et opère la réunion de deux pièces pour en faire une bibliothèque. Il modifie également le perron d'accès au logis. Par contre, il revoit presque intégralement l'aménagement intérieur des pièces en conciliant modernité, confort et esthétique, confiant la direction des travaux à Henri Lafargue, architecte des monuments historiques du Loir-et-Cher[2].

Photographie en couleurs d'un meuble en forme de buffet bas devant les rayonnages en bois ouvragé d'une bibliothèque.
Console de l'orgue devant les panneaux de la bibliothèque[Note 1].
Photographie en noir et blanc d'un homme jouant de l'orgue d'église.
Marcel Dupré.

C'est dans cet esprit que Charles Bedaux, amateur de musique au même titre que Fern, son épouse, commande en 1928 au facteur d'orgues américain Ernest Martin Skinner  Bedaux possède des parts dans l'entreprise de Skinner à Boston[4]  un « orgue de résidence »[Note 2] sous le numéro de fabrication « opus 718 » ; l'instrument est préalablement monté et testé aux États-Unis dans les ateliers Skinner, puis démonté en vue de sa livraison en France. Son remontage dans la bibliothèque du château de Candé et son réglage s'échelonnent sur les années 1928 et 1929. La console est installée de manière que l'organiste soit tourné face à la bibliothèque et dos au mur, à l'inverse de ce qui généralement retenu. L'orgue peut être joué manuellement ou être actionné de manière automatique par un mécanisme à rouleaux perforés[5]. Au mois d', Charles Bedaux organise une fête au château pour célébrer la fin des travaux d'aménagement en cours depuis trois ans ; à cette occasion, l'orgue est inauguré par Marcel Dupré[6].

Le a lieu au château de Candé le mariage du duc de Windsor, ex-roi d'Angleterre sous le nom d'Édouard VIII, et de Wallis Simpson ; le mariage civil se déroule dans la bibliothèque, puis le mariage religieux est célébré dans le salon de musique, attenant. Marcel Dupré, qui a par ailleurs enregistré plusieurs pièces sur des rouleaux de lecture pour cet orgue, y joue les morceaux qui accompagnent les cérémonies : des œuvres de grands musiciens (Bach, César Franck, Haendel, Charles-Marie Widor), mais aussi certaines de ses propres compositions[7].

Des dommages accidentels (1943) au classement (1993)

Le , le souffle de l'explosion accidentelle de la poudrerie du Ripault[Note 3], située à 1 km du château, endommage l'instrument. Il est rapidement réparé dès 1944-1945 par Robert Boisseau, un facteur d'orgues de la Vienne[4] qui en assure ensuite l'entretien jusqu'en 1959, date à partir de laquelle l’instrument n'est plus utilisé, sans pour autant qu'il se détériore de manière sensible[9].

En 1992, un devis de réparation est établi par un facteur d'orgues de Vendée, sans suite[4]. L'année suivante, des facteurs d'orgues américains examinent l'instrument et alertent le conseil général d'Indre-et-Loire  il est propriétaire du domaine de Candé depuis 1974, deux ans après la mort de Fern Bedaux, veuve de Charles[Note 4]  sur le bon état général de l'orgue qui n'a pas été très utilisé et dont l'usure des pièces mobiles est réduite. La procédure de classement au titre objet des monuments historiques de la partie instrumentale de l'orgue est immédiatement engagée ; elle aboutit très rapidement, le [11].

La restauration (2005-2012) et la remise en service (2015)

Photographie en couleurs d'une vitrine au travers de laquelle on voit de rangées de tuyaux verticaux.
Cloison vitrée d'accès au mécanisme de l'orgue.

Au début des années 2000, l'orgue est encore doté de tous ses composants d'origine  un petit stock de pièces de rechange est même disponible sur place[9] , mais les circuits électriques et les contacteurs en mauvais état interdisent son utilisation. Une restauration est décidée, qui est confiée à la Manufacture bretonne d'orgues de Nantes ; cette dernière s'appuie sur l'expertise technique de la Thompson-Allen company de New Haven (Connecticut), entreprise américaine héritière du savoir-faire de la manufacture Skinner[5].

Quatre campagnes successives de démontage des différentes parties instrumentales, en 2005, permettent d'établir un diagnostic précis sur l'état de l'instrument, préalable indispensable aux réfections ; cette phase préliminaire est rendue difficile par la complexité de l'installation des mécanismes. La phase de restauration proprement dite, qui dure jusqu'en 2012[12], concerne aussi bien les dispositifs d'alimentation (la dynamo fait place à un redresseur), les sommiers (toutes les peausseries sont remplacées), les mécanismes (les contacts électriques sont nettoyés, les membranes changées), les tuyaux (quelques anches sont remplacées) que la console (plusieurs pièces du lecteur de rouleaux sont renouvelées ; les autres éléments, en bon état, sont simplement nettoyés). Pour mettre en valeur le mécanisme de l'orgue, une large baie vitrée est ménagée dans la cloison séparant le couloir du premier étage des pièces abritant les mécanismes, permettant aux visiteurs de voir les tuyaux et autres éléments instrumentaux[5]. À l'issue de ces travaux, l'orgue restauré est inauguré en [13].

L'orgue du château de Candé est, au XXIe siècle, l'un des trois seuls orgues de résidence fabriqués par Skinner encore en fonctionnement dans le monde parmi la vingtaine d'exemplaires qui existent encore. Outre celui de Candé, un second orgue de résidence fabriqué par Aeolian-Skinner, qui en 1932 prend la succession de la compagnie Skinner, est installé en 1935 au domicile parisien du dramaturge Pierre Wolff[14]. Celui de Candé est le seul qui subsiste en France et en Europe, Skinner n'ayant pas installé ce type d'instruments dans d'autres pays européens[5],[4].

Description

Notes et références

Annexes

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