Détroit d'Ormuz

détroit situé entre le golfe d'Oman et le golfe Persique From Wikipedia, the free encyclopedia

Le détroit d'Ormuz (en arabe : مضيق هرمز / Maḍīq Hurmuz ; en persan : تنگه هرمز / Tange-ye Hormoz) est un détroit du golfe Persique. Il permet la communication avec le golfe d'Oman et doit son nom à l'île iranienne Ormuz[1], située au sud-est de Bandar Abbas. Les pays frontaliers sont au nord l'Iran et au sud les Émirats arabes unis (depuis Al Jazīrah al Hamrā'), suivis du sultanat d'Oman (extrémité de la pointe sur la photo).

Faits en bref Géographie humaine, Pays côtiers ...
Détroit d'Ormuz
Image satellite du détroit d'Ormuz.
Image satellite du détroit d'Ormuz.
Géographie humaine
Pays côtiers Drapeau de l'Iran Iran
Drapeau d'Oman Oman
Drapeau des Émirats arabes unis Émirats arabes unis
Géographie physique
Type Détroit
Localisation Golfe Persique-golfe d'Oman (océan Indien)
Coordonnées 26° 45′ 48″ nord, 56° 33′ 58″ est
Longueur 212 km
Largeur
· Maximale 95 km
· Minimale 55 km
Profondeur
· Moyenne 80 m
· Maximale ≈200 m
Géolocalisation sur la carte : golfe Persique
(Voir situation sur carte : golfe Persique)
Détroit d'Ormuz
Géolocalisation sur la carte : océan Indien
(Voir situation sur carte : océan Indien)
Détroit d'Ormuz
Géolocalisation sur la carte : Arabie
(Voir situation sur carte : Arabie)
Détroit d'Ormuz
Géolocalisation sur la carte : Iran
(Voir situation sur carte : Iran)
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Description

Limites

Dans la quatrième édition (2002) de son document S-23 « Limites des océans et des mers », l'Organisation hydrographique internationale proposait de définir les limites du détroit d'Ormuz de la façon suivante[2],[Note 1] :

Le détroit est long de 212 km avec un minimum de largeur de 55 km.

Une importante voie commerciale

La voie d'accès au golfe Persique a une importance stratégique décisive : il constitue, en effet, une voie commerciale essentielle du trafic international, empruntée par plus de 30 % du commerce mondial de pétrole[3]. Outre Oman, les Émirats arabes unis et l'Iran, le détroit commande l'accès à d'autres pays producteurs d'hydrocarbures aussi importants que l'Irak, le Koweït, l'Arabie saoudite, Bahreïn et le Qatar. Selon le département américain de l'Énergie, environ 2 400 pétroliers y transitent chaque année, pour un volume d'environ 17 millions de barils de pétrole par jour[4]. Les navires doivent suivre un rail (montant/descendant ou entrant/sortant).

Histoire

Guerre Iran-Irak

Le détroit a été le théâtre de nombreux affrontements pendant la guerre Iran-Irak. Les intérêts américains de cette principale « route du pétrole » sont sécurisés par la cinquième flotte américaine basée au Bahreïn[5].

Le , dans le cadre d'une opération de déminage, la frégate américaine USS Samuel B. Roberts est gravement endommagée par une mine iranienne. Les États-Unis, qui entretiennent à l'époque de très mauvaises relations avec l'Iran et soutiennent l'Irak, lancent une opération de représailles sous le nom de code Praying Mantis (mante religieuse). Plusieurs unités navales appuyées par l'aviation embarquée du porte-avions USS Enterprise, attaquent et détruisent les plates-formes pétrolières iraniennes Sassan et Sirri, qui, d'après le gouvernement américain, étaient utilisées comme bases par les vedettes rapides iraniennes. Une bataille navale s'ensuit, au cours de laquelle les Iraniens perdent un patrouilleur, une vedette, ainsi que la frégate Sahand. Quatre-vingt-sept militaires iraniens sont tués et plus de trois cents blessés. Cet affrontement est la plus grande bataille navale livrée par les États-Unis depuis la Seconde Guerre mondiale.

L'Iran a saisi la Cour internationale de justice d'une requête contre les États-Unis pour la destruction de ses deux plates-formes. Dans son arrêt du , la Cour a estimé que considérant les circonstances, cette destruction ne pouvait pas se justifier au nom de la légitime défense car elle ne répondait pas aux critères de nécessité et de proportionnalité de la légitime défense en droit international. Elle a cependant repoussé la demande iranienne d'indemnisation[6].

Un Airbus de la compagnie aérienne Iran Air est abattu le au-dessus du détroit d'Ormuz par un tir de missiles provenant du croiseur américain USS Vincennes. La catastrophe, qui fait 290 victimes civiles, dont 66 enfants, serait due à une méprise des militaires américains qui ont cru avoir affaire à un avion militaire iranien.

2008

USS Porter (DDG-78).

Le , le gouvernement américain annonce que trois navires de guerre américains, patrouillant dans le détroit d'Ormuz, ont été menacés par des vedettes rapides occupées par des Pasdaran (gardiens de la révolution) iraniens agissant de manière coordonnée. Les vedettes sont parties après les sommations d'usage. Il dénonce des manœuvres « provocatrices » commandées par le gouvernement iranien.

Le , le commandant du corps des gardiens de la révolution islamique, Mohammad Ali Jafari, déclare que si l'Iran était attaqué par Israël ou les États-Unis, il fermerait le détroit d'Ormuz. Le vice-amiral commandant la cinquième flotte américaine, alors présente dans la région, réagit en indiquant qu'une telle mesure serait considérée comme un acte de guerre[7].

2011

Le , dans un contexte de renforcement des sanctions prises par de nombreux pays contre l'Iran en raison de son programme nucléaire controversé, le premier vice-président iranien Mohammad Reza Rahimi a annoncé que son pays fermerait le détroit d'Ormuz en cas de sanctions visant les exportations iraniennes de pétrole[8].

2026

Graphique montrant le nombre de navires passant dans le détroit par jour.

Le 1er mars, à la suite de l'offensive israélo-américaine sur l'Iran, le Corps des gardiens de la révolution islamique ordonne la fermeture du détroit et annonce que tout navire y entrant serait incendié. Plus de 150 navires sont alors immobilisés[9],[10]. Dans les jours suivants, les prix du pétrole et du gaz grimpent en flèche en raison des craintes de pénuries prolongées ; le prix du Brent dépasse les 100$US le 8 mars 2026 pour la première fois en quatre ans[11].

Le , Donald Trump annonce que l'US Navy escortera « dès que possible » les pétroliers transitant par le détroit d'Ormuz afin d'assurer la libre circulation de l'énergie mondiale[12].

Le 9 mars, le président français Emmanuel Macron annonce le lancement d'une mission internationale à caractère « défensif » visant à rouvrir progressivement le détroit d'Ormuz[13]. Cette opération prévoit le déploiement de huit frégates et de deux porte-hélicoptères amphibies français en soutien au groupe aéronaval, dans une zone couvrant la mer Rouge et le golfe Persique.

Le 11 mars, Reuters rapporte qu'« au moins seize navires » ont été attaqués dans la région depuis le début des hostilités[14]. Le même jour, en réponse au blocage du détroit, les 32 États membres de l'Agence internationale de l'énergie conviennent à l'unanimité de libérer 400 millions de barils de pétrole de leurs réserves d'urgence, soit environ quatre jours de consommation mondiale[15].

Le 12 mars, des sources rapportent que l'Iran aurait déployé une douzaine de mines dans le détroit, compliquant d'avantage une éventuelle réouverture[16].

Trafic maritime

Depuis l'accord conclu le , Oman et l'Iran assurent, en commun, la surveillance du libre transit. En réalité, l'ensemble du passage se fait dans la partie omanaise du détroit, là où se trouve la zone la plus profonde du détroit et le dispositif de séparation du trafic. Les navires qui traversent le détroit suivent des couloirs de circulation larges de km (l'un dans le sens est-ouest, et l'autre dans le sens ouest-est), séparés par un espace interdit à la navigation de km. Ces dispositions ont été prises en vertu de la Convention des Nations unies sur le droit de la mer, art. 41-42[17] ; par ailleurs, Oman dispose d'une station radar située à la pointe de la péninsule de Moussandam pour contrôler le trafic maritime.

Couloir maritime stratégique

Carte du golfe Persique.

Ce détroit est un lieu stratégique car il est au cœur d'une zone riche en ressources. Il constitue la partie la plus orientale du golfe Persique, un espace extrêmement pourvu en hydrocarbures. Les pays du Golfe (Arabie saoudite, Émirats arabes unis, Irak, Iran, Koweït, Oman, Qatar) possèdent près de la moitié des réserves prouvées de pétrole[18] et réalisent le tiers de la production mondiale pétrolière. Ainsi, le détroit d'Ormuz voit passer 24 % des exportations pétrolières mondiales[19]. Actuellement[Quand ?], la consommation d'énergie étant en augmentation, la majeure partie de la hausse de la production pétrolière est réalisée par les pays du golfe Persique[20],[21].

Le caractère stratégique du détroit est renforcé par la particularité de sa géographie. Long de 212 kilomètres, le détroit d'Ormuz est un espace très étroit. À son point le plus réduit, il ne mesure que 55 km. Du fait de la faible profondeur de ses eaux, il n'y a que deux voies de circulation de 3,2 km de large chacune. Elles sont séparées par une zone tampon de la même largeur qui permet aux navires de ne pas se rencontrer lors du transit. Elles frôlent les eaux territoriales iraniennes et omanaises, ce qui offre aux deux puissances une capacité de contrôle sur la circulation. De plus, les navires sont contraints de circuler entre plusieurs îles (l'Île d'Ormuz, Hengam, Qechm, et Larak) y compris après la sortie occidentale du détroit, au-delà de laquelle les navires croisent à proximité des Petite et Grande Tunb, deux petites îles iraniennes.

Îles du détroit d'Ormuz.

Du fait de sa situation géographique, le détroit est absolument nécessaire pour les échanges[22]. Ormuz est l'unique voie de sortie satisfaisante des pétroles saoudien, iranien et émirati (soit un quart de la production mondiale de pétrole brut)[23]. Les options pour exporter le pétrole sans passer par Ormuz sont limitées. Les pipelines saoudien[24] et émirati qui permettent d'exporter au-delà du golfe en évitant Ormuz ont une capacité d'exportation de pétrole plus limitée[25]. Les deux pays ne peuvent donc pas se passer de leurs exportations par le détroit. Puisqu'il borde les eaux iraniennes, l'Iran a un accès privilégié sur cet espace[26]. Il peut donc l'utiliser, voire en verrouiller l'accès. Le détroit d'Ormuz est ainsi un « couloir maritime stratégique », verrou potentiel, au cœur de très importantes ressources pétrolières. Il s'insère dans les échanges de l'océan Indien et plus au loin encore, l'Indo-Pacifique, notamment grâce à ces flux pétroliers[27].

Environnement

Village de Bukha, côte ouest de la péninsule de Moussandam, nord d'Oman.

La péninsule de Musandam s'ouvre au tourisme[28] (pour ses paysages au relief marqué - un sommet de plus de 2 000 mètres supporte le radar qui contrôle le trafic de la zone - et pour la plongée sous-marine notamment), malgré une chaleur souvent extrême (source de brumes de chaleur). En dépit des hauts-fonds et des tensions géopolitiques (sources d'épaves et de pollutions graves du golfe Persique liées aux guerres et attaques de pétroliers, de plates-formes de forage et de stocks de pétrole), et en dépit d'une industrialisation du littoral (zones franches destinées à l'industrie et aux activités numériques[29]) la région abrite encore une riche faune aquatique avec par exemple des cétacés et des palétuviers nains (mangrove de Ras El Khaimah[29]). Le détroit et ses littoraux sont aussi un corridor de migration aviaire. La zone reste vulnérable aux risques de « terrorisme maritime »[30].

Les six pays (Arabie saoudite, Bahreïn, Émirats arabes unis, Koweït, Qatar, Oman) du Conseil de coopération du Golfe concentrent environ un tiers des réserves mondiales prouvées de pétrole et un cinquième du gaz.
Ces producteurs de pétrole se sont engagés dans des stratégies de diversification énergétique. L'Arabie saoudite s'est dotée de l'objectif de produire 54 gigawatts (GW) par des énergies renouvelables, dont 41 GW d'énergie solaire, d'ici à 2050.

S'ils atteignent leur objectif cumulé de 80 GW de capacité de production d'électricité renouvelable d'ici 2030, les pays du golfe Persique pourront économiser 11 000 milliards de litres d'eau (soit 16 % de leur consommation) et 400 millions de barils de pétrole destinés à la génération électrique, selon une nouvelle étude publiée le par l'Agence internationale de l'énergie renouvelable (IRENA)[31].

Notes et références

Voir aussi

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