Orwellien (terme)

From Wikipedia, the free encyclopedia

Le terme « orwellien » est un adjectif permettant de décrire une situation, une idée ou une condition sociétale suggérée dans les écrits de l'écrivain du XXe siècle George Orwell, généralement identifié comme étant le destructeur d'une société ouverte et libre. Il fut employé pour la première fois par la romancière américaine Mary McCarthy en 1950. Le terme désigne un contrôle draconien par la propagande, la surveillance, la désinformation, ainsi que le déni de la vérité. Il est couramment utilisé en référence au roman dystopique 1984 d'Orwell paru en 1949 décrivant une société totalitaire oppressive fictive où la propagande est utilisée afin de manipuler le peuple. Orwell était particulièrement préoccupé par la dégradation du langage et a écrit à ce sujet dans son essai La politique et la langue anglaise paru en 1946. Le terme a été décrit dans le New York Times comme l'adjectif le plus couramment utilisé dérivé du nom d'un auteur. Les critiques ont commenté son utilisation prolifique, déclarant que est souvent mal compris, mal employé ou appliqué avec un sens contradictoire.

L'Oxford English Dictionary définit le terme « orwellien » comme : « Caractéristique ou évocateur des écrits de George Orwell, spécialement de l'État totalitaire représenté dans son récit dystopique de l'avenir, 1984, paru en 1949[1]. »

Le Petit Robert définit le terme « orwellien » comme : « Relatif à l'écrivain George Orwell et à son œuvre, spécialement qui rappelle l'univers des romans d'Orwell[2]. »

Larousse définit le terme « orwellien » comme : « Relatif à G. Orwell ; qui évoque la surveillance généralisée des individus et l’univers totalitaire de son roman 1984[3]. »

Origine

La première utilisation connue du terme fut en 1950 lorsque l'écrivaine américaine Mary McCarthy décrit un nouveau périodique dans son essai intitulé Up the Ladder From Charm to Vogue Gravir les échelons : Du charme à la mode ») comme « un saut dans l'avenir orwellien »[4],[5].

Contexte

George Orwell est le nom de plume d'Eric Arthur Blair[6]. Il était un auteur prolifique, en tant que chroniqueur, essayiste et critique littéraire, mais ses deux romans dystopiques, La Ferme des animaux et 1984 restent au centre de son héritage. 1984 a été écrit en tant qu'avertissement contre la dégradation du langage ainsi que contre la propagande utilisée dans le but de manipuler les masses au sein de son régime totalitaire fictif. Pendant sa vie, Orwell était profondément préoccupé par le consensus de la réalité ainsi que sa fragilité. Tout en faisant du bénévolat en tant que combattant pour le Parti ouvrier d'unification marxiste dans la guerre d'Espagne, il fut le témoin direct de la manière dont les Républicains se dénonçaient les uns les autres comme des traîtres, ainsi que se la manière dont leur compréhension mutuelle s'est effondrée. Dans son essai La politique et la langue anglaise paru en 1946, Orwell a écrit sur la distorsion du langage, notamment sur l'utilisation de « métaphores mourantes », des termes qui ont été si couramment utilisés, qu'ils perdirent leur signification[7],[8].

« Il existe un véritable dépotoir de métaphores éculées qui ont perdu toute force évocatrice et ne sont utilisées que pour éviter d'avoir à inventer ses propres expressions. [...] Nombre d'entre elles sont employées sans que l'on en connaisse le sens, et l'on mélange fréquemment des métaphores incompatibles, signe certain que l'auteur se désintéresse de son propos. Certaines métaphores courantes aujourd'hui ont été dénaturées, voire perverties, sans même que ceux qui les utilisent s'en rendent compte. »

Dans 1984, Orwell décrit la société oppressive d'Océania, un super-État totalitaire contrôlé par le parti au pouvoir tout-puissant. Il suit l'histoire de Winston Smith, dont le travail consiste à réécrire les documents historiques de manière que ces derniers correspondent à la ligne du parti en constante évolution. Il commence à se rebeller contre le parti en commettant un crime de pensée, ainsi qu'en en entretenant une liaison illicite avec sa collègue Julia. Ils sont finalement arrêtés par la police de la Pensée puis torturés jusqu'à ce qu'ils deviennent des citoyens obéissants[9].

Un aspect important du monde dystopique fictif d'Orwell est sa langue construite nommée novlangue. 1984 se termine par un appendice expliquant les mots employés dans la langue officielle du parti. En développant le novlangue, les linguistes océaniens visent à créer une langue parfaite au sein de laquelle les mots sont standardisés, le vocabulaire est limité, et le crime de pensée impossible. Ils travaillent sans relâche à son perfectionnement en simplifiant la langue afin de réduire la capacité d'exprimer des idées complexes. En faisant cela, le régime totalitaire vise à maintenir une puissance complète sur le peuple océanien[10].

Le parti au pouvoir contrôle la réalité dans le mot novlangue doublepensée, qui décrit l'acte d'accepter deux déclarations contradictoires simultanément : « la capacité de croire que le noir est blanc, et plus, de savoir que le noir est blanc, et d'oublier que l'un a toujours cru le contraire ». La manipulation des archives historiques et de la mémoire collective est au cœur du système politique océanien Angsoc. Le slogan du parti est : «Celui qui a le contrôle du passé a le contrôle du futur. Celui qui a le contrôle du présent a le contrôle du passé». De plus, le crime de pensée est surveillé par le télécran, un dispositif vidéo bidirectionnel omniprésent et utilisé pour la surveillance de la population. Il s'agit également d'un moyen permettant de diffuser la propagande aux masses de manière à faire aimer le chef, Big Brother, lors des Deux Minutes de la Haine quotidiennes et ritualistes[11].

Richard Blair, le fils d'Orwell, commente que la manipulation de la vérité est la raison principale de la pertinence continue du roman. Le biographe d'Orwell, David John Taylor, déclare que les lecteurs ont trouvé le roman d'Orwell particulièrement alarmant et plausible car il se déroule dans un lieu reconnaissable de Londres au sein d'une Angleterre dévastée par la guerre malgré le fait que l'histoire se déroule en 1984[9].

Interprétations

Une statue de George Orwell à la Broadcasting House de la BBC située à Portland Place, à Londres, qui porte une inscription citant Orwell : « Si la liberté a un sens, c'est bien celui de dire aux gens ce qu'ils ne veulent pas entendre. »

Le terme « orwellien » a été interprété de diverses manières. Laura Beers déclare qu'il fait référence à l'oppression d'État et le pouvoir de censurer les idées et le débat. Elle fait remarquer : « Orwell imaginait une société où ceux qui osaient s'exprimer étaient emprisonnés, voire exécutés, et disparaissaient en quelque sorte. » Michael Sheldon, professeur de recherche à Dean, commente que le terme est souvent utilisé pour désigner une personne punie pour avoir des idées impopulaires ou défier l'opinion populaire. Il déclare que dans 1984, Orwell illustrait ainsi le fait qu'« une société sans liberté de pensée ne possède rien ». L'écrivain Clint Smith s'est concentré sur certains aspects de l'œuvre d'Orwell, à savoir « la surveillance, le contrôle gouvernemental, la propagande, et l'effacement, la distorsion ou la manipulation de la vérité »[12]. Taylor écrit qu'Orwell s'intéressait principalement à trois problèmes : le déni de la vérité objective, la manipulation du langage et la montée en puissance de la société de surveillance. Il déclare : « Voilà pour moi la définition de l’adjectif « orwellien » au XXIe siècle[9]. »

Critique

Sam Jordison écrit dans The Guardian que le terme est excessivement utilisé, mal compris et employé avec des significations contradictoires. Il peut être employé comme compliment, où décrire un individu comme « orwellien » signifie qu'ils sont du même côté. Il peut également être employé en tant qu'insulte afin de décrire une certaine chose qu'un individu n'apprécie pas. Jordison a conclu que son utilisation est si répandue qu'elle a le potentiel de décrire n'importe quoi[13]. Geoffrey Nunberg du New York Times écrit que son usage fait référence de manière restrictive aux œuvres les plus connues d'Orwell : La Ferme des animaux, 1984 et l'essai « La politique et la langue anglaise ». Dans ce dernier, écrit la manière dont le langage politique « est conçu pour faire passer les mensonges pour des vérités et le meurtre pour un acte respectable, et pour donner une apparence de solidité à du vent ». Nunberg met en exergue le fait que le terme « orwellien » y contribue en sous-entendant un « jugement esthétique »[14]. Dans un article du Financial Times, Naoise Dolan écrit que le nom d'Orwell mal employé afin de fournir une réponse aux nombreux sujets basés sur des hypothèses générales concernant ses opinions et que le terme « orwellien » est utilisé pour sous-entendre sa clairvoyance quant à tout ce que les écrivains choisissent : « Orwell, le penseur, élabore ses points de vue avec rigueur et spécificité. Orwell, le personnage cité par d'autres écrivains, est devenu un substitut à cette pratique. » David Ulin, maître de conférences d'anglais, déclare que le terme « orwellien » est devenu un terme général désignant la répression et fait remarquer l'ironie d'Orwell étant employée comme « un outil rhétorique dédié aux individus qui auraient été à la pointe de sa lance[15]. » L'emploi de ce terme en tant qu'éponyme est critiqué par Steven Poole qui met en avant le fait qu'il ne défend pas la vision d'Orwell au sens traditionnel : « C'est comme si l'on utilisait le terme shakespearien pour signifier “approuver le viol, le meurtre et le cannibalisme”, simplement parce que de telles choses se produisent dans Titus Andronicus[4]. Jennifer Szalai commente que l'usage prolifique du terme « orwellien » est lié à l'image publique noble d'Orwell, celle d'un socialiste convaincu qui ne s'est aligné ni sur la droite ni sur la gauche politiques extrêmes. Un biograpge d'Orwell, Dorian Lynskey, écrit : « Citer Orwell, c'était s'arroger, à tort ou à raison, une partie de son prestige moral[7]. »

Influence

Le New York Times déclare que le terme est « l'adjectif le plus couramment utilisé dérivé du nom d'un écrivain moderne », étant plus fréquent que d'autres termes tel que « kafkaïen », « dickensien », et « machiavélique »[14].

Utilisation dans la culture populaire

Articles connexes

Références

Related Articles

Wikiwand AI