Ouardigha

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Échelon
Confédération
Région principale
Province principale
Ouardigha
Tbourida des Ouardigha lors de la saison des festivités à Bejaâd
Informations générales
Échelon
Confédération
Géographie
Région principale
Province principale
Territoire
Chef-Lieu
Histoire et anthropologie
Période d'apparition
xiiie siècle
Mode de vie
Semi-Nomade (Historiquement)
Sédentaire (Actuellement)
Fait partie du groupe tribal
Nombre de fractions
3 grandes factions
11 clans
Fractions
Oulad Bahr Kbar, les Oulad Bahr Sghar et Smaʿla
Culture
Langue principale
Personnages marquants
Hussein ben Ali al-Ouardighi (Gouverneur)
En-Nacer el-Ouardighi (Gouverneur)
Sidi Bouabid Cherki (Saint)

Ouardigha ou Ourdigha (en arabe: ورديغة, en berbère: Werdigha, ⵡⵔⴷⵉⵖⴰ) est une confédération tribale arabe marocaine jochemite. Les Ouardigha font partie de la confédération tribale plus large des Tadla et sont divisés en 3 grandes fractions : les Oulad Bahr Kbar, les Oulad Bahr Sghar et les Smaʿla[1].

Les Ouardigha sont arabes, issus de la tribu Beni Jaber[2], issue de la confédération des Jochem qui a migré en même temps que les Banu Hilal et sont leurs cousins[2].

Ouardigh (parfois orthographié Ouardigha) est considéré comme l'ancêtre commun des tribus de la haute-tadla , c'est un ancêtre tribal associé à une lignée familiale particulière venue s'installer a l'époque des Almohades. En 1188 plus précisément, les Jochem aurait été amené par le calife El Mansour depuis la Tunisie jusqu'au Maroc dans la Tadla[3],[4],[5].

Biographie

Peu de détails historiques vérifiables sont disponibles concernant la vie et la description du personnage d’Ouardigh. Les sources disponibles situent son nom dans des listes généalogiques traditionnelles et dans des documents historiques confirmés.

Descendance

Selon la traditions, Ouardigh aurait eu quatre fils :

  • Ismaël
  • Bahr Sghir
  • Bahr Kbir
  • Khiran[4],[5]

Arbre généalogique

L’arbre généalogique selon ces sources est présenté ainsi : Ouardigh, fils de Ali al‑Ouardighi, fils de Jaber, fils de Jaber al‑Raqi[4],[5].


On retrouve également une famille nommé "Ouled al-Ouardighi" dans la ville de Chefchaouen, ces derniers sont issues de la tribu Ouardigha de la région de Tadla ayant migré au nord du Maroc[6].

Selon l’historien ʿAbd al-Hadi al-Tazi, les tribus Ouardigha tireraient leur nom de Ouardigha Dhât al-Himma, mère de ʿAbd al-Wahhâb, compagnon d’Abû Zayd al-Hilâlî. Elle aurait été l’épouse de Jâbir al-Hilâlî, chef des Arabes de l’émigration hilalienne, composée notamment des Banû Hilâl, Hawâzin, Banû Asad et Banû Jusham[7].

Territoire

Mode de vie

Le territoire des Ourdighi est facile d'accès, avec des oueds qui restent souvent secs la majeure partie de l'année[8]. Ce terrain, adapté à la vie semi-nomade de la tribu, se compose de vastes espaces ouverts et de terres cultivables. Les Ouardighi organisent leur mode de vie en fonction des saisons : ils s'installent dans les zones à labourer pendant la période des labours (novembre à février), puis ils transhument de février à fin mai[8], suivant les pâturages pour leurs troupeaux. Enfin, durant la période des moissons en juin[8], ils rapatrient leurs animaux dans les chaumes[8]. La région de Tadla fait partie de l'arrière-pays de l'Atlantique, où l'on observe un mode de vie différent de celui des plaines : les habitants pratiquent principalement l’élevage, en particulier de leurs moutons, contrairement au sens du nom « Tadla », qui signifie « la gerbe ». Pour beaucoup de paysans de cette région, la préoccupation principale reste l’élevage, et nombre d’entre eux vivent encore sous la tente au milieu de leurs troupeaux. Pendant la période des labours et des moissons, ils envoient une petite équipe de laboureurs installer un camp au milieu des terres cultivées, suivant un schéma inverse de celui des plaines atlantiques[9].

Le mode de vie dans cette région est également caractérisé par de vastes landes désolées. Les troupeaux, importants, restent sous étroite surveillance. Malgré ces conditions, on trouve quelques terres fertiles et petites plaines où les habitants peuvent cultiver quelques cultures, ce qui leur permet de ne pas dépendre d'autrui et d'assurer la subsistance de leur famille.

Réserves de phosphates

Khouribga est située sur le plateau des phosphates, une région distingué par une couverture sédimentaire de calcaires, de marnes et de phosphates intercalés[10]. Ce plateau, d'une forme losangique, est délimité au nord-est par le Plateau Central, au nord-ouest par la Chaouia[10], au sud-ouest par les Rehamna[10] et au sud-est par la dépression du Tadla[10]. La région présente une topographie variée, avec des altitudes variant entre 500 et 1 000 mètres. L'exploitation du phosphate a débuté en mars 1921, après la découverte du minerai en 1912[10] .

Transformations modernes

L'essor de l'industrie minière a eu des conséquences sur les Ouardigha, initialement semi-nomades[11], ont été confrontés à des changements dans leurs modes de vie traditionnels. En effet, l'urbanisation a entraîné une concentration de la population autour des centres miniers[11]. De plus, l'exploitation du phosphate a attiré des investissements et des travailleurs d'autres régions, ce qui a intensifié la concurrence pour les ressources et les opportunités économiques[11].

Histoire

Sous les Almoravides et Almohades

Dès l’époque médiévale, les Ouardigha étaient reconnus pour leurs qualités martiales. Ils furent mobilisés à plusieurs reprises par les dynasties des Almoravides (XIe–XIIe siècles)[12] puis des Almohades (XIIe–XIIIe siècles)[12], pour prendre part aux conflits militaires en al-Andalus et aux campagnes de guerre sainte[12].

Conflits tribaux à l’époque précoloniale

À une époque plus récente, mais toujours avant l’établissement du protectorat français, les Ouardigha se heurtèrent violemment à la tribu des Ouled Yaich, issue des Beni Amir et installée dans la région de Beni Mellal[13]. Le différend portait sur l’accès aux pâturages des plaines fertiles de l’oued Oum Er-Rbia. Les Ouardigha, cherchant à imposer leur autorité, s’opposèrent aux Ouled Yaich et menèrent contre eux une razzia brutale, incluant des massacres, contre les enfants également, selon certaines traditions orales locales[13].

Terre d'asile pour les opposants

Les Ouardigha sous les Alaouites, étaient connus pour offrir refuge et soutien aux fuyards et réfugiés politiques[14], comme ceux qui échappaient aux persécutions du pouvoir central ou à ses obligations. Ces réfugiés, en quête de protection face à la répression, trouvaient dans la tribu de Ouardigha un sanctuaire sûr où ils pouvaient recevoir à la fois un accueil chaleureux et des ressources matérielles[14].

Révolte contre l’autorité chérifienne (début du XIXe siècle)

Au début du XIXe siècle, la tribu se souleva sous la bénédiction de Larbi ben al-Maati contre le chef militaire Al-Ghazi Ben al-Madani. Cette rébellion se réalise dans un contexte de tensions plus larges entre le Makhzen (pouvoir central) et les tribus du centre du Maroc[15]. Le sultan Moulay Slimane (1792–1822), informé de cette insubordination, adressa une lettre aux notables de Bejaâd pour condamner la révolte menée par les Ouardigha et leurs alliés des Cherkaoua. Une expédition militaire fut alors organisée pour rétablir l’ordre[16].

Pacification à l’époque coloniale

En 1913, seront pacifié les Ouardigha, les Smaala (branche des Ouardigha assez indépendante) et les Bani Khirane, par Hajj Mohamed ash-Sherqaoui, père de Abd al-Qader bel-Hajj Muhammad ash-Sharqaoui, Pacha de Boujad, par son ascendance, remontant a Omar Ibn al-Khattab[17].

Massacre de Oued Zem (1955)

Depuis l'exil du roi Mohammed V, le mécontentement grandissait dans tout le pays. Le 20 août 1955, une insurrection éclate dans la ville de Oued Zem, coïncidant avec l’anniversaire de l’exil du souverain. Déjà en révolte, la région des Ouardigha, regroupant également Bejaâd, Khouribga, et les tribus de la Smaʿla et des Beni Khirane passèrent à l'action en attaquant les colons français et soldats en poste[18]. En réponse, les forces coloniales répriment brutalement la révolte, encerclant la ville, bombardant les quartiers et procédant à des exécutions sommaires. Des centaines de civils sont tués, et de nombreuses autres personnes sont arrêtées et torturées. Le massacre renforce la lutte pour l’indépendance et accentue la pression sur les autorités françaises, contribuant ainsi à accélérer le processus qui mènera à l’indépendance du Maroc en 1956[19].

Composition tribale

La tribu Ouardigha est composée de 3 branches principales, et de plusieurs clans[20] :

  • Awlad Bahr Kebir
    • Ahl Bir Mezoui
    • al-Kafaf
    • Bani Khalf
    • Boulanouar
  • Awlad Bahr Sghir
    • Awlad Abdoune
      • Awlad 'Ali ben Abdoune
      • Awlad Amer ben Abdoune
    • Awlad Azzouz
    • Awlad Brahim[21]
    • Al-Mafassiss
    • Al-Foqarah
  • Smaala[22]
    • Braksa
    • Ouled Fenan
    • Maadna

Personnalités

  • Ben Zemam ben Ouardighi ben Daoud est mentionné comme un chef de la tribu des Mirdas dans la région de Dawawida en Algérie, connue pour sont courage. Il aurait migré vers la région du Habt avec les tribus Zoghba et Ryah, avant de s’installer parmi les Jbala, près de Taounate[30].

Culture

La région des Ouardigha dispose de multiples expressions culturelles traditionnelles, parmi lesquelles figure l’Abidat al-Rma, l’un des arts populaires les plus emblématiques du Maroc. L’Abidat al-Rami est un art traditionnel marocain propre aux Arabes originaires de Ouardigha et notamment de la plaine de Tadla, de Khouribga, Bejaâd, de Fkih Ben Salah et de Béni Mellal. L'anniversaire officiel de cet art se déroule généralement dans ces villes citées. Cet art est généralement considéré comme un héritage bédouin issu du monde rural marocain[31].

Les sources divergent quant à l’origine exacte de cet art. Plusieurs hypothèses sont avancées par les spécialistes : certaines le rattachent aux pratiques de la chasse, tandis que d’autres estiment qu’il serait lié aux chants guerriers et aux rituels des résistants en arabes moudjahidines de la région[32]

Étymologiquement, le terme « Rma » signifie « archers », tandis que « Abidat » est un mot qui a un sens différent dans cette région comparé aux autres, en occurrence, cela désigne des personnes qui accompagnaient ces derniers et les assistaient, par exemple lors des parties de chasse, en produisant des rythmes et des sons à l’aide d’instruments traditionnels tels que le tambourin et les ciseaux métalliques. L’Abidat al-Rma repose uniquement sur des poésie chantée en dialecte marocain (darija)[33].

Bien que son apparition soit généralement située au XVIe siècle, certains auteurs estiment que ses racines culturelles pourraient remonter au XIe siècle. Les praticiens de cet art portent des vêtements traditionnels marocains, notamment la djellaba, la razza, le jabador, le caftan masculin ainsi que les babouches fassies[34].

L’Abidat al-Rma est étroitement lié aux modes de vie sociale rurale de la région tadla. Les paysans font appel aux troupes lors des bonnes saisons de récolte afin de célébrer l’abondance et la prospérité, de même que lors d’événements tels que les mariages et les fêtes communautaires. Cet art peut également servir à commémorer, notamment à travers des chants dédiés à certaines figures historiques locales de la résistance, comme le martyr Daouda, auquel sont consacrés de nombreux poèmes et chants populaires dans la région[35].

Tbourida

La Tbourida est une pratique équestre traditionnelle marocaine, consistant en des démonstrations de cavaliers armés de fusils qui avancent en formation et tirent simultanément la poudre (appelée baroud). Les cavaliers portent des tenues traditionnelles et évoluent de manière coordonnée au sein d’un groupe.

Cette tradition est notamment pratiquée par les Ouardigha. En 2016, la région Chaouia-Ouardigha a remporté la 16e édition de la Tbourida nationale[36].

Commerce

Échanges avec l'Europe

Le rôle économique des Ouardigha au XIXe siècle apparaît principalement à travers les correspondances des consuls européens et des commerçants des ports. Celles-ci remettent en cause deux idées fréquemment avancées : d’une part l’enclavement du Tadla, souvent affirmé de manière excessive ou erronée, et d’autre part l’ignorance dont la région aurait fait l’objet. Cette méconnaissance se manifeste notamment dans le manque de précision concernant ses caractéristiques géographiques, sa vie interne et même sa nature. Ainsi, encore dans les années 1840, Renou conclut dans sa Description du Maroc, après l’analyse de l’ensemble des données disponibles à l’époque, que « le Tadla, dont la position demeure incertaine »[37].

À cette époque, le Tadla est déjà intégré, depuis plusieurs décennies, aux circuits d’un commerce extérieur marocain en expansion, d’abord par l’intermédiaire de Marrakech, puis de manière croissante, à partir du milieu du XIXe siècle, par Dar el Beida (casablanca). Les premiers agents des firmes européennes, bénéficiant progressivement de la protection consulaire, apparaissent aux marges occidentales de la région entre 1850 et 1855, notamment pour l’achat des laines d’Ourdighia, comme en témoignent les listes de protégés et de débiteurs[37]. Les archives indiquent également que, dès 1866, les habitants des tribus du Tadla sont nombreux à se rendre à Casablanca, considérée comme leur capitale commerciale, pour y écouler leurs produits[37].

À l’attraction historique exercée par les pôles du Nord et du Sud s’ajoute ainsi, et en partie se substitue, un pôle occidental. Le Tadla, à l’instar du reste du Maroc, est progressivement intégré à la dynamique d’attraction atlantique au cours du XIXe siècle[37].

Protection des biens

Les Ouardigha cultivent la terre et récoltent le blé. Ils stockent la récolte dans un grenier au sein d'une "dechra" une enceinte fortifiée avec des gardiens au tour . Ils sont sous la protection et la bénédiction d'un cheikh, ce qui assure leur prospérité et les protège des difficultés selon les paysans . Leur récolte est abondante et leur permet de subvenir à leurs besoins et plus encore. Cela illustre donc la vie agricole organisée des Ouardigha et l'importance spirituelle du cheikh dans leur succès et leur sécurité. https://toubkal.imist.ma/bitstream/handle/123456789/25336/03-15HPR%20EL%20ANZI%20MOHAMMED%20partie%202.pdf?sequence=2

rapprochent au printemps de leurs labours; chaque fraction importante y a sa dechera, enceinte fortifiée entourant les silos confiés à la vigilance de quelques gardiens sur tout les côtés. Là sont enterrées les précieuses réserves d'orge et de blé et souvent aussi les provisions de bois et les objets mobiliers encombrants. Le sol est troué comme une écumoire ; il faut circuler avec précaution pour éviter de choir dans les puits béants[38]

Procuration d'armements

Selon certaines sources historiques, les Ouardigha entretenaient des relations sociales et économiques étroites avec la zaouia charkaouia, une institution religieuse soufie influente dans la région de Boujaâd. Pour se procurer du matériel, y compris des armes ou d’autres ressources difficiles à obtenir directement, les Ouardigha comptaient sur le soutien de cette zaouia, qui jouait un rôle de médiation et d’intermédiaire dans les transactions commerciales et les échanges de biens[39].

Les chefs religieux de la zaouia étaient conscients que certaines pratiques des Ouardigha, telles que l’usage de la force de la guerre ou la perception d’avantages dans la région, pouvaient être perçues comme des formes de corruption ou de domination locale. Malgré ces critiques, la zaouia continuait à accompagner la tribu dans ses activités commerciales et à faire office d’intermédiaire lorsque la tribu ne pouvait pas se procurer certains produits essentiels, comme la poudre à canon, consolidant ainsi un lien d’alliance et de dépendance mutuelle entre les deux entités[39].

Notes et références

Sources

Voir aussi

Notes

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