Pacte de pacification (1921)

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Le Pacte de Pacification est un accord de paix signé officiellement par Benito Mussolini, et d'autres dirigeants des fascistes, avec le Parti socialiste italien (PSI) et la Confédération générale du travail (CGL), à Rome, les 2 ou 3 août 1921. Le Pacte appelait à « une action immédiate pour mettre fin aux menaces, agressions, représailles, actes de vengeance et violences personnelles de toute nature », de part et d'autre, en échange du « respect mutuel » de « toutes les organisations économiques ». Les futuristes italiens, les syndicalistes révolutionnaires et d'autres voyaient dans le pacte de paix de Mussolini une tentative de « réconciliation avec les socialistes ». D'autres y voyaient un moyen de former une « grande coalition de nouveaux partis de masse » pour « renverser les systèmes libéraux » par le biais du Parlement ou de la société civile.

Dans cet accord, Mussolini exprima clairement son opposition et son mépris pour les milices paramilitaires provinciales et leurs alliés propriétaires terriens, les qualifiant de « caste la plus stupide, la plus sourde et la plus misérable d'Italie ». L'accord fut de courte durée, car de nombreux chefs de ces milices dénoncèrent le pacte de pacification avec les socialistes, ainsi que la direction de Mussolini, arguant que le Duce « n'avait pas créé le mouvement » et qu'ils pouvaient « se débrouiller sans lui ».

Contexte

Les violences entre les squadristes et les militants socialistes et communistes continuèrent de s'intensifier de 1919 à 1921. Les socialistes révolutionnaires se livraient à des assassinats politiques, des grèves, des occupations d'usines, des saisies de terres privées et des émeutes, contraignant souvent les petits propriétaires terriens et les ouvriers agricoles à adhérer à des syndicats socialistes, provoquant des représailles de la part des propriétaires fonciers ruraux contre les socialistes. Dans toute l'Italie, des trains, des casernes, des banques et des bâtiments publics étaient attaqués par des foules, tandis que de nombreuses régions étaient pavoisées de drapeaux rouges et déclarées « entièrement tombées aux mains des communistes ». Les chefs paramilitaires ruraux estimaient que « la violence ne pouvait appeler qu'une violence encore plus grande », dans une situation comparable à une guerre civile. Mussolini se trouvait soumis à une pression croissante pour réduire la violence antisocialiste, et il lui était difficile d'adopter une position « catégoriquement anti-gauche », puisqu'il avait évoqué la possibilité de former une sorte de « gouvernement de coalition nationaliste-gauche » . Mussolini soulignait alors soulignait que le fascisme « séduirait simultanément les aristocrates et les démocrates, les révolutionnaires et les réactionnaires, les prolétaires et les anti-prolétaires, les pacifistes et les anti-pacifistes ».

Prêt à courtiser presque tous les mouvements populistes, Mussolini trouva d'abord politiquement avantageux de s'identifier au mouvement nationaliste et aux milices antisocialistes indépendantes, bien qu'à l'époque il « ne veuille pas perdre sa position à gauche », puisqu'il envisageait la possibilité d'un « Parti ouvrier fasciste » ou « Parti national ouvrier ». Mussolini envisageait une « coalition de syndicalistes ouvriers », mais la violence croissante entre les escadrons socialistes et antisocialistes nuisait à ses chances de rassembler une base politique plus large.

Pris au piège

Lors des élections législatives de 1919, Mussolini avait tenté de courtiser la gauche socialiste tout en se proclamant publiquement le « Lénine de l'Italie », essayant de « surpasser les socialistes en socialisme », résultant au final à une élection où les socialistes ont récolté « quarante fois plus de voix ». Cette défaite électorale dévastatrice et humiliante a poussé Mussolini à rechercher d'autres mouvements populistes qui pourraient le propulser à un poste d'autorité, même s'il a « brièvement envisagé d'émigrer » en croyant que son mouvement était fini. La situation déplorable du mouvement fasciste a été rapportée par les fascistes eux-mêmes lors de leur troisième congrès fasciste, qui ont calculé qu'ils n'avaient « que 100 fascistes et 30 000 sympathisants » en 1920, contre « 2 200 fascistes et 320 000 membres à la fin de 1921 ». Dans une tentative d'élargir son minuscule parti, Mussolini semble avoir employé la stratégie politique de l'entrisme.

Comme l'explique l'historien Stanley Payne, le « nouveau fascisme de masse » des squadristes agraires n'avait pas été créé par Mussolini, mais s'était plutôt développé autour de lui. Tandis que Mussolini s'efforçait de rallier à sa cause les milices, pour la plupart auto-organisées, son mouvement connut un afflux rapide de membres issus de la classe moyenne, de sensibilité conservatrice. De manière générale, les dirigeants soutenaient le nationalisme et non le socialisme, et s'indignaient de l'implication des socialistes et des communistes dans les violences politiques contre les propriétaires terriens et la classe moyenne.

Cela a placé Mussolini, l'ancien dirigeant du Parti socialiste italien et un ancien soutient de la Révolution d'Octobre 1917 de Lénine, dans une position presque impossible pour obtenir un consensus parmi ses divers partisans.

Réactions au pacte de pacification

Après l'annonce du pacte de paix, de nombreux dirigeants fascistes s'y opposèrent, notamment Dino Grandi, Italo Balbo, Roberto Farinacci et Piero Marsich, qui refusèrent de le reconnaître, provoquant une grave scission. À Bologne, des affiches accusant Mussolini de « trahison envers le fascisme » firent leur apparition tandis que dans plusieurs villes italiennes, dont Florence, des sections locales décidèrent de dissoudre leur section pour « protester contre le pacte et la direction de Mussolini ». Au moins deux réunions secrètes anti-Mussolini eurent lieu, où un profond ressentiment se concentra sur « les sympathies persistantes de Mussolini pour la gauche ». De nombreux dirigeants militèrent pour un changement de direction, suggérant qu'une autre personne, comme Gabriele D'Annunzio, « remplace Mussolini ». Grandi et Balbo rencontrèrent D'Annunzio en août 1921 et l'incitèrent à mener le mouvement lors d'une « marche sur Rome ». Ce changement de direction proposé séduisait les jeunes fascistes qui soutenaient les « principes néo-syndicalistes » énoncés Alceste De Ambris dans la Carta del Carnaro (Charte de Carnaro), constitution rédigée pour la ville de Fiume occupée, qui associait le « syndicalisme moderne » à une « société de producteurs »,. Cependant, D'Annunzio esquiva les avances de Grandi et de Balbo en prétextant devoir d'abord consulter les étoiles d'un ciel nocturne réputé couvert.

Le problème du fascisme agraire

Représentant du « fascisme urbain », Mussolini craignait la montée du « fascisme agraire », issu des squadristes ruraux, qu'il considérait comme des « rivaux pour la direction de son mouvement », dont la violence risquait d'entraîner une défaite générale des forces de police et de l'armée. Pour remédier à cette situation, Mussolini s'attaqua de front aux squadristes en signant un accord de paix avec les socialistes afin de mettre fin à des expéditions punitives devenues ingérables. Mussolini écrivit que le fascisme agraire représentait « les intérêts privés des classes les plus sinistres et méprisables d'Italie ». Il réalisa rapidement qu'il avait été trop loin dans ses attaques contre les fascistes agraires et, se retrouvant en minorité, démissionna de son poste de chef du fascisme. Si le fascisme ne devait représenter que l’opposition réactionnaire, Mussolini « affirmait être prêt à s’en laver les mains ».

La démission de Mussolini

Bien que Mussolini ait démissionné de son poste de membre du groupe exécutif du Comité central le 18 août 1921, son geste spectaculaire échoua à réaliser son plan. Au lieu de se rallier, les ras agrariens restèrent unis dans leur rejet du Pacte. Mussolini affirma qu'il soutiendrait le pacte de paix de toutes ses forces, déclarant : « Si le fascisme ne me suit pas en collaboration avec les socialistes, au moins personne ne peut me contraindre à le suivre ». Quelques jours plus tard, un autre dirigeant fasciste démissionna : Cesare Rossi, le secrétaire adjoint. Il exprima plus précisément ses inquiétudes, déclarant que le fascisme dérivait vers un « mouvement pur, authentique et exclusif de conservatisme et de réaction ». Peu après la démission de Mussolini, le Conseil national fasciste la rejeta, expliquant que tous ses rivaux potentiels étaient « inexpérimentés ».

Le troisième Congrès fasciste et la fin du pacte de pacification

Lors du troisième congrès fasciste qui s'est tenu à Rome du 7 au 10 novembre 1921, les membres ont voté la transformation des Faisceaux de combat italiens en Parti national fasciste (PNF). Quelques semaines avant la réunion, Mussolini continuait d'exprimer sa préférence pour l'appellation « Parti fasciste du travail » pour son organisation politique, surtout s'il obtenait le soutien de la Confédération générale du travail. Néanmoins, lors des réunions du troisième congrès fasciste, Grandi et Balbo l'ont contraint à céder et à supprimer le mot « travail » du nom du parti. Suite à cette capitulation, le Parti national fasciste ne reposerait pas sur une coalition de syndicats ouvriers, mais sur une « association des fascistes et de leurs escadrons d'assaut ». Au cours des sessions du congrès, Mussolini, sous la pression des chefs provinciaux, accepta de « désavouer » ce que certains appelaient le « pacte d'apaisement » . Mussolini annonça finalement publiquement la fin du pacte de pacification dans Il Popolo d'Italia le 15 novembre 1921.

Signataires du Pacte

Notes et références

Bibliographie

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