Palma Bucarelli

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Naissance
Décès
(à 88 ans)
Rome, Italie
Nom de naissance
Palma Bucarelli
Nationalité
italienne
Palma Bucarelli
Fonction
Directrice de musée
Biographie
Naissance
Décès
(à 88 ans)
Rome, Italie
Nom de naissance
Palma Bucarelli
Nationalité
italienne
Formation
Activités
Autres informations
Propriétaire de
Palma Bucarelli collection (d)Voir et modifier les données sur Wikidata

Palma Bucarelli, née le à Rome (Italie) et morte le dans la même ville, fut une historienne de l'art, critique et directrice de musée italienne.

Première femme nommée à la tête d'un grand musée public en Italie, elle dirigea la Galleria Nazionale d'Arte Moderna e Contemporanea (GNAM) de Rome pendant trente-trois ans, de 1942 à 1975[1]. Son action à la tête de cette institution transforma profondément le paysage muséal italien : elle y introduisit l'art abstrait et les avant-gardes internationales, modernisa les pratiques muséographiques et fit de la galerie un lieu central du débat culturel dans l'Italie de l'après-guerre[2].

Formation et débuts

Palma Bucarelli naquit à Rome (Royaume d'Italie) le . Son père, Giuseppe Bucarelli, était un haut fonctionnaire de l'administration italienne, nommé par la suite vice-préfet de Rome. Sa mère, Ester Loteta Clori, transmit à ses deux filles un goût prononcé pour la culture, la musique et les arts[3].

Elle effectua ses études secondaires au Liceo Ennio Quirino Visconti, le plus ancien lycée classique de Rome, avant d'intégrer l'Université de Rome « La Sapienza » où elle obtint un diplôme en lettres[4]. Durant ses études, elle se lia avec Giulio Carlo Argan, qui deviendra plus tard historien de l'art majeur et maire de Rome, avec lequel elle entretint une relation intellectuelle et sentimentale durable[5].

En 1933, âgée de vingt-trois ans, elle réussit le concours du ministère de l'Éducation nationale pour le poste d'inspectrice des Antiquités et des Beaux-Arts et se vit affecter à la Galerie Borghèse[1]. Un séjour à Naples lui permit de nouer des contacts avec le philosophe Benedetto Croce[3]. En juillet 1941, à trente et un ans, elle prit la direction de la Galleria Nazionale d'Arte Moderna, un poste sans précédent pour une femme dans l'Italie de l'époque[4].

Seconde Guerre mondiale : sauvetage des collections

La nomination de Bucarelli coïncida avec l'entrée de l'Italie dans le conflit. Sa première mission consista à organiser, dans le plus grand secret, l'évacuation des collections de la galerie pour les soustraire aux bombardements et aux réquisitions. Elle fit transférer une partie des œuvres dans les murs du château Saint-Ange à Rome et le reste au palais Farnèse de Caprarola, dans le nord du Latium[6],[4]. Ce sauvetage lui valut parfois le surnom de « Monuments Woman » dans les publications anglo-saxonnes[4].

Dès la libération de Rome en 1944, elle entreprit la réouverture de la galerie et la restitution progressive des œuvres[2].

Modernisation de la GNAM (1944-1975)

Sous la direction de Bucarelli, la GNAM connut une transformation en profondeur. L'institution, fondée en 1883 pour abriter les courants artistiques du XIXe et du XXe siècle, était jusque-là principalement un conservatoire historique allant du néoclassicisme aux avant-gardes du début du siècle[7]. Bucarelli lui assigna une fonction nouvelle : en faire un espace vivant de rencontre entre artistes, critiques et public, ouvert aux tendances les plus récentes de l'art international[2].

Avec le concours de jeunes critiques comme Corrado Maltese, Nello Ponente et Maurizio Calvesi, elle engagea dès les années 1950 une politique d'acquisitions tournée vers le futurisme, l'art abstrait italien et étranger, ainsi que vers des artistes tels qu'Amedeo Modigliani, Giorgio Morandi et Alberto Savinio[2]. Elle dota en outre la galerie de services éducatifs, d'une bibliothèque, d'une cafétéria et d'une librairie, pratiques alors inhabituelles dans les musées italiens[3].

Grandes expositions

Bucarelli organisa une série de manifestations qui contribuèrent à ouvrir l'Italie aux mouvements artistiques internationaux. En 1953, elle obtint, après une âpre rivalité avec Fernanda Wittgens, directrice de la Pinacothèque de Brera à Milan, l'organisation de la première grande exposition consacrée à Pablo Picasso en Italie[8],[9]. Cet épisode, raconté en détail par la biographe Rachele Ferrario, révéla l'intensité de la compétition culturelle entre Rome et Milan dans l'immédiat après-guerre[10].

Suivirent des expositions consacrées à Piet Mondrian (1956), Jackson Pollock (1958) et Mark Rothko (1962), qui permirent au public romain de découvrir les grandes figures de l'expressionnisme abstrait et du néoplasticisme[1],[6].

L'affaire Burri (1959)

L'épisode le plus retentissant de la carrière de Bucarelli éclata en 1959, lorsqu'elle exposa à la GNAM des œuvres d'Alberto Burri, dont le Grande Sacco (1952), un assemblage de toile de jute déchirée. Le 10 avril 1959, le sénateur Umberto Terracini déposa une interpellation parlementaire dénonçant l'exposition d'une « vieille toile sale d'emballage » dans un musée national. Le sous-secrétaire à l'Instruction publique Angelo Di Rocco précisa que l'œuvre n'avait pas été achetée mais était en dépôt, sans parvenir à apaiser la polémique[11].

Le critique Marziano Bernardi écrivit dans La Stampa que la beauté de l'œuvre pourrait se trouver « chez un vendeur de pommes de terre » ; le peintre Giorgio De Chirico qualifia quant à lui Bucarelli d'« amazone des croûtes ». Face à ces attaques, des voix s'élevèrent en défense de l'artiste : Emilio Vedova salua le contraste entre matériaux pauvres et élégance formelle, tandis qu'Argan considéra l'art de Burri comme « une sorte de trompe-l'œil inversé, dans lequel ce n'est pas la peinture qui feint la réalité mais la réalité qui feint la peinture »[11].

Cet épisode, largement relayé par la presse internationale, consacra paradoxalement la notoriété de Bucarelli comme défenseure de l'art contemporain[12],[13].

Les années 1960-1970

Dans les années 1960, Bucarelli poursuivit sa politique d'ouverture en accueillant des propositions artistiques de plus en plus radicales. En 1968, elle invita le Gruppo Laboratorio 70, un collectif romain composé notamment de Gian Paolo De Dominicis, Francesco Matteucci, Giancarlo Notargiacomo et Salvatore Grottesi, à investir les salles de la GNAM[5]. Elle défendit par ailleurs des œuvres jugées provocatrices, comme la Merda d'Artista (1961) de Piero Manzoni[6].

Elle quitta la direction de la galerie en 1975, après trente-trois années à sa tête[1].

Vie privée et héritage

Bucarelli épousa en 1963 le journaliste Paolo Monelli, qu'elle connaissait depuis une trentaine d'années[3]. Elle mourut à Rome le , à l'âge de quatre-vingt-huit ans[1].

Sa collection personnelle d'œuvres d'art fut léguée à la GNAM. Sa garde-robe, qui avait contribué à forger son image de femme élégante et émancipée, fut donnée au Musée Boncompagni Ludovisi des arts décoratifs de Rome[6],[3]. Une rue menant à la galerie, reliant le Viale delle Belle Arti au Viale Antonio Gramsci, fut rebaptisée Via Palma Bucarelli[3].

En 2009, la GNAM organisa l'exposition Palma Bucarelli: Il museo come avanguardia, consacrée à son influence sur l'institution. En 2025, une nouvelle rétrospective fut montée dans les mêmes salles[14],[2].

Son parcours est reconnu comme celui d'une pionnière de la direction muséale féminine en Europe[15].

Réception critique et postérité

La biographe Rachele Ferrario, professeure de phénoménologie des arts à l'Académie des beaux-arts de Brera, consacra à Bucarelli deux ouvrages de référence : Regina di quadri (Mondadori, 2010), première biographie documentée, et La contesa su Picasso (La Tartaruga, 2024), centré sur la rivalité avec Fernanda Wittgens[16],[10],[17].

En France, la romancière Sophie Guermes publia en 2018 Bucarelli-Roma (Éditions du Littéraire), un roman biographique qui constitua le premier ouvrage en langue française consacré à cette figure[18].

La Bibliothèque nationale de France conserve une notice d'autorité à son nom[19], et le Musée Picasso de Paris intègre son nom dans ses bases archivistiques en lien avec la correspondance relative aux expositions Picasso en Italie[9].

En 2015, l'artiste et réalisateur Alberto Savinio lui avait consacré un portrait peint en 1945, aujourd'hui conservé à la GNAM, qui témoigne de la place singulière qu'elle occupait dans le milieu artistique romain[20].

Le site institutionnel italien New Italian Books, dépendant du ministère des Affaires étrangères, promeut les ouvrages consacrés à Bucarelli dans le cadre de la diffusion de la culture italienne à l'étranger[21].

Notes et références

Publications

Voir aussi

Liens externes

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