Paolo Mantica
From Wikipedia, the free encyclopedia
| Naissance | |
|---|---|
| Décès | |
| Nom de naissance |
Giovanni Paolo Fortunato |
| Nationalité | |
| Activités |
| Parti politique |
|---|
Paolo Mantica (pseudonyme de Giovanni Paolo Fortunato), né le 14 décembre 1878 à Reggio Calabria et mort le 3 janvier 1935 à Rome, est un journaliste, avocat italien.
Théoricien syndicaliste révolutionnaire puis interventionniste durant la Première Guerre mondiale, il s'oppose par la suite à la montée du fascisme.
Les débuts en tant qu'avocat
Giovanni Paolo Fortunato naquit de Giovanni et Fortunata Cimino, au sein d'une riche famille de propriétaires terriens qui portaient le titre de baron. Il fit ses études secondaires dans sa ville natale, puis s'inscrivit à l'Université de Rome, où il obtint son diplôme de droit en 1902.
Très jeune, il embrassa les idéaux du socialisme, qu'il défendit en Calabre aux côtés de son frère Giuseppe Giovanni. Parallèlement, et conformément à la tradition familiale, il rejoignit la franc-maçonnerie. En 1904, il s'installa définitivement à Rome avec l'intention d'y ouvrir un cabinet d'avocat, mais, de plus en plus absorbé par l'engagement politique, il se tourna vers le mouvement syndical naissant, qui s'était fortement développé dans la capitale, notamment grâce à l'action d'Enrico Leone. Sa fortune familiale considérable lui permit de se consacrer à la lutte politique sans contraintes matérielles et de contribuer financièrement aux activités du mouvement, en particulier dans le domaine du journalisme.
Le syndicalisme révolutionnaire et la rupture avec le PSI
En 1905, avec Leone, il fonda Il Divenire sociale et devint simultanément un collaborateur régulier des principaux périodiques de la région : Il Sindacato operaio, Lotta di classe, L'Internazionale, La Propaganda, La Guerra sociale, et même Pagine libere de Angelo Oliviero Olivetti. Il s'imposa alors comme l'un des principaux défenseurs en Italie de l'« action directe », soutenant que le syndicalisme révolutionnaire était la doctrine non pas tant des ouvriers que des « producteurs ». Début 1906, grâce à un important apport financier (40 000 lires à l'époque), il fonda Azione Sindacalista, dont les bureaux de rédaction, comme ceux d'Il Divenire, étaient installés dans sa demeure romaine de la Piazza di Spagna.
Au congrès national du Parti socialiste italien (PSI) à Rome en 1906, après avoir clairement réfuté les idées de Leonida Bissolati, il changea progressivement de position jusqu'à se rapprocher d'un syndicalisme indépendant des partis politiques. Lui qui avait approuvé les conclusions du congrès d'Amiens et soutenu la résolution adoptée au congrès de Limoges du Parti socialiste français, critiqua la Confédération générale du travail (CGdL), l'accusant de vivre sous « l'emprise étouffante du Parti socialiste ». Durant cette période, il renforça ses liens avec le syndicalisme français et se lia d'amitié avec Hubert Lagardelle alors directeur de la revue Le Mouvement socialiste, chez qui il séjournait fréquemment à Paris et où il rencontra Georges Sorel.
Il participa par la suite aux activités de la nouvelle USI (Union des syndicats italiens) et assista au congrès de l'Internationale socialiste à Stuttgart, où il accusa les Français et les Allemands d'entretenir des attitudes « patriotiques » et chauvines « à peine dissimulées sous un vernis internationaliste ». En septembre 1908, à Florence, il participa, en tant qu'observateur, au Xᵉ Congrès national du Parti socialiste italien (PSI) puis, profondément antimilitariste, au début de la guerre de Libye, il fut parmi les syndicalistes qui se déclarèrent opposés à l'entreprise coloniale et s'opposa à ses amis Francesco Arcà et Arturo Labriola, tous deux favorables à la guerre.
Le tournant interventionniste
Ses positions concernant la Guerre changèrent avec la Première Guerre mondiale, lorsqu'il adopta une position résolument interventionniste, à l'instar de la quasi-totalité des autres syndicalistes. Durant cette période, à la demande d'Agostino Lanzillo, il commença à collaborer au journal Il Popolo d'Italia et participa à la fondation du Faisceau d'action révolutionnaire interventionniste. Engagé comme volontaire, il fut affecté en 1916 à la formation d'élèves officiers à Rubignacco di Cividale, où se trouvaient également les syndicalistes Livio Ciardi et Pietro Nenni.
Après la guerre : syndicalisme, libéralisme et opposition au fascisme
Après la guerre, en 1918, il collabora au Giornale del popolo de Giuseppe De Falco et à Vie nuove, et en 1919, devint l'un des principaux représentants de l'Union socialiste italienne (UNSI), occupant brièvement le poste de secrétaire. Ce nouveau groupe, fondé en 1917, comprenait d'anciens syndicalistes comme Arcà et Labriola, ainsi que des réformistes tels qu'Ivanoe Bonomi, Leonida Bissolati et Antonio Crespi.
Cependant, après l'échec de l'UNSI, qui se dissolut en 1920, Paolo Mantica accéléra son évolution vers le libéralisme. Dans ce contexte, il s'opposa à la montée du fascisme et collabora à divers journaux tels que Il Mondo de Giovanni Amendola , La Critica politica, dirigé par Oliviero Zuccarini, et L'Iniziativa, ainsi qu'en fondant le périodique La Calabria en 1919 , qui militait pour une forte décentralisation administrative.
Malgré la présence, au sein du parti fasciste, de nombreux anciens syndicalistes ainsi que de ses amis comme Agostino Lanzillo et Michele Bianchi, son opposition au fascisme fut immédiate et sans équivoque. Avec son épouse, l'écrivaine et journaliste hongroise Margherita Veczy, elle aussi proche des cercles francs-maçons et fervente opposante au fascisme, il entretint, entre 1922 et 1927, des contacts avec de nombreuses figures antifascistes européennes, notamment allemandes et hongroises : il les reçut à plusieurs reprises à son domicile romain et se rendit dans ces pays, parfois en tant que conférencier.
Une conférence célèbre sur le fascisme, donnée à Berlin en 1923, dans laquelle il réfutait l'idée que le nouveau mouvement était « un phénomène volontariste aux fortes connotations révolutionnaires », soulignait les liens tissés par Mussolini avec « la ploutocratie et la bureaucratie, avec l'industrie protégée et les classes privilégiées ». Dans les années qui suivirent, ses critiques se firent plus acerbes et reprirent des thèmes chers aux syndicalistes : la polémique anti-bureaucratique, l’ultralibéralisme, l’anti-étatisme et le mépris du transformisme. Il accusa le fascisme d’avoir ravivé une forme encore plus marquée d’« étatisme », fondée sur la rhétorique et la servilité envers le vainqueur, ce qui ne pouvait mener qu’à la dictature.
En 1926, il fut dénoncé par une gouvernante, probablement une informatrice de la police, pour son activité antifasciste et pour les liens suspects qu’il aurait entretenus avec sa femme et l’ambassade soviétique à Rome. Soumis à une surveillance constante et ayant un besoin urgent d’obtenir un passeport hongrois auprès des autorités italiennes, indispensable pour rendre visite à sa fille unique, il réduisit considérablement son activité dissidente à partir de 1928, jusqu’à son arrêt complet dans les années 1930. Étroitement surveillé par la police politique fasciste, il tomba dans l’oubli à partir de 1930 et mourut à Rome en 1935.
Publications
- Prefazione a Mme. Sorgue, Proletariato internazionale e rivoluzione russa, Tip. Industria e lavoro, Roma 1906;
- Pagine sindacaliste, Tipografia Abruzzese, Pescara 1908;
- Colonialismo, funzionarismo, militarismo e reazione, in La guerra di Tripoli - Pro e contro: discussioni nel campo rivoluzionario, Società editrice partenopea, Napoli 1912;
- I socialisti tedeschi e l'Impero, Tip. Fratelli Ciattini, Pistoia 1915;
- Il fascismo in Italia (conferenza tenuta a Berlino nel 1923), a cura di Alceo Riosa, «Historica, 2, 1970.