Paolo Orano
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Paolo Orano, né le 15 juin 1875 à Rome et mort le 7 avril 1945 à Nocera Inferiore, est un journaliste, écrivain, universitaire, psychologue et homme politique italien.
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Figure du syndicalisme révolutionnaire italien après un bref passage au sein du Parti socialiste italien, il adhère au Parti sarde d'action puis au fascisme après la Première guerre mondiale. Universitaire, biographe des hiérarques fascistes et homme politique, il joue un rôle important dans la diffusion de l'antisémitisme en Italie et dans la promotion des lois raciales de 1938. Il est également le fondateur de l'École fasciste de journalisme (Scuola fascista di giornalismo) et l'un des inventeurs de la Demodoxalogie (discipline qui vise à explorer les hypothèses psychologiques et sociales qui informent et forment l'opinion publique).
Biographie
Les années de jeunesse
Né à Rome en 1875 d'un père romain et d'une mère sarde, il obtint une licence de lettres et de philosophie à l'université de Rome « La Sapienza » en 1898. Dès 1899, il enseigna la philosophie dans plusieurs lycées italiens, notamment à Sienne, Senigallia et Tivoli. À la fin du XIXe siècle et au début du XXe siècle, il collabora à divers journaux, dont Il Corriere di Roma et La Tribuna. Adhérent au Parti socialiste italien, il collabora régulièrement, entre 1903 et 1906, à Avanti !, alors dirigé par Enrico Ferri. Il fut un membre actif du mouvement syndicaliste révolutionnaire.
Durant ces années, il était franc-maçon, tout comme Arturo Labriola ; hostile au catholicisme, il manifestait également de la sympathie pour la communauté juive. Après avoir quitté le PSI en 1907, avec la plupart des autres syndicalistes révolutionnaires, il commença à travailler pour la revue Pagine libere d’ Angelo Oliviero Olivetti (dont il fut rédacteur en chef à partir de 1909 et directeur provisoire de 1910 à 1911). En octobre 1910, il lança la publication du périodique La Lupa, conçu comme un lieu de rencontre entre syndicalistes et nationalistes, au point qu’Enrico Corradini y collabora. Le journal cessa de paraître en 1911. Il collabora ensuite avec le périodique Sardegna, fondé en 1910 par le syndicaliste révolutionnaire Attilio Deffenu. En 1902, il publia une étude importante sur la psychologie sociale. ; puis, en trois volumes, I moderni: Medaglioni (1908-1914).
La guerre de 1914 et l'adhésion au fascisme
Durant la Première Guerre mondiale, il s'engage comme officier volontaire en 1917 et commence à collaborer avec le Il Populo d'Italia de Mussolini. Avant sa démobilisation en 1918, il publie Nel solco della guerra (1915) et La spada sulla bilancia (1917), ouvrages empreints d'un fort antisémitisme, puis, en 1919, L'Italia e gli altri alla conferenza della pace. Envoyé en France en 1918, il est nommé, après la guerre, directeur de l'Institut culturel italien de Paris en mai 1919 .
Cette année-là, il fut élu à la Chambre des députés[1] sur la liste du « Parti des combattants sardes » et rejoignit le groupe parlementaire « Rinnovamento nazionale » et l'année suivante, au Parlement, il soutint D'Annunzio durant l'entreprise de Fiume.
En 1921, il adhère au Parti d'action sarde, au sein duquel il est réélu député la même année (avec Emilio Lussu, Pietro Mastino et Umberto Cao). Immédiatement après son entrée au Parlement, il est chargé de la commission d'émigration en Tunisie, mais il démissionne du parti le 10 novembre 1922, quelques jours après la Marche sur Rome. En 1923, avec un certain nombre de membres du Parti d'action sarde, il rejoint le Parti national fasciste. Voici comment Emilio Lussu interprète avec ironie la pensée philosophique de son ancien collègue de parti, qui allait fonder la nouvelle position politique adoptée par l'ancien philosophe antifasciste après la Marche sur Rome : « En effet, la liberté est ou elle n'est pas. Et si elle est, elle ne cesse pas de l'être, même si elle sert l'absolutisme. La tyrannie elle-même, à proprement parler en termes dialectiques, qu’est-ce que c’est sinon un stimulant à la liberté ? »[2].
Professeur, homme politique fasciste et recteur à Pérouse
En 1924, il fut réélu député en Toscane sur la liste fasciste. Mussolini lui confia le poste de rédacteur adjoint du quotidien Il Popolo d'Italia (1924-1925) et la responsabilité de l'édition romaine. Il fut également confirmé à la Chambre en 1929 et 1934.
En 1930, il intègre le corps professoral de l'Université de Pérouse, où il fonde une école de journalisme au sein de la faculté de sciences politiques, dont il devient doyen en 1933 et recteur deux ans plus tard (1935)[1]. En 1935, il dirige son propre magazine, Il pubblico, auquel collabore également son épouse, l'écrivaine et journaliste française Camille Mallarmé (correspondante de Je suis partout en Italie).
En 1939, il quitta la Chambre et fut nommé sénateur du Royaume. Il conserva ces deux fonctions jusqu'à la fin du printemps 1944, lorsque les troupes anglo-américaines libérèrent Rome et Pérouse. Ces années furent marquées par une intense activité d'écriture, notamment en tant qu'essayiste en faveur du fascisme (L'educazione fascista de 1933, Fascismo, idea universale de 1936).
Antisémitisme
Dans son essai Gli ebrei in Italia (1937), Orano propose une vision réductrice de l’ensemble du judaïsme italien et exhorte les Juifs à s’intégrer pleinement à la culture et à la religion du pays , soutenant ainsi la lutte menée par le fascisme contre sionisme et la « haute finance juive ». Selon l’historien Francesco Germinario, cette approche n’a en réalité pas été utilisée par la propagande raciste du régime, qui s’est davantage attachée aux théories biologiques de son allié nazi. Cette thèse est contestée par l’historiographie (notamment par Giorgio Israel et Pietro Nastasi ), qui voient en des figures comme Orano le développement d’une théorie raciale fasciste, sous l’égide de Giuseppe Bottai et d'Alessandro Pavolini, et en opposition à la théorie plus pro-allemande de Farinacci et d’Interlenghi, responsable des lois raciales italiennes et du racisme colonial. Oran serait donc un précurseur de l’antisémitisme et du racisme « spirituel » plutôt que « biologique »[2].
Orano devint également le biographe de certaines des figures les plus représentatives de l'Italie fasciste de l'époque, notamment Benito Mussolini (Mussolini, fondatore dell'Impero fascista, 1940 et Mussolini al fronte della storia universale,1941), Italo Balbo (Balbo, 1940), Cesare Maria De Vecchi ( De Vecchi Di Val Cismon, 1935) et Rodolfo Graziani ( Rodolfo Graziani, generale scipionico, 1936).
L'arrestation et la mort
Après le 8 septembre 1943, il continua d'enseigner, sans occuper de fonction au sein de la République sociale italienne. Arrêté par les Alliés à Florence en août 1944, il fut interné, avec d'autres fascistes, au camp de concentration anglo-américain de Padula. Un ulcère duodénal grave dont il souffrait depuis quelque temps s'aggrava durant sa détention. Début avril 1945, Paolo Orano décéda à l'hôpital de Nocera Inferiore des suites d'une hémorragie due à un ulcère perforé ayant dégénéré en péritonite, à l'âge de 69 ans.
L'École fasciste de journalisme
Paolo Orano, avec Ermanno Amicucci, fut l'un des architectes de l'École fasciste de journalisme, fondée à Rome en novembre 1929 sous le patronage de Giuseppe Bottai, dont il prit la direction dès sa création. L'école avait pour mission de former techniquement les futurs journalistes tout en les préparant politiquement afin de garantir leur loyauté au régime. En 1930, Paolo Orano favorisa également la création d'un cursus optionnel de journalisme à l'université de Pérouse, au sein de la Faculté de sciences politiques (créée en 1928), qui devait collaborer étroitement avec l'École fasciste de journalisme de Rome. Les diplômés pouvaient ainsi s'inscrire comme journalistes sans effectuer le stage obligatoire. La Faculté des sciences politiques de l'Université de Pérouse, où Paolo Orano fut également professeur ( 1933-1936), puis recteur (1936-1944), acquit une importance notable à l'époque pour être l'un des foyers dans lesquels se développa une nouvelle science : la démodoxalogie.
Initiateur et théoricien de la démodoxalogie
Paolo Orano fut l'un des principaux initiateurs et théoriciens de la démodoxalogie, discipline qui étudie l'opinion publique et son rôle dans la société moderne. Orano fut le premier en Italie à poser les fondements de cette science en 1928, lors d'une conférence donnée à Pérouse. Quelques années plus tard, l'université de Pérouse créa une chaire de journalisme au sein de sa faculté de sciences politiques, incluant la démodoxalogie parmi ses matières d'enseignement. Orano lui-même, durant son long séjour à Pérouse (1933-1944), en tant que professeur puis recteur de l'université locale, œuvra au développement et à la diffusion de cette science. Parmi ses élèves, on peut citer Federico Augusto Perini-Bembo, professeur à l'université de Pérouse et à l'Institut Pro-Deo (aujourd'hui LUISS) de Rome, à qui l'on doit la Fondation de démodoxalogie (1989), dont le siège se trouve à Venise-Mestre.
Publications
- Psicologia della Sardegna, Roma, Tipografia della Casa editrice italiana, 1896
- Il problema del cristianesimo, Roma, Bernardo Lux Editore, 1900
- Psicologia sociale, Bari, Giuseppe Laterza e Figli, 1902
- I moderni: medaglioni (3 volumes), Milano, Treves, 1908-1914
- Altorilievi, Ancona, Giovanni Puccini & figli, 1913
- Cristo e Quirino. Il problema del cristianesimo, Firenze 1911
- Nel solco della guerra, Milano, Treves, 1915
- Discordie, Lanciano, Carabba, 1915
- La spada sulla bilancia, Milano, Treves, 1917
- L'Italia e gli altri alla Conferenza della pace, Bologna, Zanichelli Editore, 1919
- La rinascita dell'anima, Roma, La fionda, 1920
- Mussolini, da vicino, Roma, Casa editrice Pinciana, 1928
- Contemporanei, Milano, Mondadori, 1928
- Canaglie, venturieri, apostoli del giornalismo, Milano, Edizioni Corbaccio, 1931
- L'educazione fascista, Roma, Casa editrice Pinciana, 1933
- De Vecchi Di Val Cismon, Roma, Casa editrice Pinciana, 1935
- Rodolfo Graziani generale scipionico, Roma, Casa editrice Pinciana, 1936
- Gli ebrei in Italia, Roma, Casa editrice Pinciana, 1937
- Avanguardie d’Italia nel mondo, Roma, Società nazionale Dante Alighieri, 1938
- La vigilia sindacalista dello stato corporativo, Casa editrice Pinciana, 1939.
- Balbo, Roma, Casa editrice Pinciana, 1940
- Mussolini fondatore dell'impero fascista, Roma, Casa editrice Pinciana, 1940
- Mussolini al fronte della storia, Roma, Casa editrice Pinciana, 1941
Ouvrages édités et/ou préfacés par Paolo Orano (sélection)
- Antonio Labriola, Del socialismo. La prima conferenza socialista detta dal grande pensatore a Roma il 20 giugno 1889 al Circolo operaio di studi sociali con prefazione del discepolo Paolo Orano, Roma, L. Mongini, 1904
- Armando Brasini, L'Urbe Massima. Roma, ed. Formiggini 1916.
- Guido Mattioli, Mussolini Aviatore: e la sua opera per l'aviazione, con prefazione di Paolo Orano, Roma, Casa editrice Pinciana, 1936
- Benito Mussolini, La difesa nazionale, Roma, Casa editrice Pinciana, 1936
- Benito Mussolini, La politica demografica, Roma, Casa editrice Pinciana, 1937
- Benito Mussolini, Le corporazioni, Roma, Casa editrice Pinciana, 1937
- Benito Mussolini, L'espansione coloniale, Roma, Casa editrice Pinciana, 1940
- Benito Mussolini, L'autarchia, Roma, Casa editrice Pinciana, 1940
- Paolo Orano (a cura di), "Inchiesta sulla razza", Roma, Casa editrice Pinciana, 1939