Parc national de l'Archipel de Cabrera

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Parc national de l'Archipel de Cabrera
Vue satellite de l'Archipel de Cabrera
Géographie
Pays
Communauté autonome
Coordonnées
Superficie
907,94 km2[1]
Partie de
Réseau des parcs naturels d'Espagne (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Administration
Nom local
(es) Parque Nacional marítimo-terrestre del Archipiélago de CabreraVoir et modifier les données sur Wikidata
Type
Catégorie UICN
WDPA
Création
29 avril 1991
Visiteurs par an
120 505
Site web

Le parc national de l'Archipel de Cabrera (en catalan : Parc Nacional Maritimoterrestre de l'Arxipèlag de Cabrera, en Espagnol : Parque Nacional Marítimo-Terrestre del Archipiélago de Cabrera) est un parc national d'Espagne situé dans les îles Baléares. Il a été créé le 29 avril 1991 par la loi 14/1991. En 2019, il est agrandi et passe d'une surface de 10 021 hectares à 90 800 hectares, ce qui fait de lui le plus grand parc national d'Espagne devant le parc national de la Sierra Nevada.

De par sa grande diversité d'oiseaux, le parc est également classé zone de protection spéciale. Il est intégré en tant que site d'importance communautaire dans le réseau Natura 2000 et est une aire spécialement protégée d'importance méditerranéenne.

Administrativement, le parc appartient à la commune de Palma de Mallorca.

L'île de Cabrera et ses principaux îlots ont été visités par les grandes civilisations méditerranéennes: phéniciens, carthaginois, byzantins et romains.

Pendant les XIIIe et XIVe siècles, l'île de Cabrera et son port naturel étaient utilisés par des pirates berbères comme base d'où attaquer les côtes de Majorque. Un château fut donc construit au XIVe siècle à l'entrée du port, pour éviter que les pirates l'utilisent comme base et permettre une meilleure surveillance des eaux proches de Majorque.

En 1808, éclate la Guerre d'indépendance espagnole. Les soldats français faits prisonniers au cours de la bataille de Bailén ont été incarcérés sur l'île de Cabrera. En réalité, il n'existait aucun bâtiment pouvant servir de prison: la captivité était simplement l'isolement de l'île. Les prisonniers furent libérés en 1814, à la signature de la paix. Mais le manque de ressources de l'île et le défaut d'approvisionnement de la part des autorités de Défense de Majorque n'avaient laissé en vie que la moitié des prisonniers à la fin de la guerre. En mémoire de ces prisonniers, un monolithe fut érigé sur l'île.

A la fin du XIXe siècle, l'île devint une propriété privée. Les propriétaires, la famille Feliu, essayèrent d'y cultiver la vigne. Ils construisirent pour cela une cave, qui est actuellement utilisée comme musée.

L'île est ensuite expropriée, en 1916, pour y établir une petite garnison. La militarisation de Cabrera a accessoirement favorisé sa conservation, évitant ainsi la spéculation immobilière. L’utilisation des îles par les forces armées espagnoles jusqu'en 1986 a constitué un obstacle juridique à la protection de l’archipel. En 1988, le Parlement des îles Baléares a adopté à l’unanimité une résolution alors envoyée au Parlement espagnol « pour la création du parc national maritime-terrestre de l’archipel de Cabrera », qui a ensuite été promulguée le 29 avril 1991, par la loi 14/1991[2]. Ce parc a été agrandi en 2019, incorporant alors les espaces marins voisins, ce qui a multiplié par 8 sa surface[3].

L’archipel présente une grande valeur naturelle. En raison de son isolement tout au long de l’histoire, puis de son usage militaire, il est resté relativement inchangé. Le paysage côtier de Cabrera est souvent considéré comme l’un des mieux conservés de la côte espagnole, voire de toute la Méditerranée. Les îles sont recouvertes d’importantes colonies d’oiseaux de mer et d’autres espèces endémiques.

Extension

Extension du parc national de l'archipel de Cabrera.

En 2019, le gouvernement approuve l'extension du parc national d'une surface de 10 021 hectares à 90 800 hectares. Cette décision fait du parc national le plus grand d'Espagne. Elle protège notamment deux systèmes naturels jusque là absents du réseau de parc nationaux d'Espagne : les zones pélagiques de passage, de reproduction ou de présence régulière de cétacés ou de grands poissons migrateurs, et les bancs de coraux profonds. De plus, elle améliore sensiblement la représentativité de deux autres systèmes naturels (collines et escarpements à forte pente et hauts-fonds rocheux)[4].

Géographie

Phare de Enciola.

Situé à 10 km du cap de Las Salinas (commune de Santañí, au sud de l'île de Majorque), l'archipel de Cabrera est en réalité un affleurement méridional des Sierras de Levante (Serres de Llevant).

Cabrera a un climat semi-aride, doux en hiver et chaud en été, avec une température moyenne annuelle de 18 °C. L'archipel subit le stress du vent et du sel. Le parc a une surface de 90 800,52 hectares, dont 89 482,52 maritimes et 1318 terrestres. La cote la plus élevée est de 172 m au-dessus du niveau de la mer, et la plus basse dépasse 2000 m de profondeur (avant l'agrandissement de 2019, elle était de 118 m)[5].

Îles et îlots

L'archipel est constitué de 19 îles et îlots. La plus étendue est Cabrera, suivie de Conejera. Les autres îles les plus importantes sont Ses Rates, Els Estels, L'Imperial, Ses Bledes, Es Fonoll, Na Redona, L'Esponja, Na Plana, Na Pobra, S'Illot Pla, S'Illot y Na Foradada.

Flore et faune

Flore

La mer représente 98 % de la surface du parc national de Cabrera[6]. La flore marine comprend une multitude d'espèces végétales et d'algues qui, grâce à la clarté des eaux, sont faciles à localiser. On peut y observer plus de 160 espèces, dont un grand nombre d'algues. Le plus remarquable, ce sont les prairies de posidonie océanique: bien qu'elle ressemble aux algues, la posidonie est en réalité une plante supérieure qui a des racines et des fleurs, et qui est considérée comme l'une des principales sources de vie de la Méditerranée, malheureusement en forte régression sur toute la côte.

Millepertuis des Baléares.

Le parc est situé sur des calcaires, des marnes et des dolomies d'origine tertiaire, et jouit d'un climat méditerranéen. Dans son milieu terrestre, l'archipel présente une végétation typiquement méditerranéenne, avec une communauté très étendue de maquis, parsemée d'oliviers et de fourrés xérophiles, avec quelques bosquets de pins d'Alep. Mais Cabrera a aussi des particularités: à côté des différentes variétés d'olivier et de l'euphorbe, apparaissent des espèces typiques des forêts de chênes, comme le nerprun alaterne endémique Rhamnus ludovici-salvatoris et, aux altitudes les plus élevées, le buis des Baléares (Buxus balearica).

Une autre caractéristique est la grande étendue de bois de genévriers, surtout là où le sol est le plus pauvre. Ces genévriers appartiennent à la sous-espèce Juniperus phoenicea turbinata.

L'archipel possède 22 endémismes baléares, comme l'Astragalus balearicus, surnommé "petit coussin de nonne" et le millepertuis des Baléares (Hypericum balearicum), et une seule sous-espèce endémique de Cabrera: la garance voyageuse (Rubia angustifolia caespitosa).

Faune

L'archipel de Cabrera, avec les eaux et fonds marins qui l'entourent, constitue l'un des espaces naturels les mieux conservés de Méditerranée, foisonnant de vie, aussi bien marine que terrestre. Ses eaux surprennent par leur transparence et leur visibilité exceptionnelles, par leurs grottes sous-marines, où apparaissent encore des espèces non répertoriées, comme certains crustacés endémiques découverts dans les eaux d'une grotte. L'éloignement de centres urbains et le fait de ne recevoir aucun apport d'eaux continentales réduisent au minimum la contamination des eaux de l'archipel, ce qui fait que ses biotopes sont très bien conservés. C'est précisément la grande biodiversité de ces eaux qui a permis à l'archipel de Cabrera d'être déclaré parc national.

Du point de vue de la faune, la richesse biotique la plus importante de Cabrera, parmi d'autres, est l'abondance et la variété d'oiseaux qui vivent sur les îles ou y passent, qui augmentent en période de migration, car des milliers d'oiseaux utilisent l'archipel comme zone de repos (jusqu'à 130 espèces différentes ont été répertoriées). Cela a rendu possible sa déclaration en ZEPA (Zona Spéciale de Protection des Oiseaux).

Les amphibiens sont les grands absents de l'archipel, surtout à cause du manque d'accumulation d'eau douce, un bien assez rare sur les îles.

Faune marine

La faune marine se compose de plus de 500 espèces, dont 113 espèces d'ectoproctes, 22 de mollusques, 25 de crustacés, 87 d'éponges et 214 espèces différentes de poissons, ce qui fait du parc l'espace de plus grande biodiversité de poisson de toute la Méditerranée[7]. Y abondent les saupes, les dorades, les bars, les dorades grises et les dentés. On y trouve aussi des oursins et des seiches. Dans les fonds marins vivent les mérous, les rascasses, les poulpes, les murènes et les congres, qui partagent l'habitat avec la caouanne, la tortue luth et les dauphins. Par contre le phoque moine de Méditerranée a déserté l'archipel, et on n'en voit plus qu'un exemplaire errant de temps en temps.

Reptiles

Podarcis lilfordi giglioli Orchi.

Parmi les reptiles, les plus remarquables sont les populations de lézards des Baléares (Podarcis lilfordi), appelés à Majorque sargantanas, un endémisme de l'île. Sur le seul archipel de Cabrera existent onze sous-espèces qui se distinguent par de petites variations de forme et de couleur. Ils sont de taille plutôt modeste, 15 centimètres de la tête à la queue, de couleurs bleues et vertes, presque noires. 80% de la population de ce reptile endémique des Baléares se trouve sur l'archipel de Cabrera et pratiquement chacune des îles a sa propre sous-espèce; elles ont évolué de façon différente à cause de l'isolement génétique auquel elles ont été soumises depuis 6000 ans[8]. La liste des reptiles est complétée par l'abondante tarente de Maurétanie, qu'à Majorque on appelle dragó, et le rare gecko nocturne, appelé dragonet à Majorque.

Oiseaux

Oiseaux marins

Cormoran huppé.

Pour de nombreux oiseaux marins, dont certains se trouvent en danger d'extinction, le parc national représente une zone tranquille adaptée à la nidification.

Sur l'archipel, sont établies des colonies de goélands leucophée (Larus michahellis), goélands d'Audouin (Larus audouinii), puffins de Scopoli (Calonectris diomedea), cormorans huppés (Phalacrocorax aristotelis) et océanites tempête (Hydrobates pelagicus); ainsi que le puffin des Baléares (Puffinus mauretanicus), en danger critique d'extinction.

Rapaces

Les rapaces de l'archipel sont le faucon crécerelle (Falco tinnunculus), le faucon pèlerin (Falco peregrinus) et le faucon d'Eléonore (Falco eleonorae), qui ne vit pas sur les îles en permanence, mais y revient tous les ans pour nicher sur les falaises. On y trouve aussi le balbuzard pêcheur.

Monticole merle-bleu.

Autres oiseaux

À l'intérieur de l'île de Cabrera, les passereaux sont bien représentés, avec de nombreux chardonnerets élégants, serins cini, verdiers d'Europe, pinsons, tarins des aulnes en particulier. La fauvette sarde est une des espèces les plus intéressantes, que l'on trouve surtout dans les îles méditerranéennes. Sur la côte on trouve également le monticole merle-bleu.

Mammifères terrestres

Le nombre de mammifères présents à Cabrera n'est pas très élevé, et une grande partie ont été introduits par l'homme.

Le lapin fut un cauchemar pour les anciens cultivateurs de l'île et, pour le combattre, on a introduit la genette.

Les autres mammifères répandus sont le rat noir, la souris, le chat haret et le hérisson d'Algérie.

Il y a par ailleurs plusieurs espèces de chauves-souris autochtones: le molosse de Cestoni, le vespère de Savi, la pipistrelle, le minioptère de Schreibers, l'oreillard gris, le murin (Myotis). Il est difficile de distinguer chacune des chauves-souris du genre Myotis car elles ont des gammes d'émission de fréquences très semblables.

Exploitation

Pêche

Le Plan Recteur de l'Université d'Economie de Salamanca et d'Usage et Gestion (PRUG) du parc national établit un ensemble de règles obligatoires pour la pêche artisanale traditionnelle à caractère professionnel, seule activité extractive autorisée.

Tourisme

Le parc peut se visiter, sans formalités, en embarquant sur les bateaux qui partent des ports de la Colonia de San Jorge et de Porto Petro, grâce auxquels on peut réaliser une visite guidée de l'île de Cabrera. Il est recommandé de réserver à l'avance. L'accès est limité à un certain nombre d'embarcations quotidiennes. Des circuits de randonnée pédestre permettent d'accéder aux plages, au château et au phare.

Galerie

Notes et références

Voir aussi

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